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Forum du Pays Réel et de la Courtoisie - FPRC :: Temps de Noël 2016
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Temps de Noël 2016
MessagePosté le: Lun 26 Déc - 03:36:24 (2016) Répondre en citant
Bonne Maman
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-Tu es sûr de ne pas t’être trompé de route ?

La nuit commence à tomber. Hors de la voiture, le paysage de la vallée se réduit peu à peu à un lointain défilé d’ombres tremblantes, tandis qu’une végétation blafarde se cabre sous la lumière des phares.

- Ca m’étonnerait. Le GPS sait où nous allons. Il suffit de regarder l’écran.

- Papa, pourquoi on ne va pas fêter Noël chez grand-père et grand-mère comme avant, demande une petite voix triste venue de la banquette arrière ?

- Il faut savoir bousculer ses habitudes, Cyril. Et puis là où nous allons, il y a Internet et plein de jeux vidéo. En plus, il ont la télévision par satellite avec des chaînes sportives et des dessins animés. Ce sera plus amusant que d’écouter les vieilles histoires de ton grand-père. Tu ne crois pas ?

- Peut-être, répond le garçon, peu convaincu. Mais alors les grands-parents il vont rester seuls pour Noël ?

- Mais non. Je suis sûr que la mairie a préparé quelque chose pour les anciens de la commune. Ils se retrouveront avec d’autres grands-parents de leur âge et tout le monde sera content.

- Puisque tu le dis. Mais moi j’aime bien grand-père et grand-mère. Déjà qu’on ne les voit jamais. En plus, ils ne sont pas si loin…

Cécile ne peut s’empêcher de donner raison à son fils. La semaine précédente, elle a bien essayé de convaincre son mari, de lui dire que Noël c’était d’abord une fête de famille et qu’il y avait le réveillon de Nouvel An pour les amis. Ce dernier n’a pas voulu en démordre. Non qu’il n’aime pas ses parents, mais il semble ne plus rien avoir à leur dire, à ces parents restés dans leur ferme, tandis que lui a entamé une jolie carrière de commercial à Paris.

- Et puis tu comprends, un Noël qui sent le tabac et la messe de minuit, non merci. Ce n’est vraiment pas pour le garçon. Et puis, tel que je connais papa, avec ses vieilles idées, il pourrait le choquer, avait-il lancé d’un ton définitif et un peu méprisant.

Le silence s’est installé dans la voiture, un silence à peine meublé par le murmure de l’autoradio. Cyril s’est peu à peu assoupi, tandis que Cécile essaie de devine le paysage qui défile.

Soudain, un juron jaillit.

- Ah nom de D… ! il ne manquait plus que ça !

- Qu’est-ce qui se passe ?

- Regarde le GPS !

En effet, sous les yeux hallucinés du couple, l’écran du GPS a commencé à trembler avant de se dédoubler. La flèche symbolisant le véhicule commence à tournicoter dangereusement, tandis que les routes se dédoublent et que l’itinéraire s’efface. Puis, l’écran s’éteint.

- Il ne manquait plus que ça ! tonne à nouveau le mari.

- Essaie avec ton Smartphone, Alexandre. Il te donnera ta position et l’itinéraire.

Fébrile, Alexandre s’empare de son appareil, puis lance un deuxième juron.

- Nous sommes dans une zone sans couverture réseau. Là, c’est le pompon. Mëme pas moyen de téléphoner pour prévenir que nous serons en retard ! Dans quel trou sommes-nous ?

- Tu n’as pas une carte du coin ?

- Une carte ? Pour quoi faire ? C’est bon quand il y a des autoroutes.

- Bon, inutile de s’énerver. Il doit bien y avoir un village à proximité.

Effectivement, une dizaine de kilomètres plus loin, il y a un village ou plutôt un gros hameau regroupé autour d’une chapelle. Deux ou trois panneaux indicateurs un peu rouillés indiquent des localités inconnues. L’ensemble est décoré de quelques illuminations, mais l’unique rue est déserte. Alexandre s’apprête à formuler une appréciation bien sentie sur les joies de la province lorsque une silhouette, apparue inopinément le fait sursauter. Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’années, habillé avec une sorte d’élégance surannée, et dont le regard clair pétille curieusement.

- Monsieur, vous êtes notre providence. Nous sommes perdus et nous devons nous rendre à la Garenne-aux-Vernes, une propriété à vingt kilomètres d’ici.

- La Garenne-aux-Vernes ? Connais pas, répond le personnage d’une voix étrangement douce. Mais vous trouverez certainement ce que vous cherchez en prenant la petite route qui commence juste après le pont. Vous ne pouvez pas vous tromper, c’est la plus petite. Allez, et joyeux Noël !

Après avoir répondu par un Joyeux Noël un peu embarrassé. Alexandre redémarre. Après avoir passé le pont, il découvre en effet une route étroite mais bien entretenue. Il hésite un peu, mais, après tout il n’a rien à perdre. Sans écouter les réserves de Cécile qui se demande si le vieux bonhomme ne s’est pas moqué d’eux.

La route n’est pas large, mais elle est pittoresque avec les hautes haies qui la bordent, masquant presque le ciel. Cyril qui s’est réveillé semble apprécier le détour imprévu. Il l’apprécie d’autant plus que, au plus profond de la végétation, un cerf, superbe d’indifférence, fait une brève apparition, sans s’effaroucher outre mesure de la lumière des phares.

Après vingt minutes de route, Alexandre, qui commençait à se décourager, croit reconnaître certains lieux. Puis l’impression se précise. Enfin, la route se termine dans une cour de ferme. Cette fois, il n’y a plus de doute possible. Sur le seuil de la maison deux silhouettes attendent, qu’il reconnaîtrait entre mille.

- Bonsoir Cyril, bonsoir Alexandre et Cécile. Nous vous attendions.

- Bonsoir grand-père, bonsoir grand-mère répond Cyril avec un grand sourire.

_________________
"Si je meurs demain, je me regretterai, parce que je m'entends assez bien avec moi-même"

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MessagePosté le: Lun 26 Déc - 03:36:24 (2016)
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Temps de Noël 2016
MessagePosté le: Lun 26 Déc - 19:50:45 (2016) Répondre en citant
VieuxGilou
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Tout d'abord, Granada, merci pour toutes ces jolies images que vous nous trouvez !...

 En ce temps de Noêl un homme simple voudrait peut-être faire la fête mais une fête simple comme lui, sans être vampirisé par les charognards patentés de la presse à sensation, avec sa famille et ses stricts amis de toujours et de sa trempe....

Ben oui quoi... il a réalisé un exploit, mais une horde de charognards, ceux qui se repaissent du travail des petits hommes comme lui, simples et besogneux, qui n'en demandent pas tant à la vie, étaient en train de le vampiriser, tous caméras et projos déployés...

Il a fait un exploit, d'accord, mais quel exploit : rester coûte que coûte éveillé jour et nuit pendant... il semble ne pas mesurer le temps de la même façon que tous ces endimanchés qui veulent à tout prix lui faire cracher ses sentiments sur son "fabuleux record": pourquoi.. comment... manger... dormir.... Ah non ?... pas dormir ?... ils veulent du sensationnel les charognards, des exploits formidables et claironnants, pas ce simple besoin... désir... cette vulgaire obsession : dormir... dormir... dormir ?... Alors qu'ils voudraient lui faire cracher "de l'exploit"..  genre Mad Max ou kèke chose comme ça...

Alors que lui, qui n'a que du bleu dans les yeux et dans sa tête semble encore tout perdu au milieu de ces immensités  où il y avait "un peu de mer", ...pour résumer sa frayeur intime, mais dont il n'aime pas trop parler, lui, homme simple quand il résume, en quatre mots, cette frayeur en laissant tomber pudiquement ces mots :... " quand j'ai perdu ma frontale "... pour vous résumer à vous qui étiez chez vous bien au chaud ou en bringue échelée et avinée avec les autres charognards de votre acabit, noyés dans les vapeurs de l'alcool et de la dope, en train de faire une bringue effrénée, alors que lui se battait comme un diable dans de l'eau bénite, alors que ce n'était que la perte de son seul accessoire de survie, sur ce minuscule esquif, ballotté comme bille dans un sifflet à roulette et "qu'il y avait un peu de mer", c'est-à-dire une vraie tempête... pour toute explication sur le fait que sa vie ne tenait qu'à cette petite vétille "sa frontale" bien trop courte pour ces faiseurs de sensationnel frelaté !....

Oui, je sais, vous aussi vous ignorez ce qu'est une frontale : une ridicule loupiote fixée tant bien que mal, plutôt mal d'ailleurs, sur son front, puisqu'il l'avait simplement "perdue" !... D'autant plus que sa prose d'homme simple s'en est tenue là...et pour finir bêtement "je m'en suis quand même sorti heureusement.." pour résumer avant un nouveau silence de ses yeux perdus dans son angoisse, peut-être retrouvée rétrospectivement, de ne plus voir que du noir, sur son frêle esquif secoué comme laitue en panier à salade, pendant "un certain temps"... et que vous, tout à votre loooongue soirée échevelée et avinée serrés comme anchois en caque, parmi d'autres de votre acabit, attendiez autre chose, plus saignant peut-être ?... !...

J'ai vu et ressenti, moi aussi, pendant cette longue seconde où se yeux se sont soudain perdus dans le vague, un semblant d'angoisse, qu'il ne voulait certes pas communiquer à autrui, mais qui a failli m'étreindre, bêtement... les charognards restant, eux, sur leur fringale d'exploits tonitruants...

Mais ne vous en faites pas, demain ou dans les jours suivants, s'ils n'ont rien d'autre à se mettre sous les crocs, ils auront démêlé tout l'invisible et l'indicible de cette "aventure" dont ils s'approprieront toute la gloire (ces faiseurs de gloire)... ou tout simplement en découvrant soudain un évènement plus saignant.... genre "un camion conduit par un déséquilibré" etc...

_________________
C'est pas la gueule d'un mec qui devrait faire peur, c'est ce qu'il y a derrière...

Temps de Noël 2016
MessagePosté le: Mar 27 Déc - 02:03:14 (2016) Répondre en citant
Bonne Maman
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La nuit de Noël et le maître de sainte Zite

Luc­ques, la cité guer­riè­re du Moyen Âge, tour à tour déchi­rée par les fac­tions, oppri­mée par les tyrans, atta­quée par des répu­bli­ques voi­si­nes, Luc­ques, la puis­san­te riva­le de Pise, était, à cet­te heu­re, cal­me et paci­fi­que. Les armes avaient été dépo­sées pour quel­ques jours ; les por­tes de la cité res­taient ouver­tes ; les tours qui la défen­dent demeu­raient silen­cieu­ses. C’était la nuit de Noël ; Noël, nuit mer­veilleu­se, où l’Enfant-Dieu est né dans une éta­ble, où les anges du ciel sont venus annon­cer la paix à la ter­re et la rédemp­tion à l’humanité.

La nei­ge était tom­bée tout le jour. Elle avait blan­chi les col­li­nes ondu­leu­ses qui cou­ron­nent la cité ; elle avait jeté ses flo­cons épais sur les toits des vieux palais ; elle s’était amon­ce­lée dans les rues étroi­tes. Enve­lop­pée com­me d’un voi­le blanc, la vil­le res­sem­blait à une vier­ge inno­cen­te et pure qui s’approche de l’autel. Mal­gré le vent gla­cé qui mugis­sait, la fou­le, pro­té­gée par d’épais man­teaux, s’en allait à l’église par ban­des joyeu­ses ; elle sem­blait répon­dre à l’invitation des pro­phè­tes : « Réjouis-​toi, fille de Sion ; tres­saille d’allégresse, fille de Jérusalem…Voilà le Sei­gneur qui va venir avec tout le cor­tè­ge des saints. » Valeu­reux guer­riers, riches bour­geois, indus­trieux mar­chands, tous avaient fait trê­ve, pour quel­ques heu­res, à leurs lut­tes, à leurs affai­res, à leurs plai­sirs.

Zite, une pau­vre ser­van­te, a enten­du, du fond du palais où elle sert, les joyeux échos de ces bruits paci­fi­ques. Fleur des mon­ta­gnes trans­plan­tée dans la cité, elle a appor­té dans la demeu­re de ses maî­tres le doux par­fum du lieu natal. Elle est si pure que sa modes­te cham­bre est, dit-​on, illu­mi­née de clar­tés céles­tes : si cha­ri­ta­ble que, pour répa­rer les impru­den­ces de sa géné­ro­si­té, Dieu, plus d’une fois, a dû venir à son secours. Son angé­li­que pié­té l’a ren­due chè­re à ses maî­tres pieux. Ils en ont fait la dis­pen­sa­tri­ce de leurs aumô­nes : les pau­vres se sont suc­cé­dé au seuil du palais, pour rece­voir de ses mains vir­gi­na­les le pain qui nour­rit et le vête­ment qui réchauf­fe. Aux lar­ges­ses de ses maî­tres, elle a vou­lu ajou­ter les sien­nes et fai­re l’aumône de sa pau­vre­té. Zite a tout dis­tri­bué, jusqu’à ses pro­pres vête­ments d’hiver.

Ain­si dépouillée, sans man­teau qui la pro­tè­ge contre le froid rigou­reux d’une nuit de décem­bre, elle des­cend le grand esca­lier du palais, pour se join­dre à la fou­le pieu­se.

Elle ren­con­tre en ce lieu le sei­gneur de Fati­nel­li. Fâcheu­se ren­con­tre, qui va tra­hir sa cha­ri­té ! « Où allez-​vous à cet­te heu­re ? – Avec la per­mis­sion de mon maî­tre, à la mes­se de minuit dans l’église San-​Frediano. – Mais le vent est gla­cé, et vos min­ces habits vous cou­vrent à pei­ne ! – Il fai­sait froid aus­si, dans la pau­vre éta­ble de Beth­léem, la nuit d’hiver où l’Enfant Jésus y naquit, et il fal­lut que de vils ani­maux vins­sent l’y réchauf­fer. – Pre­nez cet épais man­teau, dont les lar­ges replis pro­té­ge­ront vos mem­bres gla­cés. – Jamais, sei­gneur, une pau­vre ser­van­te ne consen­ti­ra à por­ter le riche vête­ment de son maî­tre. – Mais votre maî­tre le dési­re. – Épargnez-​moi la dou­leur de me parer de ce signe de la riches­se, dans une nuit où le Christ a vou­lu naî­tre dans la pau­vre­té. – Puisqu’un désir ne suf­fit pas, c’est un ordre que je vous don­ne. – Alors, sei­gneur, j’obéirai, puis­que Jésus-​Christ s’est fait obéis­sant jusqu’à la mort. Je le por­te­rai donc, ce pré­cieux man­teau ; mais com­bien il orne­rait mieux les épau­les souf­fran­tes du Christ ! Ah ! s’il m’était per­mis, dans cet­te fête des pau­vres… – Je vous le défends, et mal­heur à vous, si vous ne rap­por­tiez ce man­teau… ! »

Le sei­gneur de Fati­nel­li lui impo­sait cet­te défen­se, par­ce qu’il connais­sait son inépui­sa­ble cha­ri­té. Zite pro­mit tout, mais non sans regrets.

Sous le vieux por­ti­que de San-​Frediano, de pau­vres men­diants éta­laient leurs misè­res et récla­maient des aumô­nes. Par­mi ces déshé­ri­tés du mon­de ché­ri de Dieu, un vieillard à bar­be blan­che cou­vert de haillons et demi-​nu frap­pe les regards de l’humble ser­van­te. Il trem­ble de froid, et son chien, fidè­le ami, cou­ché sur ses pieds tran­sis, cher­che vai­ne­ment à les réchauf­fer. Il ne deman­de rien, mais il sou­fre, et la muet­te élo­quen­ce de ses yeux sup­pliants tou­che le cœur com­pa­tis­sant de la jeu­ne fille. Elle son­ge à la paro­le du Sau­veur. « J’étais nu, et vous m’avez vêtu. » Elle sai­sit immé­dia­te­ment son man­teau. « Vai­ne paru­re, dit-​elle, inuti­le tré­sor pour une pau­vre ser­van­te, va réchauf­fer les mem­bres souf­frants du Christ. Puisses-​tu rem­pla­cer le man­teau déri­soi­re dont il fut revê­tu dans une autre nuit. » Elle s’en dépouille avec joie… Mais sou­dain l’ordre impé­rieux de son maî­tre lui revient à l’esprit, ain­si que le dou­lou­reux sou­ve­nir de sa pro­mes­se. Une lut­te ter­ri­ble s’engage dans son âme entre l’obéissance et la cha­ri­té ! Elle vou­drait, mais une défen­se rigou­reu­se la retient ; il lui serait si doux de don­ner, mais il est méri­toi­re d’obéir ! Elle s’éloigne avec une mélan­co­li­que tris­tes­se de ce men­diant qu’il lui est défen­du de secou­rir, et pour camer sa dou­leur, elle pénè­tre sous les voû­tes sacrées.

Les Anges, témoins de son géné­reux sacri­fi­ce, l’ont por­té devant le trô­ne de Dieu, et lui appor­tent, en échan­ge, une céles­te ins­pi­ra­tion. Elle retour­ne vers le pau­vre du bon Dieu. « Tiens, lui dit-​elle, ima­ge souf­fran­te du Christ ; reçois de mes indi­gnes mains ce magni­fi­que man­teau. C’est celui de mon puis­sant maî­tre, le sei­gneur de Fati­nel­li. Il m’en a confié le soin et j’ai pro­mis de le rap­por­ter. Mais la nuit est gla­cée ; l’office sera long ; le chant des hym­nes sacrés dure­ra jusqu’au matin. Tu en abri­te­ras, jusqu’à cet­te heu­re, tes mem­bres engour­dis par le froid, et je le repren­drai, demain, en sor­tant de la mai­son de Dieu. »

Les priè­res litur­gi­ques ont com­men­cé. Ah ! qu’elles sont tou­chan­tes, à cet­te heu­re et dans cet­te nuit ! Pen­dant qua­tre semai­nes, figu­re des qua­tre mil­le ans, l’Église, vêtue de deuil, a redit les aspi­ra­tions loin­tai­nes des patriar­ches, les sou­pirs répé­tés des pro­phè­tes, les arden­tes sup­pli­ca­tions de Jéru­sa­lem. À mesu­re que les temps appro­chent, on sent que la tris­tes­se dimi­nue et qu’elle cède volon­tiers sa pla­ce aux plus vives espé­ran­ces. Enfin, la gran­de nuit est arri­vée. Ce qui n’apparaissait d’abord que dans un loin­tain hori­zon va deve­nir une dou­ce réa­li­té. Aus­si l’Église se livre tout entiè­re à l’allégresse. « Consolez-​vous, consolez-​vous, mon peu­ple ; consolez-​vous, dit votre Dieu. Par­lez au cœur de Jéru­sa­lem, et dites-​lui que ses maux sont finis, que ses ini­qui­tés lui sont par­don­nées. » Après les lar­mes de l’absence, ce sont les joies de la pos­ses­sion. Com­me ce contras­te est frap­pant, et com­me il par­le dou­ce­ment à l’âme chré­tien­ne ! Il se retrou­ve jus­que dans cet­te heu­re inac­cou­tu­mée où l’office de Noël est célé­bré. Entre l’obscurité qui règne dans la cité, et la clar­té sym­bo­li­que qui rayon­ne dans le tem­ple, il exis­te un rap­port mys­té­rieux qui rap­pel­le ces paro­les ins­pi­rées : « Le peu­ple qui mar­chait dans les ténè­bres a vu une gran­de lumiè­re, et le jour s’est levé sur ceux qui habi­taient les régions de l’ombre de la mort. »

Zite goû­tait, dans l’église San-​Frediano, les déli­ces de ces pieu­ses céré­mo­nies. Elle unit ses priè­res à cel­les du Pon­ti­fe ; elle chan­te les hym­nes sacrées avec les fidè­les ; elle assis­te au saint sacri­fi­ce avec les anges ; elle reçoit dans son âme pure le Dieu qui des­cen­dit dans l’étable. Com­me elle se pénè­tre des mys­tè­res de cet­te gran­de nuit ! Elle oublie tout ce qui l’entoure. L’âme de la sain­te s’échappe de sa frê­le enve­lop­pe… Elle est com­me trans­por­tée dans l’étable de Beth­léem.

Voi­là bien ses murs déla­brés et sa por­te ver­mou­lue… Là, dans un angle obs­cur, est la pau­vre crè­che, hum­ble ber­ceau de l’Enfant-Dieu… Tout près, la pier­re mira­cu­leu­se où il repo­se­ra sa tête… Jose­ph et Marie atten­dent dans le ravis­se­ment l’heure solen­nel­le où les Anges diront aux pas­teurs : « Aujourd’hui, un petit enfant vous est né. » Au dehors, com­me pour ache­ver le tableau, se des­si­nent les coteaux de Beth­léem et le sépul­cre de Rachel. Enfin le Ver­be fait chair appa­raît. Saint Jose­ph le pres­se dans ses bras et le cou­che sur un peu de paille. La Vier­ge Marie déta­che son voi­le de lin, pour com­po­ser ses pre­miers lan­ges. Le bœuf et l’âne flé­chis­sent le genou devant leur maî­tre, avant de le réchauf­fer de leur halei­ne. Les chœurs des Anges vien­nent tour à tour l’adorer. Les ber­gers, aver­tis par les céles­tes mes­sa­gers, lui appor­tent leurs modes­tes pré­sents, et les Mages, gui­dés par l’étoile, lui pré­sen­tent leurs riches offran­des.

Zite contem­ple dans une dou­ce séré­ni­té cet émou­vant spec­ta­cle. Elle a le ravis­se­ment de Marie, l’humilité de Jose­ph, la sim­pli­ci­té des ber­gers, la foi arden­te des Mages, la pure­té sans tache des Anges. Cet­te déli­cieu­se vision se pro­lon­gea pour elle jusqu’au matin. L’aube de Noël blan­chis­sait les rou­tes de San-​Frediano quand son âme revint sur la ter­re. L’office était ache­vé depuis long­temps ; les cier­ges de l’autel étaient éteints ; les chants litur­gi­ques avaient ces­sé ; l’enceinte de l’église était deve­nue déser­te. Seul, le par­fum de l’encens embau­mait enco­re les par­vis sacrés et rap­pe­lait que le sacri­fi­ce avait eu lieu.

En sor­tant de l’église, Zite veut repren­dre son man­teau. Mais le ves­ti­bu­le est vide com­me la nef. Les pau­vres en ont quit­té le seuil. Le vieillard dont elle a pro­té­gé les mem­bres tran­sis est absent. Elle cher­che de tous côtés ; elle retour­ne dans le lieu saint ; elle inter­ro­ge les nefs silen­cieu­ses. Elle regar­de autour du vas­te édi­fi­ce. L’écho seul répond à sa voix. Elle n’ose accu­ser le pau­vre d’infidélité ; mais elle se repro­che sa pro­mes­se vio­lée et son long retard dans le tem­ple. Elle ne sait com­ment repa­raî­tre devant son maî­tre sans le pré­cieux man­teau. « Ô Dieu de l’étable ! dit-​elle, secourez-​moi. Vous qui avez fait fleu­rir en plein hiver des roses dans mon tablier, renou­ve­lé pour mes pau­vres le mira­cle de Cana, mul­ti­plié dans les gre­niers de mon maî­tre les pro­vi­sions épui­sées, envoyé vos Anges pour pétrir mon pain, quand je m’oubliais auprès de vous, ô Dieu de l’étable ! venez à cet­te heu­re à mon secours. »

Elle arri­ve ain­si au seuil du palais. Elle retrou­ve son maî­tre au lieu même où il lui avait remis ce man­teau. Tour­men­tée par le remords, acca­blée par le cha­grin, atter­rée par la frayeur, elle ose à pei­ne éle­ver la voix. Elle s’accuse, elle s’humilie, elle pleu­re, elle prie son maî­tre de lui par­don­ner au nom du Dieu qui est venu appor­ter la paix. Rien ne peut apai­ser le cour­roux du sei­gneur de Fati­nel­li. Il veut à l’heure même la chas­ser de son palais.

Au même ins­tant, on frap­pe à la por­te. Un mys­té­rieux incon­nu venait rap­por­ter le man­teau. Com­ment était-​il en ses mains ? Qui le lui avait remis ? En quel lieu l’avait-il trou­vé ? Nul ne le sut, excep­té la pau­vre ser­van­te, à qui les secrets du ciel étaient fami­liers.

Quand l’étranger, après avoir trem­pé ses lèvres à la cou­pe de l’hospitalité, quit­ta le seuil du palais, on vit son visa­ge se trans­fi­gu­rer ; une auréo­le étin­ce­lan­te l’environna ; une sua­ve odeur se répan­dit autour de lui ; ses pieds effleu­rè­rent la ter­re ; et l’on aper­çut du coté de l’horizon com­me une traî­née lumi­neu­se où il dis­pa­rut. C’était un Ange du para­dis, que Dieu avait envoyé ici-​bas pour récom­pen­ser la cha­ri­té de Zite. La por­te de San-​Frediano, qui avait abri­té le céles­te mes­sa­ger sous la figu­re d’un men­diant, a tou­jours été appe­lée, depuis, la Por­te de l’Ange.

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Temps de Noël 2016
MessagePosté le: Mar 27 Déc - 21:36:21 (2016) Répondre en citant
Bonne Maman
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Pourquoi l’âne et le bœuf étaient à la crèche…

Ce soir on ne va pas vous dire pour­quoi la sain­te Vier­ge était à la crè­che ; ça on n’a pas besoin de vous l’apprendre, vous le savez fort bien.

Si la sain­te Vier­ge est venue à la crè­che, c’est tout sim­ple­ment pour que son enfant nais­se dans une crè­che, c’est-à-dire une éta­ble, c’est nor­mal : un agneau naît dans une éta­ble et son enfant à elle, c’est l’Agneau de Dieu —com­me on dira plus tard à la mes­se en mon­trant le pain consa­cré— Son enfant est du pain et elle est la bou­lan­gè­re. Son enfant est l’Agneau qui por­te le péché du mon­de. Et elle, elle por­te son enfant pour le salut du mon­de. Elle est la bou­lan­gè­re qui pétrit dans sa chair le pain char­nel qu’est son enfant

Et le Ver­be s’est fait chair

C’est pour cela, vous le savez bien, c’est pour cela que la sain­te Vier­ge était à la crè­che.

Et on ne va pas vous dire non plus pour­quoi saint Jose­ph était à la crè­che ; ça vous le savez bien aus­si mais c’est plus dif­fi­ci­le à expli­quer par­ce que Jésus n’a qu’un Père : ce Père qui don­ne la bec­quée aux oiseaux du ciel et qui tis­se une paru­re roya­le pour les fleurs des champs. Ce Père à qui il fau­dra tou­te l’éternité pour se conso­ler lors­que les hom­mes condui­ront son Agneau à l’abattoir pour le tuer. Ce Père qui nous conso­le de tou­te éter­ni­té lors­que son Uni­que livre aux hom­mes le Pain qui nour­rit tou­te chair.

Car l’Agneau por­te le péché du mon­de. Et le Père por­te son enfant pour le salut du mon­de. Et c’est pour cela que saint Jose­ph était à la crè­che par­ce que, quand on voit saint Jose­ph, on se dit que Jésus a un Père de tou­te éter­ni­té

Notre Père lui qui est aux cieux ;

C’était la seule cho­se qu’il avait à fai­re, saint Jose­ph, c’était de fai­re pen­ser à Dieu !

C’est d’ailleurs la plus bel­le cho­se qu’un hom­me puis­se fai­re et c’est pour cela, vous le savez bien, c’est pour cela que saint Jose­ph était à la crè­che.

Jose­ph et Marie étaient à la crè­che, vous le savez bien et on n’a pas besoin de vous dire pour­quoi.

Ils étaient là tout sim­ple­ment par­ce que Dieu leur avait deman­dé d’être là ; d’être là et de livrer là-​bas son Pain qui nour­rit tou­te chair ; d’être là et de por­ter là-​bas son Agneau qui por­te le péché du mon­de ; d’être là et de fai­re naî­tre là-​bas son uni­que enfant.

Main­te­nant, n’allez pas deman­der pour­quoi l’enfant Jésus était à la crè­che ; ne deman­dez pas pour­quoi l’enfant uni­que de Dieu est né dans une crè­che, c’est-à-dire dans une éta­ble, ni pour­quoi Dieu est l’Agneau que l’on condui­ra à l’abattoir pour qu’il por­te le péché du mon­de.

N’allez pas deman­der pour­quoi Dieu a vou­lu être le Pain qui est le fruit de la ter­re et du tra­vail des hom­mes et qui est le fruit des entrailles de Marie, par­ce que cela on ne l’explique pas en deux trois minu­tes.

On n’explique pas ça com­me ça, il faut bien du temps pour le com­pren­dre ; il faut bien tou­te la durée d’une mes­se pour le com­pren­dre ; il faut pres­que tou­te une vie pour le com­pren­dre et peut-​être même aus­si tou­te une éter­ni­té !

Alors, vous pen­sez bien, on ne va pas vous expli­quer com­me ça pour­quoi Jésus était à la crè­che !

Non, ce qu’on vou­lait vous dire ce soir est beau­coup moins sérieux —mais vous ne le savez peut-​être pas— on vou­lait vous dire pour­quoi l’âne et le bœuf étaient là aus­si, à la crè­che.

Par­ce qu’enfin, à pre­miè­re vue, ça paraît éton­nant : pour regar­der l’Enfant de Dieu il y avait un bœuf, et pour enten­dre l’Unique de Dieu il y avait un âne.

Or, c’est tris­te à dire mais c’est com­me ça : quand on dit de quelqu’un qu’il a le regard bovin ou qu’il méri­te­rait des oreilles d’âne, ce n’est pas très flat­teur pour ce quelqu’un-là, ça veut dire qu’il n’est pas très malin, qu’il n’a pas beau­coup d’instruction, pas beau­coup de fines­se, com­me on dit.

Et pour­tant, pour voir et enten­dre l’Agneau de Dieu il y avait le regard d’un bœuf et les oreilles d’un âne !

Un gros regard pas très malin et de gran­des oreilles pas très mali­gnes non plus.

Mais si l’âne et le bœuf étaient à la crè­che, ces deux pau­vres bêtes sans fines­se, c’est tout sim­ple­ment par­ce que Dieu leur avait deman­dé d’être là. Et Dieu ne leur a pas deman­dé d’être un peu plus malins, ni d’avoir un peu plus d’instruction avant d’aller à la crè­che ; il n’a pas pris sa baguet­te magi­que pour leur don­ner un peu plus de fines­se avant d’aller se pré­sen­ter à la crè­che car Dieu n’a pas de baguet­te magi­que Dieu n’a qu’un mira­cle et c’est l’Enfant qui vient de naî­tre.

Dieu n’a pas de baguet­te magi­que ni pour les oreilles de l’âne, ni pour les yeux du bœuf. Dieu n’a qu’un mira­cle et c’est l’Enfant qui est semen­ce et ger­be et fari­ne et pain :

Pre­nez et man­gez, ceci est mon corps.

Alors, quand vous irez à la mes­se de minuit pour fêter Noël, pour voir et pour enten­dre l’Enfant de Dieu dans sa crè­che, Agneau de Dieu qui por­te le péché du mon­de et Pain qui nour­rit tou­te chair, et que vous ne com­pren­drez quand même pas tout ce qui se pas­se, rappelez-​vous le regard du bœuf et les oreilles de l’âne et dites-​vous qu’il faut bien tou­te une éter­ni­té pour com­pren­dre !

Si l’âne et le bœuf étaient à la crè­che, c’est pour que nous ne soyons pas trop tris­tes de notre peu d’instruction et de notre peu de fines­se quand nous som­mes nous-​mêmes devant la crè­che. Car Dieu ne nous deman­de pas de fai­re les malins il nous deman­de seule­ment d’ouvrir de grands yeux et d’ouvrir de gran­des oreilles. Et alors nous ver­rons et nous enten­drons à la crè­che : saint Jose­ph qui fait pen­ser au Père de tou­te éter­ni­té, la sain­te Vier­ge, la bou­lan­gè­re du pain de Dieu avec l’enfant qui est uni­que au mon­de.

Oui, nous les ver­rons et nous les enten­drons, l’Agneau de Dieu avec son Ber­ger et sa Ber­gè­re, et, pour nous saluer sans nous dis­trai­re, l’âne agi­te­ra les oreilles et le bœuf nous fera un clin d’œil .


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MessagePosté le: Mer 28 Déc - 02:46:56 (2016) Répondre en citant
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Pour mon 35000e post


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MessagePosté le: Mer 28 Déc - 11:23:06 (2016) Répondre en citant
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Stakanovista !... Mr. Green

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MessagePosté le: Mer 28 Déc - 11:37:10 (2016) Répondre en citant
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VieuxGilou a écrit:

Stakanovista !... Mr. Green
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_ Si l'on connait la réelle histoire de Stakanov... encore un gros mensonge soviétique !

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_ Quand j'entends le mot culture, je charge mon revolver !
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MessagePosté le: Mer 28 Déc - 11:52:57 (2016) Répondre en citant
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Oui mais le Petit Père des Peuples avait les épaules larges !... Mr. Green

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MessagePosté le: Ven 30 Déc - 01:11:14 (2016) Répondre en citant
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MessagePosté le: Ven 30 Déc - 01:13:12 (2016) Répondre en citant
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MessagePosté le: Lun 2 Jan - 04:03:34 (2017) Répondre en citant
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Citation:
Comme de misérables pantins, ils avançaient sur le chemin rocailleux de la colline. Depuis trois jours, ils fuyaient leur village dévasté par une tribu de rebelles. Le carnage avait été terrible : les intrus étaient arrivés la nuit sans crier gare, et s’étaient introduits dans les cabanes en saccageant tout. Quelques villageois chanceux avaient eu le temps de fuir à travers champs. Ils arrivaient maintenant dans la vallée, harassés de fatigue et de peur, fiévreux, terrassés par la faim… C’était une tribu misérable qui avait survécu dans la montagne à la suite d’un terrible typhon. Avant cette fuite désespérée, beaucoup étaient déjà en piteux état.

Quand ils furent enfin en vue d’un village, la nuit était déjà tombée. Première maison, aucune lumière. Deuxième, pas de réponse. Troisième, un silence de mort. Ils désespérèrent vite de trouver un refuge pour la nuit. Les enfants pleuraient, un vieil homme boiteux étouffait un gémissement à chaque pas, tandis qu’une pâle jeune fille au cœur malade avançait péniblement. Chaque respiration l’affaiblissait, des larmes d’épuisement coulaient sur son maigre visage… Deux jeunes gens soutenaient Elena pendant que sa mère l’éventait avec des feuilles de bananier. Non, il ne fallait pas qu’elle meure, peut-être si proche du salut !

Ce fut un enfant qui la vit le premier :

– Maman, regarde l’étoile, elle se balance au-dessus de nous, on dirait qu’elle nous fait signe !

– Ne dis pas n’importe quoi, Rosmar, c’est ta tête qui tourne… Allez, donne-moi la main et regarde plutôt où tu mets les pieds.

– Mais je t’assure, elle n’est pas comme les autres ! Oh ! Elle avance, il faut la suivre !

En effet, à ce moment-là, tous levèrent la tête. On aurait dit une étoile filante, mais beaucoup plus lente et majestueuse, comme si elle voulait prendre sous ses rayons ce petit troupeau abandonné, et le ramener au bercail sain et sauf. En même temps qu’ils regardaient l’étoile, ils s’étaient mis à marcher sans même s’en rendre compte. Personne ne parlait, il y avait quelque chose de magique à suivre ce guide incandescent venu d’au-delà des nuages.

Soudain, le paysage sembla s’animer. Ils étaient arrivés en plein cœur du village ; un bâtiment haut se dressait devant eux. Une douce lumière s’échappait de ses fenêtres et venait éclairer les alentours. Les enfants passaient des larmes au rire, Rosmar n’avait d’yeux que pour son étoile, et le vieux chef de tribu ne savait trop que penser, d’autant que l’étoile s’était arrêtée là, comme si sa mission était finie… Tandis que les autres attendaient dehors, il s’avança prudemment vers l’église, poussa le lourd vantail de la grande porte, et risqua un œil à l’intérieur.

Tout d’abord ébloui par la vive lumière, le vieil homme ne parvint pas à discerner clairement ce qui se passait à l’intérieur. Mais bientôt il se frotta les yeux pour s’assurer qu’il ne rêvait pas. Jamais il n’avait vu une telle merveille !

D’un bond il rejoignit le petit groupe amassé contre le mur.

– Venez voir, c’est incroyable ! Venez vite !

Tous le suivirent en courant, intrigués et curieux. Les enfants se turent d’un seul coup, bouche bée devant ce qu’ils voyaient : des myriades de lumignons en écorce de noix de coco pendaient sous la voûte, il y avait des fleurs partout, beaucoup de monde, et des personnes tout devant habillées de longues aubes. Sur le côté, installés dans la verdure, des personnages en bois revêtus de curieux costumes composaient une scène champêtre. Que pouvait bien signifier tout cela ?

Le chef retenait son monde comme il pouvait, il ne fallait pas déranger cette assemblée. Elena, plus que tous les autres, semblait hypnotisée ; le souffle court, elle n’avait d’yeux que pour la scène du côté, où elle distinguait un visage d’enfant qui émergeait de la paille.

C’est alors qu’une jeune femme s’avança vers eux. Son sourire était doux et paisible. Elle marchait avec grâce et lenteur, vêtue d’un souple malong couleur de l’Océan et d’un voile de soie aux reflets mordorés. Ouvrant ses bras en signe de bienvenue, elle s’adressa à eux dans leur dialecte visaya :

– Ne partez pas, vous serez mes hôtes ce soir…

– Mais… qui êtes-vous ? Et qui sont tous ces gens ?

– Mes invités aussi. Mon fils et moi serions heureux de vous accueillir et de vous aider. Vous avez besoin de repos, après cette longue marche. Elena surtout, je crois.

Interloqués, tous se regardaient, cherchant à comprendre comment cette femme pouvait bien les connaître. Mais personne n’osa poser de question à la belle dame qui, déjà, les invitait à la suivre.

– Voici mon fils. C’est lui qui vous a envoyé l’étoile et vous l’avez suivie. Soyez bénis pour votre confiance.

Les réfugiés étaient alors arrivés devant le décor de verdure. Ils voyaient devant eux un nouveau-né couché dans la paille, qui souriait en les voyant venir. Ce qui frappa Rosmar, c’était la lumière qui se dégageait de l’enfant, la même que son étoile. Les plus jeunes souriaient au petit, les femmes ne savaient quelle contenance avoir, et le vieux chef sentait l’émotion le gagner. Quant à Elena, elle s’était étendue dans un coin, le souffle court et le cœur bien affaibli.

A côté d’eux, tout le monde chantait et semblait heureux. Un sourire de leur gracieuse hôtesse les fit tous mettre à genoux, comme par enchantement. A part quelques rituels en l’honneur de Bathala et Sidapa, ils n’avaient pas l’habitude de prier. Mais là, devant cet enfant à la fois frêle et puissant, ils se sentaient rassurés par une force qui les dépassait. Désormais ils n’avaient plus rien à craindre, ce Dieu –car ils devinaient qu’il en était un- ne les abandonnerait pas.

– Mon enfant est Fils de Dieu. Il est venu pauvrement sur la terre pour sauver les humbles et régner dans nos cœurs. Priez-Le avec confiance, et Il vous exaucera.

L’Enfant Dieu leur sourit de nouveau et ouvrit toutes grandes ses deux petites mains. A ce moment, l’inimaginable se produisit : la belle dame vint prendre son petit et se dirigea vers le coin où reposait Elena. Elle aida la jeune fille à s’asseoir et déposa le nouveau-né sur son cœur malade. Le visage de la mourante, blanc comme l’écume des vagues quelques minutes auparavant, prit d’un seul coup des couleurs rosées, les yeux brillèrent à nouveau, et les lèvres esquissèrent un timide sourire… Ses bras se serrèrent sur l’enfant miraculeux ; elle avait la certitude qu’il venait de la guérir. Tandis que les autres la regardaient avec inquiétude, elle se leva et se dirigea calmement vers sa mère qui n’en croyait pas ses yeux ! Alors tous tombèrent à nouveau à genoux, et pour la première fois de leur vie, ils prièrent avec ferveur.

Cependant, les enfants commençaient à s’agiter. Rosmar murmurait un secret à l’oreille de ses amis. Un conciliabule commença et chacun semblait d’accord sur le plan à adopter. L’un d’eux tira son père par la manche :

– Eh, papa, la belle dame a dit que son fils était un dieu et un roi. Il faut lui faire des cadeaux et lui offrir une couronne ! Il nous invite chez lui ce soir, et en plus il a guéri Elena !

Les réfugiés sortirent pour faire l’inventaire de leurs maigres bagages. C’était touchant de les voir étaler le peu qu’ils possédaient, en se demandant comment ils pourraient en faire une offrande digne d’un roi. Deux hommes firent un berceau avec leurs bâtons de marche et des feuilles de manguiers, un pêcheur proposa aux femmes de faire un collier avec quelques perles qu’il gardait précieusement sur lui. Et les enfants, sous la conduite de Rosmar, fabriquaient une couronne en feuilles de bananier.

Après une heure de travail joyeux, le vieux chef rassembla tout le monde. Il s’agissait cette fois de faire une entrée plus digne pour remercier leurs hôtes princiers. Ils s’avancèrent donc dans la nef principale, en tenant fièrement leurs précieux présents. Mais à leur grande stupeur, il n’y avait plus personne pour les accueillir, l’église était vide, et leur hôtesse ne venait pas à leur rencontre… Avaient-ils rêvé ? Le cauchemar allait-il recommencer ?

Rosmar avait vu l’étoile, c’est lui qui retrouva la dame :

– Regardez, elle est là-bas, dans la crèche, mais on dirait une statue !

– Et son enfant, dit Elena, est couché dans la paille, comme je l’ai vu au début.

On se dirigea donc sur le côté. En effet, au milieu des autres personnages en bois, la femme au doux sourire s’était figée dans la verdure. L’enfant reposait à ses pieds, les bras étendus vers ses hôtes. Après la première déception, chacun déposa son présent, et Rosmar vint délicatement couronner son nouveau roi. Comme il se relevait, il vit que l’enfant Dieu avait un papier glissé dans sa main droite. Il le tendit naïvement à Elena :

– Tiens, c’est pour toi puisque c’est toi qu’Il a guérie.

La jeune fille ouvrit le papier dans un silence recueilli, les mains tremblantes :

« Gentils amis philippins, vous avez cru en l’étoile et êtes venus jusqu’à moi ; vous n’aviez rien et avez tout donné. Recevez ma bénédiction. Ce village vous gardera dans la paix vous n’y connaîtrez plus le danger si vous restez fidèles à ma parole. »

Les yeux brillants de larmes, le vieux chef récita une prière qu’il n’avait jamais apprise, et tous adorèrent l’Enfant-Jésus en silence. Seul, Rosmar eut une distraction, en voyant son étoile qui luisait au-dessus de la grotte miraculeuse.

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MessagePosté le: Lun 2 Jan - 19:05:36 (2017) Répondre en citant
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Merci BM... pourriez-vous nous dire où se trouve ce village ?...

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MessagePosté le: Mar 3 Jan - 00:53:44 (2017) Répondre en citant
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Je ne connais pas le nom du village, c'est aux Philippines

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MessagePosté le: Mar 3 Jan - 02:01:58 (2017) Répondre en citant
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Citation:
Un soir de Noël : Moncada, en Espagne 1392

C’était le soir de Noël. L’horloge du clo­cher venait de son­ner 23 heu­res. Peu après, les clo­ches appe­laient les fidè­les. Le vent froid de la nuit ren­voyait la joyeu­se invi­ta­tion à la mes­se, minuit à tra­vers les ruel­les du vil­la­ge de Mon­ca­da, par-​delà les riziè­res et les oran­ge­raies au loin jusqu’à la vil­le de Valen­ces. Quit­tant, les riches, leurs châ­teaux et les pau­vres, leurs chau­miè­res, ces Espa­gnols habi­tués au soleil sous la bise gla­cée se mire en rou­te. Rien au mon­de n’aurait pu les chas­ser de leurs logis douillets ; mais par amour de l’Enfant-Jésus, ils mar­chaient sans hési­ta­tion, fris­son­nants dans le noir. Même de petits enfants, for­ce de volon­té, bien emmi­tou­flés dans leurs lai­na­ges, mar­chaient un peu som­no­lents, mais avec d’autant plus de méri­te côté des parents, vers l’église.

Voi­ci déjà que dans le pre­mier banc s’agenouillait une jolie peti­te pay­san­ne de cinq ans, avec sa maman. Tou­te ani­mée du désir d’admirer l’Enfant-Jésus avec Marie, Jose­ph, les anges, crè­che, les ber­gers, et tou­tes les peti­tes lumiè­res, elle avait pres­sé la famil­le à par­tir vers l’église. Brillants de bon­heur, ses yeux noirs et vifs allaient d’un ber­ger à l’autre, admi­raient Marie et Jose­ph dans la pau­vre éta­ble ins­tal­lée sur l’autel laté­ral de gau­che. Tout à coup la peti­te pous­sa sa maman et deman­da :

« La crè­che est vide, où est donc l’Enfant-Jésus ?

– Après la mes­se, mon­sieur le Curé l’y met­tra. Alors tu le ver­ras. Attends un peu et sois bien sage. »

u’elle avait eu lieu dans cet­te pério­de par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ci­le de l’Église qui était alors sous le pon­ti­fi­cat d’un anti­pa­pe. Et il priait Dieu de le déli­vrer de ses dou­tes. Il se confia à son évê­que et alla jusqu’à le prier de l’ordonner une secon­de fois s’il le fal­lait, pour en finir avec ses scru­pu­les.

Alors la mes­se com­men­ça. Arri­vé à la consé­cra­tion, le prê­tre pro­non­ça les paro­les consé­cra­toi­res avec une gran­de crain­te res­pec­tueu­se, et pré­sen­ta la blan­che hos­tie à l’adoration des fidè­les.

Un grand silen­ce régnait dans le lieu saint où tous étaient à genoux et ado­raient dans la foi le Christ pré­sent. Sou­dain on enten­dit une voix enfan­ti­ne :

« Regar­de, maman quel bel Enfant. Regar­de donc ! »

Mais la bra­ve pay­san­ne ne vit rien d’autre que la sain­te hos­tie. Effrayée de la per­tur­ba­tion, elle s’efforça de fai­re tai­re sa peti­te Inès : obéis­san­te, la peti­te de cinq ans se retint d expri­mer sa joie, mais son regard émer­veillé res­ta fixé sur l’Enfant qu’elle vit dis­tinc­te­ment dans la main du prê­tre et sur l’autel jusqu’à la com­mu­nion. Quand le prê­tre consom­ma l’hostie, l’Enfant dis­pa­rut.

Les yeux noirs si vifs de l’enfant le cher­chè­rent en vain sur l’autel. Inès vou­lait tou­jours com­mu­ni­quer à sa mère ce qu’elle avait vu, mais celle-​ci lui ordon­na de se tai­re :

« Sois tran­quille main­te­nant, car bien­tôt, après la mes­se, le prê­tre dépo­se­ra l’Enfant-Jésus dans la crè­che, alors tu le ver­ras ! »

En effet, le prê­tre vint dépo­ser une sta­tue de l’Enfant-Jésus dans la crè­che, pen­dant que les fidè­les chan­taient. Alors que petits et grands consi­dé­raient le bel Enfant-​Jésus, Inès se tour­na vers sa mère, tou­te bou­le­ver­sée :

« Maman, mais ce n’est pas du tout l’Enfant-Jésus vivant que j’ai vu avant sur l’autel ! »

La pay­san­ne secoua la tête : quel­le sur­pre­nan­te ima­gi­na­tion a donc cet­te nuit sa peti­te fille ? Aupa­ra­vant elle était tou­jours sage à l’église.

« Prie, mon enfant, et sois enfin tran­quille. »

Inès alors joi­gnit à nou­veau ses peti­tes mains, car aus­si­tôt com­men­ça la deuxiè­me mes­se de Noël. Mais après les paro­les de la consé­cra­tion, le petit index droit d’Inès se poin­ta à nou­veau en l’air :

« Maman, regar­de ! là-​bas, le petit Enfant-​Jésus est de nou­veau sur l’autel dans les mains du prê­tre. Oh ! com­me il est beau ! Il remue et me sou­rit. Maman, ne le vois-​tu donc pas ? »

De fait, la peti­te Inès vivait pour la deuxiè­me fois le même mira­cle, jusqu’à ce que l’Enfant-Jésus dis­pa­rût à nou­veau à la com­mu­nion du prê­tre. À la troi­siè­me mes­se éga­le­ment, elle eut la même grâ­ce. Quel­ques fidè­les avaient eu l’attention atti­rée par les paro­les d’Inès, et ils vin­rent l’interroger après la mes­se. Rem­plie de joie, Inès leur détailla l’aspect de l’Enfant-Jésus et com­ment il avait regar­dé et béni les gens.

La nou­vel­le de ce mer­veilleux évé­ne­ment se répan­dit bien­tôt dans le vil­la­ge et dans tous les envi­rons. Le prê­tre lui-​même l’apprit et fit appe­ler Inès. Elle répon­dit à tou­tes les ques­tions avec une sim­pli­ci­té can­di­de sans se lais­ser démon­ter ni embar­ras­ser par les objec­tions. À tra­vers ses grands yeux inno­cents et ses sim­ples répon­ses brillait la véri­té irré­cu­sa­ble. Avec bon­heur, le prê­tre recon­nut dans cet­te mer­veilleu­se appa­ri­tion pen­dant ses mes­ses un signe plein de ten­dres­se de la part de Dieu lui mon­trant ain­si la légi­ti­mi­té de son ordi­na­tion et la vali­di­té de la consé­cra­tion eucha­ris­ti­que. Pour­tant il ne vou­lut pas être trop impru­dent et cré­du­le.

Dans sa gran­de per­plexi­té, il médi­ta en silen­ce une épreu­ve pour Inès. Après quel­ques jours, alors que la peti­te, à son habi­tu­de, vint à nou­veau pour assis­ter à la mes­se, le prê­tre prit trois gran­des hos­ties et vint à l’autel. Il ne consa­cra cepen­dant que deux hos­ties, ayant lais­sé dès le début la troi­siè­me de côté sans la consa­crer. À la com­mu­nion il consom­ma l’une des deux hos­ties consa­crées, et pla­ça l’autre hos­tie devant lui, à côté de cel­le qui n’avait pas été consa­crée. Puis il fit venir Inès sur les mar­ches de l’autel et, lui mon­trant les deux hos­ties, il lui deman­da :

« Vois-​tu enco­re main­te­nant l’Enfant-Jésus ? »

Aus­si­tôt l’enfant poin­ta son doigt sur l’Hostie consa­crée et s’écria, rayon­nan­te :

« Oh, oui ! dans cet­te Hos­tie, je vois l’Enfant-Jésus, mais pas dans l’autre. Oh ! com­me c’est beau ! com­me c’est beau ! » Alors le prê­tre ne put ni ne vou­lut dou­ter enco­re. Ému, il remer­cia le Sei­gneur Jésus de l’avoir libé­ré de ses scru­pu­les par un mira­cle évi­dent. Inès entra plus tard dans un cou­vent pau­vre, et vécut pieu­se­ment et sain­te­ment dans une stric­te péni­ten­ce.

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MessagePosté le: Mer 4 Jan - 02:55:28 (2017) Répondre en citant
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Le retour des Rois Mages

L’enchantement était terminé ; comme s'il eût voulu faire comprendre à ses adorateurs lointains que le moment était venu de retourner dans leur pays, le divin Enfant ferma les yeux, le nimbe de lumière qui auréolait sa tête s'adoucit et, avec un sourire, la Vierge mère posa un doigt sur ses lèvres. À ce signal, les anges qui chantaient encore le cantique triomphal, se turent subitement ; il se fit un grand silence et les trois Mages, se levant, quittèrent l'étable, graves et recueillis.

À la porte, ils retrouvèrent les bergers qui se racontaient de l'un à l'autre, les merveilles accomplies. Ils arrivèrent au campement où leurs chameaux accroupis pêle-mêle, parmi les serviteurs, se livraient à l'insouciance du repos. Instinctivement, ils levèrent leurs yeux vers le ciel : l'étoile était là, plus brillante que jamais. Cependant un changement s'était opéré : tandis qu'au premier jour, ses rayons descendaient droits sur l'étable, ils s'inclinaient maintenant vers l'Orient. Les Mages comprirent sa muette invitation et bientôt la longue file des chameaux caparaçonnés d'étoffes aux voyantes couleurs, fut prête à prendre le chemin du retour.

Au pas cadencé des montures, elle défila par les rues étroites de Bethléem. Les Mages revirent le caravansérail où ils s'étaient arrêtés, le premier jour, en quête de renseignements ; ils passèrent la synagogue devant laquelle, indifférents aux choses qui venaient de changer la face du monde, des rabbins discutaient gravement ; ils franchirent la porte que gardait une cohorte de soldats romains et bientôt ils retrouvèrent la campagne sillonnée de troupeaux.

Et voilà qu'au moment de s'engager sur la route qui mène à Jérusalem, l'étoile, par ses rayons obliques, indiqua nettement la direction du désert, invitant les Mages à retourner par un autre chemin.

Sans doute avaient-ils promis au roi Hérode de venir lui apprendre où se trouvait ce roi des Juifs qu'il voulait adorer à son tour : mais puisque l'étoile les guidait vers une autre route, c'est que Dieu le voulait ainsi. Ils suivirent l'étoile.

Pendant les trois jours qu'ils avaient passés au pied de la crèche, ils avaient tout oublié. Perdus dans l'adoration de l'Enfant divin qui leur souriait, ils avaient laissé, pour un instant, les pensées qui d'habitude hantaient leur esprit : le nombre de palmiers qui formaient leurs domaines, l'emplacement des puits où s'abreuvaient leurs troupeaux, le recensement des tribus qui leur obéissaient, les limites de leurs royaumes, les querelles qui les séparaient de leurs voisins, tout avait disparu dans le divin enchantement.

Et voilà que soudain, ils se ressouvenaient de toutes ces choses; ils entendaient de nouveau retentir, à leurs oreilles, les paroles cauteleuses du vieil Hérode :

– Allez, informez-vous de cet Enfant, et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir afin que j'aille, moi aussi, l'adorer.

Et ils se rendaient compte, maintenant, du regard à demi voilé qui accompagnait ces paroles. Les yeux du vieux renard annonçaient une âme ténébreuse et prête à tous les crimes. Du fond de son palais, sans doute guettait-il leur retour ; et quand il apprendrait leur fuite, peut-être enverrait-il, contre eux, ses armées. Mais que leur importait ? À ce moment, ils seraient loin ; devant eux s'ouvrait le désert, vaste plaine où le vent de la nuit efface la trace laissée durant le jour par le pied des chameaux.

Et la caravane, en longue file, continua son voyage jusqu'au coucher du soleil.

À la halte du soir, le chef de la caravane fit enlever les riches tentures qui ornaient les chameaux et les remplaça par des housses dont le gris pâle se confondait avec la teinte du sable. Les serviteurs revêtirent eux aussi des tuniques sombres.

La transformation terminée, il s'avança vers le roi Gaspar et, s'inclinant, il lui présenta une tunique de toile grossière.

– Le désert s'ouvre devant nous, dit-il ; il est infesté de brigands et de pillards ; s'ils aperçoivent des gens magnifiquement vêtus, ils s'imagineront que la caravane transporte une riche cargaison et ne manqueront pas de l'attaquer.

Melchior et Balthasar les rejoignaient en ce moment. Ils entendirent la remarque du chef caravanier.

– Est-il donc nécessaire de nous cacher ? Demanda Balthasar. Certes nous portons un immense trésor, mais il n'est pas de ceux qui attirent les voleurs.

– La paix est venue sur le monde, proclama Melchior, les anges l'ont chantée là-bas : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! Nous sommes les messagers de la bonne nouvelle et c'est notre devoir de l'annoncer même aux pillards du désert.

– Avançons sans crainte et sans subterfuges, conclut Gaspar ; Dieu avait-il caché aux yeux des méchants l'étoile qui nous a conduits ?

Et les rois Mages gardèrent les insignes de leur rang. Au matin, ils dirent adieu aux dernières collines et le pied des chameaux foula le sable brûlant. Ils marchèrent tout le jour.

Mais quand, le soir, ils s’arrêtèrent pour camper, le chef de la caravane revint vers eux. Son front était soucieux.

– Le chemin que nous suivons, dit-il, est loin des grandes pistes; cependant j'ai relevé des traces nombreuses. Nous sommes sûrs de rencontrer des tribus pillardes qui ne respectent ni les biens des voyageurs ni même leur vie.

– Avançons quand même puisque l'étoile nous a indiqué ce chemin, dit Gaspar.

– Les traces que j'ai remarquées ne sont pas seulement celles des hommes, poursuivit le chef caravanier, j'ai démêlé parmi elles, les pistes des chacals affamés et celles, plus redoutables encore, du lion solitaire.

– Qu'importe, dit Melchior, n'avons-nous pas adoré Celui qui commande à toute la nature ? Il saura fermer la gueule du lion et de l'hyène, ou leur faire découvrir une autre proie.

Mais le chef de caravane insista.

– Je crains que nous ne puissions trouver des puits pour abreuver nos chameaux ; cette partie du désert me semble plus stérile que toutes les autres.

– Mais Lui, n'est-il pas la fontaine d'eau vive qui jaillit dans le désert ? Prononça Balthasar.

Et la caravane, après le repos de la nuit, reprit sa marche monotone.

Mais voilà que vers la fin du troisième jour, le chef de caravane courut de nouveau vers ses maîtres.

– Je l'avais dit, prononça-t-il, et maintenant nous voici en face des pillards. Ils sont là-bas qui nous guettent au passage du défilé, entre la double ligne de rochers qui resserre le chemin. Ils sont cinquante au moins ! Et armés !

La caravane s'arrêta. Les Mages déroulèrent leur turban et la couronne d'or, incrustée de pierreries qu'ils portaient sur leur tête, étincela aux rayons du soleil couchant. Ayant pris bravement la tête, ils s'avancèrent seuls au-devant des pillards.

Leur bande arrivait comme une trombe. Parvenue à une certaine distance, elle s'immobilisa soudain, se développant, comme un mur de défi.

– Halte ! Cria le Chef, maîtrisant avec peine sa monture, un superbe cheval arabe, au poil luisant, aux naseaux de feu.

Mais le cortège des Mages continua d'avancer au-devant des agresseurs.

– Halte ! Cria une seconde fois le chef, tirant du fourreau une dague étincelante.

Les Mages avançaient toujours.

Et voilà que soudain un cri d'effroi s'éleva de la troupe; au-dessus des trois couronnes, plus brillantes que jamais, l'étoile lançait des rayons étincelants dont le reflet dépassait celui du soleil couchant.

Les pillards, saisis d'effroi, sautèrent à bas de leurs montures et, se prosternant dans le sable, ils redirent la salutation du désert:

– Salaam aleyk !

– Nous vous retournerions le souhait, proclama Gaspar, si vous étiez des hommes de bonne volonté.

Et la bande des pillards, toujours saisis de crainte, se rangea pour laisser passer la caravane de la paix.

Trois jours encore, on avança dans le désert sans eau, mais chaque soir, un puits se trouvait là pour abreuver les chameaux.

Au quatrième, des formes indécises parurent à l'horizon ; pourtant le chef caravanier continua de cheminer tranquillement au pas de son chameau ; ayant vu le miracle, il ne craignait plus.

Les formes se précisent bientôt: il s'agit d'une caravane nombreuse et bien ordonnée. Des cavaliers se détachent et s'avancent au-devant des voyageurs pour connaître leurs intentions.

À la vue des Mages, ils s'inclinent profondément et tandis que l'un d'eux court informer ses maîtres, les autres se forment en escorte pour guider les nobles voyageurs.

En approchant, les Mages reconnurent la grande caravane qui, chaque année, traverse le désert, pour porter vers la mer, les trésors des pays de l'intérieur : tapis chatoyants de la Perse, perles précieuses de l'Inde, armes étincelantes ciselées à Bagdad, encens de la Chaldée ou parfums de Saba, poudre d'or du pays d'Ophir, épices, aussi précieuses que l'or, des îles lointaines.

À l'approche des nobles visiteurs, un long tapis fut déroulé sur le sol : des serviteurs aidèrent les trois princes à descendre de leur monture, tandis que le chef des marchands, ayant revêtu une tunique de soie précieuse, s'avança au-devant d'eux.

– Salaam aleyk ! Dit-il en s'inclinant et tout en guidant ses hôtes vers la tente principale.

– Aleykom es salaam ! Répondirent ensemble les trois rois.

– Nous avons cheminé par vos royaumes, continua le chef, et nous y avons trouvé la paix et la prospérité. Vos peuples heureux vous bénissent. Nulle part avons-nous été mieux reçus et cheminé avec plus de sécurité. Et maintenant, nous allons vers la grande mer de l'Occident. Mais ce nous est une joie de vous rencontrer et de vous offrir quelques présents qui vous remercieront pour la gracieuse permission de traverser vos royaumes.

– Nos peuples vivent dans la paix, répondit Balthasar ; aussi longtemps que vous serez des hommes de paix, vous pourrez traverser nos royaumes sans avoir à payer d'autre tribut que le péage des chemins.

– Cette gracieuse permission augmente notre gratitude et nous aimerions la traduire dans un présent qui vous rappellera notre rencontre au milieu du désert. Voici la tente où nous avons rassemblé les meilleures de nos marchandises. Vous pourrez choisir celle qui vous plaira et l'emporter comme gage de notre mutuelle amitié.

– Vous avez acquitté le péage ? Vous ne nous devez rien de plus.

– Mais notre gratitude demeure et nous serons heureux de vous voir choisir un présent comme marque réciproque de bon vouloir.

Pour être agréables à leur hôte, les trois Mages entrèrent dans la tente. Ils y virent accumulées, les marchandises les plus rares; ils défilèrent le long de la riche rangée de tapis que les meilleurs ouvriers de la Perse avaient tissés.

– Voici maintenant, dit le chef, en les guidant vers une autre partie de la tente, des bijoux et des armes ciselés à Bagdad.

Et les Mages défilèrent parmi les dagues aux lames d'acier, aux poignées d'or enrichies de pierreries; ils virent les plats d'or et d'argent incrustés d'émaux rutilants.

– Admirez ici les perles que nous avons été chercher jusqu'au pays de Ceylan ; nulle part en trouverez-vous de plus limpides, avec un orient plus beau.

Chacune de ces perles, en effet, semblait solliciter le regard par son éclat et la perfection de ses formes : chacune d'elles était digne de la couronne d'un roi.

– Voici les soieries les plus fines du pays de Cathay, nulle part en trouverez-vous d'aussi douces au toucher, d'aussi chatoyantes pour la vue.

Et le marchand développa les plis vaporeux d'étoffes si légères qu'on les eût dites tissées par la main d'une fée.

– Ces coffres, ajouta le marchand, n'ont pas été ouverts car ils contiennent les épices les plus odorantes, les parfums les plus subtils. Mais toutes ces choses attendent votre choix. Quel que soit l'objet qui arrêtera vos regards, il est à vous et ce nous serait une peine que de vous voir repartir sans emporter un présent qui sera le signe matériel de notre amitié.

Et c'est ainsi qu'au milieu du désert aride et nu, les Mages se promenaient parmi des richesses qui auraient fait la fortune de plusieurs royaumes.

À la fin, ils se consultèrent à voix basse ; puis Gaspar, se tournant vers le marchand, lui dit :

– Simon Ben Alem, tu as là des richesses merveilleuses ; jamais les caravanes n'en avaient porté autant et de si belles. Nous n'aurions qu'à tendre la main, pour tenir, de ton amitié, des bijoux, des armes ou des étoffes qu'un prince paierait d'un haut prix. Et pourtant, nous n'en ferons rien, car notre cœur est détaché des choses de la terre, maintenant que notre œil a contemplé le plus grand trésor du monde.

– Le plus grand trésor du monde ?

– Oui, Simon Ben Alem, un trésor auquel nul autre n'est comparable.

– Dans le palais d'Hérode, sans doute. Le vieux roi se connaît en bijoux, en étoffes fines, en perles rares ; ne l'a-t-on pas surnommé Hérode le Magnifique ! Mais je dois passer par Jérusalem, je verrai ce trésor.

– Ce trésor ne se trouve pas dans le palais d'Hérode et c'est pourquoi il en est jaloux et voudrait s'en emparer.

– Je comprends, dit Simon Ben Alem, c'est dans le temple de Jérusalem que vous avez contemplé cet objet merveilleux. Certes, le nouveau temple est loin d'égaler la magnificence de celui que construisit le roi Salomon, pourtant, je connais les tapis précieux qui entourent le Saint des saints et je donnerais beaucoup pour avoir les pareils ; les lampes d'or finement ciselées qui brillent devant l'arche sont de pures merveilles, et c'est en vain que j'ai chargé les ouvriers les plus habiles d'en ciseler de semblables pour Hérode qui voudrait en orner son palais ; celles du temple, il ne les aura pas car elles appartiennent à Jéhovah.

– Tu te trompes, Simon Ben Alem, ce n'est ni dans le palais d'Hérode, ni dans le temple, ni à Jérusalem que nous avons contemplé la merveille dont nos yeux gardent encore la vision.

– Ce n'est pas à Jérusalem ?

– C'est à Bethléem, dans une étable...

– À Bethléem ?... Dans une étable ?...

– C'est un enfant nouveau-né, couché dans une crèche.

– Un enfant ?... Couché dans une crèche ?...

Simon Ben Alem demeurait interdit. Un moment, il fixa le regard de ses hôtes, mais il y vit une telle irradiation, qu'il sentit passer quelque chose de divin ; il lui sembla que l'ombre de Jéhovah planait dans la tente et éclipsait d'un coup toutes ses richesses. Après un moment de silence, il s'inclina de nouveau et annonça :

– Dans la tente voisine, nous avons préparé des rafraîchissements: peut-être voudrez-vous nous faire l'honneur d'y goûter.

Les Mages entrèrent dans la tente et, pour être agréables à leur hôte, ils acceptèrent les rafraîchissements gracieusement offerts.

S'étant ainsi reposés, ils se préparèrent au départ.

– Acceptez au moins ces tapis pour couvrir le dos de vos chameaux, insista Simon Ben Alem; ainsi comprendrai-je que vous ne méprisez pas votre serviteur et qu'il sera le bienvenu sur vos terres.

– Nous prendrons chacun l'un de ces tapis, consentit Gaspar, et tu seras toujours le bienvenu dans nos royaumes. Mais tu le sais, le désert n'a pas de maître, seul le vent y commande au sable; avertis tes guides d'avancer avec prudence, car plusieurs bandes de pillards rôdent sur cette piste.

Simon Ben Alem sourit:

– Nous sommes accoutumés à ce genre de rencontres et nous sommes armés en conséquence. Nous étions préparés à toutes les éventualités, sauf à la nouvelle qu'il existe un trésor plus précieux que la multitude de ceux que nous avons rassemblés ici.

– Oui, Simon, il existe.

– Et mes yeux pourront le contempler ?

– Oui, à Bethléem, dans une étable, tu trouveras un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche.

L'étonnement reparut dans les grands yeux de Simon Ben Alem ; il allait encore interroger, mais avec un sourire mystérieux, Melchior se contenta de lui dire :

– Tu iras et tu verras.

Et les Mages rejoignirent leur tente.

Au matin du jour qui suivit, les deux caravanes s'ébranlèrent en même temps ; chacune dans la direction opposée : bientôt elles disparurent aux regards l'une de l'autre.

Tandis que Simon Ben Alem conduisait ses riches marchandises vers la mer, Les Mages cheminaient vers leur pays, parmi les dunes de sable à peine recouvertes de plantes maigres et rares.

Enfin ils atteignirent les plaines fertiles que baignent le Tigre et l'Euphrate ; le cri de joie des chameaux annonça la fin du désert. C'était le lieu d'où ils étaient partis, deux mois auparavant.

Alors l'étoile qui les avait conduits disparut à leurs yeux.

Mais qu'importait aux trois augustes pèlerins ; ils étaient près de celui qui leur avait appris le sens même de l'étoile et les avait envoyés vers l'Enfant-Dieu. Ne pourrait-il pas les guider encore et leur apprendre ce qu'il leur restait à faire ?

Au pied du mont Ararat, dans un bosquet de palmiers et de dattiers, près d'une source, demeurait l'ermite vénéré de tous, Rahoun al Sherradhin, le Mage des Mages, dont le regard profond lisait dans les astres aussi sûrement que dans un livre ouvert. Rahoun al Sherradhin, le pieux, qui aurait pu être riche et roi, mais qui donnant aux pauvres les cadeaux qu'on lui offrait, tissait lui-même ses habits et vivait des fruits que ses arbres lui fournissaient.

Les trois rois avaient été salués par des princes, d'innombrables courtisans étaient inclinés devant eux: à leur tour, ils s'inclinèrent devant Rahoun al Sherradhin.

– Salaam aleik!

– Aleykom es salaam ! Répondit l'ermite.

– Rahoun al Sherradhin, nous avons suivi l'étoile, commença Gaspar : elle nous a conduits vers l'enfant que tu nous avais annoncé ! Nous l'avons adoré et je lui ai offert de l'or, car il est Roi.

– Je lui ai offert de l'encens, car il est Dieu, ajouta Balthasar.

– J'ai déposé de la myrrhe auprès de son berceau, dit Melchior, car c'est un Dieu descendu parmi nous, il vivra au milieu des hommes.

– J'ai suivi l'étoile, dit alors Rahoun al Sherradhin, j'ai vu sa courbe immense vous conduire jusqu'à l'étable ; j'ai adoré en esprit, pendant que vous adoriez en vérité.

– Un jour pourtant, l'étoile nous a manqué, remarqua Melchior. Nous étions près de Jérusalem et nous sommes entrés dans la ville pour nous informer. Le roi Hérode a réuni ses docteurs et c'est de leur bouche que nous avons appris le nom de la ville où devait naître le nouveau Roi des Juifs.

– Hérode nous a demandé de l'avertir aussitôt que nous aurions trouvé l'enfant, car il voulait, lui aussi, l'adorer, ajouta Balthasar.

– Mais au moment du départ, expliqua Melchior, l'étoile nous a guidés vers le désert, loin de Jérusalem, et nous sommes venus par un autre chemin.

L'ermite releva la tête, son regard profond semblait lire des choses lointaines.

– Hérode a su que Bethléem était le lieu de naissance du nouveau roi, dit-il ; il a envoyé ses soldats qui ont massacré tous les enfants de ce lieu et des environs.

– Mais alors, s'écria Balthasar avec des larmes dans la voix, mais alors, il est mort... lui qui était Dieu !

– Non, répondit lentement l'oracle, les yeux toujours tournés vers l'infini, non, il avait déjà quitté Bethléem ; pendant que vous traversiez le désert, il a passé tout près de vous, fuyant vers l'Égypte.

– Tout près de nous, soupira Gaspar, et nous n'avons pas connu sa présence.

– Elle vous a protégés pourtant; rappelez-vous l'étoile qui a brillé sur vos têtes et éloigné les pillards.

– C'était Lui, s'écrièrent à la fois les trois Mages, et c'est pourquoi nous avons senti nos cœurs s'embraser.

– Ah ! Comme j'aurais voulu jeter à ses pieds, le chef de ces brigands dont l'âme, malgré tout, gardait une certaine noblesse, dit Gaspar avec un soupir de regret.

– Son cœur était trop dur encore pour être converti, proclama Sherradhin, il a rencontré les proscrits, il s'est incliné devant eux et les a conduits jusqu'aux portes de l'Égypte ; un jour viendra où il reconnaîtra son Sauveur 2.

– L'Enfant est parti en Égypte, remarqua Melchior ; notre ami, le marchand Simon Ben Alem, le cherchera vainement lorsqu'il se rendra à Bethléem.

– Simon Ben Alem est trop occupé des choses de ce monde, prononça Rahoun al Sherradhin, il est arrivé à Joppé 3 et ne songe qu'à écouler ses marchandises pour aller en acheter d'autres et augmenter ses richesses. Il faudra que la main de Dieu s'appesantisse sur lui pour qu'il ouvre enfin les yeux et reconnaisse Celui qu'aujourd'hui il a dédaigné. Un jour, devenu disciple fervent, il viendra vous enseigner le mystère d'un Dieu crucifié 4.

– Crucifié ! S'écria Balthasar ; doit-Il donc mourir ?

– Crucifié et mort pour les péchés du monde : mais ressuscité pour Régner jusqu'à la fin des temps.

– Ces choses étonnantes, quand s'accompliront-elles ? demanda Melchior.

Rahoun al Sherradhin se recueillit un instant, ses yeux de nouveau plongèrent dans l'avenir et d'une voix inspirée, il annonça :

– Vous avez contemplé l'étoile de sa naissance, elle vous a conduits jusqu'à son berceau. Mais quand il vous semblera que la terre sera prise de convulsions, quand le soleil se voilera la face et que les rochers se fendront, alors sachez que votre salut est proche, car le Christ sera mort et Il sera ressuscité.

À ces paroles, les Mages jetèrent leurs couronnes à leurs pieds, et le front incliné dans la poussière, ils adorèrent le Dieu qui s'était manifesté à eux petit Enfant.

Et il leur sembla entendre comme un écho lointain du cantique de Bethléem :

Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre, aux hommes de bonne volonté !

Alors, reprenant la route de leurs royaumes, ils gagnèrent les pays de Saba, de Tarsis et des îles lointaines où ils attendraient la venue de celui qui leur apporterait la grande nouvelle d'un Dieu mort pour racheter le monde et ressuscité pour régner à jamais.

_________________
"Si je meurs demain, je me regretterai, parce que je m'entends assez bien avec moi-même"

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:51:07 (2017)
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