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Forum du Pays Réel et de la Courtoisie - FPRC :: Michel Déon
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Michel Déon
MessagePosté le: Mer 28 Déc - 19:12:06 (2016) Répondre en citant
possum
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Localisation: Dans le Sud, bien sûr !




La cavalier a vidé les étriers aujourd'hui, à 97 ans.

Annoncé à l'instant chez Sanders.

Un de nos plus grands auteurs ! RIP

_________________
La rue appartient à celui qui y descend...

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MessagePosté le: Mer 28 Déc - 19:12:06 (2016)
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Michel Déon
MessagePosté le: Mer 28 Déc - 20:12:17 (2016) Répondre en citant
Lycaon75
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RIP a ce Monsieur.

2016 aura été une véritable hécatombe parmi les personnalités.

_________________
Preservons la faune et la flore

Michel Déon
MessagePosté le: Mer 28 Déc - 20:29:58 (2016) Répondre en citant
akela
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Il avait écrit quelque chose comme " pourquoi faudrait-il à tout prix vouloir mourir centenaire"?

A vrai dire, je préférais le personnage - à l'humour décapant et à la désinvolte élégance - à l'écrivain, doué, certes, mais sans génie. Peut-être son apparent cynisme nuisait-il à une forme littéraire toute classique.

C'était aussi l'un des derniers témoins d'une époque où l'amitié comptait plus que l'opinion, et le goût plus que les principes.

Mémoire éternelle pour ce toujours "jeune homme vert"!

_________________
nous sommes du même sang, toi et moi!

Michel Déon
MessagePosté le: Mer 28 Déc - 22:22:55 (2016) Répondre en citant
caporal_épinglé
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*
_ Le dernier des hussards vient de nous quitter.

  Il avait aussi été l'un des derniers secrétaires de l'AF dans la tourmente de l'Occupation.
  Salut camarade !
  "Que la terre humide te soit légère."


                                 


  R.I.P.

_________________
En avant toujours, repos ailleurs !



_ Quand j'entends le mot culture, je charge mon revolver !
Visiter le site web du posteur

Michel Déon
MessagePosté le: Ven 30 Déc - 00:51:58 (2016) Répondre en citant
Bonne Maman
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RIP à un gentleman qui préférait vivre loin d'un pays en décrépitude... Comme on le comprend !

_________________
"Si je meurs demain, je me regretterai, parce que je m'entends assez bien avec moi-même"

Michel Déon
MessagePosté le: Ven 30 Déc - 23:42:05 (2016) Répondre en citant
Bonne Maman
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Citation:
DISPARITION - Michel Déon avait connu un immense succès avec des livres écrits sous le signe de Stendhal. Grand voyageur, esprit libre, le plus irlandais des romanciers français s'est éteint hier mercredi à l'âge de 97 ans. On n'oublie pas que Michel Déon était de notre famille d'esprit. D'esprit et de cœur car Déon a toujours conservé pour Maurras , dont très jeune, il avait été le secrétaire à Lyon, durant l'Occupation, une sorte d'affection, d'attachement, qui ne se sont jamais démentis. Il s'est toujours activement intéressé avec Jacques et Nicole Maurras à la défense de la mémoire du maître de sa jeunesse, à la préservation de cette maison du Chemin de Paradis à Martigues dont il savait combien elle avait compté pour Maurras. Il avait donné à Pierre Builly et François Davin, vers 1980, un entretien pour Je Suis Français, mensuel d'Action française d'alors, en quelque façon l'ancêtre déjà lointain de notre quotidien. Il avait aussi accepté, dans les mêmes années, d'assister au rassemblement royaliste des Baux de Provence et d'y prendre la parole. De cette journée aux Baux il est d'ailleurs question dans l'un de ses livres ... Il avait encore récemment redit les raisons de sa fidélité à Maurras dans le Cahier de l'Herne qui lui a été consacré. Sans nul doute, Michel Déon était des nôtres. Sa mort est pour nous tous une peine et un deuil.

Lafautearousseau

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Michel Déon
MessagePosté le: Ven 30 Déc - 23:43:48 (2016) Répondre en citant
Bonne Maman
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Citation:
Édouard Michel naquit à Paris le 4 août 1919. Et Michel Déon quelque vingt ans plus tard, quand le jeune homme choisit ce nom de plume pour signer ses premiers articles dans la presse, puis ses romans.

Les images de son enfance sont celles de la Côte d’Azur : son père y est alors conseiller du prince de Monaco. Le petit Édouard va donc au lycée sur le Rocher, puis à Nice. Remontant à Paris, il poursuit sa scolarité à Janson-de-Sailly. Enfin, bac en poche, il attaque son droit. Mais le coup de foudre a lieu dans la bibliothèque paternelle quelques années plus tôt : à 13 ans, l'adolescent découvre Charles Maurras. Le poète de Martigues, animateur de l'Action française, va exercer sur lui une influence considérable. Il restera fidèle à sa mémoire, qu'il estime injustement caricaturée, réduite à des slogans. Interrogé, bien des années plus tard, Déon déclarera : « Lorsqu’on me demande pour qui je vote, je réponds que je suis de toute façon monarchiste depuis ma jeunesse et que je n'en démordrai pas. » « Je suis un écrivain réactionnaire, je le dis tout haut », proclamera même ce stendhalien, avouant pencher « pour une société aristocratique ». En politique, tous le savaient, Déon avançait courageusement, et sans masque…

Mobilisé en 1939, il rejoint la capitale des Gaules en 1942, car c'est à Lyon qu'est repliée la presse parisienne, parmi laquelle L'Action française. Une aubaine pour Déon, qui, confessant ne s'être jamais remis de la défaite de 1940 - « Peut-on oublier la honte ?» - va côtoyer chaque jour le vieux Maurras dont il devient le secrétaire. Dès cette époque, il s'essaie à la littérature.

Après-guerre vient le temps des voyages. Il se sent comme en exil dans la France de la Libération. De 1946 à 1948 : Allemagne, Suisse, Italie, Portugal. En 1944 paraît un premier livre, Adieux à Sheila, qu'il réécrira en 1990, sous le titre Un souvenir. Les années d'apprentissage sont achevées, voici celles de l'amitié, de la littérature, des Hussards : Laurent, Blondin. Tandis que ce dernier écrit L'Europe buissonnière, Déon rédige son premier vrai roman, publié en 1950 : Je ne veux jamais l'oublier. « Blondin me disait toujours : “Toi, t'écris pour les gonzesses.” » Chez Déon, c'est vrai, peu de soûleries prodigieuses, d'amitiés poivrotes, même s'il déclarait : « Les buveurs d'eau me sont suspects. Son monde est plus secret, plus diffus ; l'humour et la charge y sont présents, mais l'analyse psychologique des sentiments, la délicatesse des teintes marquent avant tout.

Il se lie à André Fraigneau, Roland Laudenbach, Kléber Haedens… Du beau monde. Mais les jambes le démangent et, comme Paul Morand, il guette toujours les départs. En 1951, le voici boursier de la Fondation Rockefeller, partant pour les États-Unis. Il n'en continue pas moins de publier régulièrement : La Corrida en 1952, Le Dieu pâle en 1954, Lettre à un jeune Rastignac (libelle), Les Trompeuses Espérances en 1956.

De 1958 à 1961, Déon voyage presque constamment. C'est au cours de ces périples qu'il découvre Spetsai, une île grecque. Michel Déon et les îles : une histoire d'amour. « L’insomnie est peut-être une maladie inguérissable, expliquera-t-il. Elle impose l'immobilité, c'est-à-dire, en un sens, la condition essentielle de la paix intérieure. En 1964, il s'installe à Spetsai. Ce départ pour la Grèce change ses perspectives : « J'ai trouvé la pacification intérieure dès que j'ai quitté la France.» De ces années, il tirera des souvenirs : Le Balcon de Spetsai puis Le Rendez-vous de Patmos.

Mais on enferme trop Déon dans l'image du romancier nostalgique, raffiné, décrivant couchers de soleil et fantasques amours. Il fut également un redoutable pamphlétaire, véritable empêcheur de penser en rond. Sa Lettre à un jeune Rastignac est un modèle de libelle à l'adresse des jeunes ambitieux qu'il voyait se pousser avec ironie.

En 1967, ce maurrassien resté antigaulliste publia un texte furieux contre la France du Général : Mégalonose. Saisi par les services de police, le livre mourra au berceau, mais justifiera - si besoin était - l'éloignement de Déon.

Pourtant, des années plus tard, il conservera un regret de ce temps : « Il est permis d'avoir la nostalgie d'une époque où régnait une esthétique de vie, une esthétique politique, un pragmatisme politique, disparus au nom d'un moralisme tout à fait idéaliste. De Gaulle, c'était Sisyphe taillant sa route dans le roc, insensible et vaniteux, vexé à mort parce que son rocher lui retombait sur la tête. »
Prix Interallié et grand prix du roman de l'Académie française

Quelque temps plus tard, les honneurs lui arrivent coup sur coup. En 1970, ses Poneys sauvages obtiennent le prix Interallié. Roman de tous les engagements, Seconde Guerre mondiale, Algérie, guerre des Six-Jours - ce livre n'effraie pas le jury dans une France post-soixante-huitarde ; pas plus que les déclarations de son auteur ne choquent… « Je suis un homme de droite et je n'ai pas honte de l'avouer. Je sais que j'ai été écarté de deux prix à cause de quelques lignes. »

Et la consécration se poursuit : Un taxi mauve reçoit le grand prix du roman de l'Académie française, puis Le Jeune Homme vert (1975) obtient un grand succès public ; enfin, en 1978, Déon rejoint la Coupole, élu au fauteuil de Jean Rostand, en même temps qu'Edgar Faure. « Moi qui ai si longtemps cultivé mes différences, je vais enfin tenter de cultiver mes ressemblances avec des gens qui me sont parfois opposés », remarque-t-il alors.

Il y avait été poussé par ses amis Félicien Marceau, Jean d'Ormesson et Maurice Rheims. Avant eux, Paul Morand le lui avait aussi conseillé. Même en habit vert, Déon n'en revendique pas moins un « certain anarchisme de droite, un pessimisme qui vise à la lucidité ». Mais l'Académie n'est pas un enterrement de première classe. Déon continue à écrire, explorant des régions qui lui sont inconnues, comme le théâtre. Déjà, il avait écrit des pièces radiophoniques : une adaptation du Claire de Chardonne, de la Colette Baudoche de Barrès… et même un opéra-bouffe avec Pierre Petit : Furia italiana. Mais il tenait beaucoup à ses pièces, Ma vie n'est plus un roman (1987) et Ariane, ou l'Oubli (1993).

Dans sa maison d'Old Rectory, en Irlande (une autre île…), il vit avec sa femme, Chantal, élève des chevaux, vient en France signer ses livres, en acheter d'autres, recevoir à l'Académie ses amis Jacques Laurent, Hélène Carrère d'Encausse ou Frédéric Vitoux. Mais il sait encore être mordant quand il doit y faire l'éloge de Jacques de Bourbon Busset, si éloigné de lui.

Avec générosité, une ouverture d'esprit jamais en défaut, il encourage des écrivains débutants nommés Emmanuel Carrère, Jean Rolin, Brina Svit. Il héberge Michel Houellebecq dans sa retraite de Tinagh, intrigué, séduit puis irrité par l'auteur des Particules élémentaires qui se révèle un hôte encombrant.

L'élève est devenu un maître, et un ami ; de nombreux auteurs se reconnaissent en lui : Stéphane Denis, Éric Neuhoff, qui lui consacre une monographie. Et Patrick Besson, lequel écrit : « Déon est un romancier pour une certaine jeunesse, celle qui préfère les femmes mûres aux catamarans et les voyages aux expéditions. Il s'adresse avant tout aux rêveurs de 20 ans et aux rêveuses de 17. »

Déon ne se fait pourtant guère d'illusion sur la littérature de son temps. « Entre 1920 et 1940, il y avait une réelle qualité d'écrivains. L'après-guerre n'a produit aucun chef-d’œuvre. Et de citer Larbaud, Montherlant, Morand, Drieu la Rochelle, Aragon, ces « écrivains qui caressent des secrets, dont l'ombre passe entre les lignes de leurs livres ». Il s'inscrit incontestablement dans leur lignée : « Si j'ai écrit des livres, confessait-il, c'est peut-être pour répondre au besoin de vivre les histoires que d'autres n'ont pas toujours su me raconter. » •

« Lorsqu’on me demande pour qui je vote, je réponds que je suis de toute façon monarchiste depuis ma jeunesse et que je n'en démordrai pas. » « Je suis un écrivain réactionnaire, je le dis tout haut » Michel Déon

Nicolas d'Estienne d'Orves



Source : le bigarreau

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Michel Déon
MessagePosté le: Jeu 5 Jan - 02:56:21 (2017) Répondre en citant
Bonne Maman
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Citation:
Michel Déon : mort d’un honnête homme

Il aura été immortel près de quarante ans. Vieil homme toujours vert, Michel Déon réjouissait par sa faculté de vivre intense et discrète. La mort semblait l’avoir oublié. Avec lui finit de disparaître une certaine France, qu’on donnait en modèle aux écoliers de jadis, celle de l’honnête homme.

Enfant des beaux quartiers et des beaux voyages, Édouard Michel aurait pu être tranquille ; il a choisi de ne pas l’être tout à fait puisqu’il s’est lancé sous le nom de Michel Déon dans la croisière impossible de la littérature, qui ressemble aux errances d’un Colomb ou d’un Vasco : on sait quand on part, on ne sait si on arrivera, ni où. Il y fit preuve d’une vertu qui a un nom de chalutier breton, la persévérance, et rama vingt-six ans pour atteindre la vraie notoriété avec les Poneys Sauvages, prix Interallié en 1970, dix mille jours après son premier roman publié en 1949.

Michel Déon contre l’imposture des hussards

Puis vinrent les succès commerciaux (Le jeune homme vert, Un taxi mauve), et les honneurs, l’Académie française où Félicien Marceau l’accueillit en 1978. Il n’en oublia pas pour cela ses origines ni ses amis. Ils s’appelaient notamment Antoine Blondin, Roger Nimier. Bernard Frank, et Paris après lui, leur colla l’étiquette de hussards. Michel Déon rappelait que c’était une rêverie : il y avait bien sur les deux rives de la Seine quelques écrivains qui se rencontraient, dînaient, conversaient ensemble, mais cela ne fait pas une école littéraire. A moins que refuser les pesanteurs du temps, les godillots marxistes, la pèlerine sartrienne, ne soit un manifeste. Michel Déon, comme ses amis, recherchait une certaine grâce, prétendait vivre, écrire et penser à sa manière, comme il l’entendait, souvent pour son plaisir.

Un homme honnête fidèle à ses amis et convictions

Pas toujours, pas seulement. Il avait été tout jeune, à vingt-trois ans en 1942, secrétaire de Charles Maurras, et ne l’avait jamais oublié ni renié, comme on peut le constater en lisant Mes arches de Noé, qui est si l’on peut dire un essai de formation. C’était montrer un courage tranquille dans une époque imbécile, sans mémoire ni réflexion, où l’on fait un crime au malheureux Patrick Buisson d’être maurrassien. Un courage tranquille. Michel Déon n’était ni un hussard ni un matamore ni un héros, c’était un homme paisible mais ferme, honnête, affable et têtu. On a peu lu L’armée française et la pacification. Ce n’est pas son meilleur texte littéraire. Mais, ayant pris soin de s’informer plus soigneusement que la plupart des journalistes qui péroraient alors, il y prend avec précision la défense d’une cause qui lui tenait à cœur, celle de l’Algérie française et de l’anticommunisme. En s’attaquant sans mollir à une chose qui régnait déjà dans les médias dominants (on disait la presse du système), quoiqu’elle n’eût pas encore trouvé son nom d’aujourd’hui, la désinformation.

Mort d’une certaine France

Une exceptionnelle longévité donne aux écrivains hors d’âge l’occasion de parler de ce qui leur chante sur le ton qui leur plaît, de donner dans la sotie, le récit, les miscellanées. Quand on est, comme l’a dit Hélène Carrère d’Encausse, la mémoire et la conscience de l’Académie française, on peut passer ses jeudis, et ses mercredis, à jouer avec des questions historiques ou littéraires auxquelles même Lagarde et Michard n’avaient pas pensé. Cela ne pèse pas mais cela réjouit. Et cela n’empêche pas de boire un verre avec ceux qu’on aime bien, qui vous aiment bien. C’est le goût d’une certaine France qui s’en va. Michel Déon ne prétendait pas être Homère ni Sophocle, mais, les ayant lu et ruminé jeune homme, il essayait d’attraper de jolies choses sous leur soleil. Cet honnête homme avait des airs d’homme de qualité, il donnait l’impression de tout savoir sans avoir jamais rien appris. C’est qu’il s’était beaucoup promené : cela lui donnait un regard vif – et bienveillant, même avec ses amis, ce qui est rare.

Pauline Mille



Source : Réinfo TV

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Michel Déon
MessagePosté le: Sam 14 Jan - 20:31:04 (2017) Répondre en citant
Bonne Maman
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Trouvé dans un magazine de décoration un peu ancien :

Citation:
Michel Déon raconte : Un été à Patmos

Construire ou restaurer une maison sur une île grecque ? C'est gagner le paradis tel qu'on le découvre dans un nouveau livre "l'art de vivre en Grèce".
Cela suppose aussi de l'humour et des nerfs d'acier comme le raconte ici pour nous Michel Déon amoureux lucide d'un pays où il a vécu.

Un vieux proverbe grec dit que celui qui n'a pas construit une maison ne connaît pas le malheur. On peut l'étendre aussi à celui qui restaure une demeure ancienne. Il aura, dans l'un et l'autre cas, vite perdu son innocence. A l'exaltation du début succèdent l'abattement, la colère, l'irritation, et la résignation, tempérés, il est vrai, par des moments de bonheur : sous la main des maçons dont la rapidité est confondante, la maison prend forme, jaillit du sol ou retrouve sa jeunesse. Puis, soudain, tout s'arrête, le chantier reste en plan : plus de bétonneuse, plus de charpentier, d'électricien, de plombier, de menuisier. Au village, c'est la fête d'une corporation et toutes les autres corporations sont solidaires. Ou bien c'est la fête des Yanni ou des Constantin et, comme tout le monde - ou à peu près - s'appelle Yanni ou Constantin, le chantier se met en vacances pour une journée. Encore heureux que l'équipe entière n'ait pas déserté pour aider un voisin à hausser d'un étage sa maison pendant que le chef de la police séjourne à la grande ville.

Le beau matin où l'entrepreneur annonce que tout est enfin terminé, le "Papa' de la paroisse vient bénir la maison. Les ouvriers sont là, avec leurs épouses, endimanchés, rasés de frais, apportant chacun un cadeau : petit tapis, amphore grecque made in Japan, un tabouret, n'importe quoi qui exprime de façon touchante leur reconnaissance d'avoir été invités à construire ou à restaurer la maison. On boit de l'ouzo, du résiné en mangeant du bout de la fourchette du poulpe, du fromage ou du boeuf en sauce. Un vrai bonheur qui se termine souvent par des chansons ou des danses. Il ne reste plus à l'heureux propriétaire qu'à découvrir sa maison. C'est là que les surprises l'attendent, en général bien masquées pour que l'on s'en aperçoive une fois la note payée : les fenêtres laissent passer des niagaras les jours de pluie, la chasse d'eau débite de l'eau bouillante, l'été venu, le bois des charpentes a tellement séché qu'il est impossible de fermer les portes, on doit ramper sous le lit pour éteindre la lampe de chevet. Bien sûr, tout est réparable et sera réparé, mais il y faudra du temps, de l'amitié et des ruses ulysséennes.

Je dis cela pour que l'on sache combien est grand le mérite de quiconque entreprend de s'installer en Grèce et en particulier dans une île comme Patmos à dix heures de bateau du Pirée. Qu'un carrelage manque et c'est une semaine d'attente à condition toutefois qu la série ne soit pas épuisée ou que le vendeur ne vous envoie pas du bleu quand vous souhaitez du vert. Mais peut-être est-ce cela qui a conservé à Patmos son caractère propre. L'île s'est défendue des constructions sauvages et il a été interdit aux antiquaires d'exporter quoi que ce soit du mobilier rustique des patmosiens ou des objets du culte du monastère, ce qui explique à quel point cette maison est représentative d'un art de vivre propre à l'île.

Au contraire de Skyros où les intérieurs sont surchargés - murs couverts de faïences bleues et blanches, entassement d'un mobilier lilliputien, âtres étroits pour un feu hésitant - Patmos impose un style plus aéré, plus seigneurial en un sens. Une grande tradition a survécu en cette île sainte où l'on dit encore une fois l'an la messe pour le dernier empereur de Byzance. Ce n'est pas le vent du Nord, le dur meltem, qui décoiffe l'île, mais les vents d'Anatolie, plus doux et plus réguliers. Aussi les maisons peuvent-elles jouir de larges ouvertures vers la mer ou le monastère, et l'intérieur est baigné d'une sobre lumière qui met en valeur le peu de meubles - armoires, coffres de marin, miroirs - disposés avec goût, sans ostentation. Les murs sont chaulés comme dans presque toutes les îles, mais les embrasures et les chambranles sont dégagés pour encadrer de granit gris les portes, les fenêtres et les baies voûtées. On a aussi conservé les panneaux de bois sculptés qui réchauffent les couloirs et les entrées. Les volets se ferment à l'intérieur ce qui présente des désavantages mais respecte la tradition.

A l'étage, le sol des chambres -tendu de tapis pastels sortis des Ateliers de la Reine - est de bois comme les plafonds à caissons et les escaliers intérieurs. Le nouveau propriétaire a utilisé autant qu'il a pu les revêtements anciens et il est probable que les panneaux viennent de Samos dont les forêts depuis des siècles fournissent le matériau idéal du mobilier grec. Dans la cuisine et la salle de bains, on a utilisé un carrelage rustique toujours frais et facile à entretenir. Partout de la poterie locale en argile pour conserver le pain ou laisser épaissir l'huile d'olive, des paniers tressés, des dessus de lit finement brodés signent le goût du propriétaire pour une demeure où tout doit rappeler à la fois la richesse et l'austérité des îles du Dodécanèse.

Je n'ai pas habité cette maison mais il n'est pas besoin d'y vivre pour percevoir son silence et son recueillement, peut-être même respirer l'odeur de cire de ses meubles, le parfum des bouquets de thym et des coupes de fruits, pour entendre craquer son armature de poutres les soirs d'hiver quand le feu de pin grésille dans la cheminée. Vivre là doit compenser d'avoir "connu le malheur" de restaurer cet ancien palais d'un seigneur des îles.

Michel Déon de l'Académie française

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Michel Déon
MessagePosté le: Dim 15 Jan - 03:43:22 (2017) Répondre en citant
Bonne Maman
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Citation:
Chronique de Bertrand de Saint Vincent

Déon est parti (...)

Galabru, Delpech, Tournier, Butor. Sans oublier Morgan. Avec ou sans "e", l'année 2016 fut cruelle pour les Michel. La dernière disparition fut celle de Michel Déon. Cet écrivain noble et sentimental s'est éteint à l'âge de 97 ans sur les terres d'Irlande où il avait trouvé refuge. Le coeur brisé par la certitude d'assister à la fin de la civilisation occidentale (qu'annonce à grand tambour Michel Onfray dans son dernier ouvrage), l'auteur des Poneus sauvages partageait avec ces paysages une magnifique et poignante désolation. Pour fuir le constat trop précis du désastre, ce vaincu des lendemains de guerre avait choisi l'évasion. Certaines images sont plus supportables quand elles sont floues. Il aimait le mystère, les femmes troublantes et les rencontres insolites; la légèreté des îles où tout semble flotter. Son oeuvre est parcourue par la grâce qu'il admirait chez Stendhal.

Homme de droite, il n'a jamais pris la peine de le dissimuler à une époque - qui n'est pas achevée - où cela revenait à plaider coupable. Il avait le sens de la droiture. La ministre de la Culture lui a rendu un minuscule hommage, teinté de ce moralisme cher à son camp : "malgré sa proximité avec les thèses de Charles Maurras, il gardait en littérature une totale liberté dans ses choix" a laissé tomber du haut de son magistère Audrey Azoulay. Outre le fait qu'à l'époque où Déon fut fasciné par l'Action française, celle-ci rayonnait sur une bonne partie de la jeunesse intellectuelle, on ne se souvient pas avoir entendu dans sa bouche ou celle de l'un de ses pairs le même reproche à l'égard d'un de ces innombrables intellectuels qui, à un moment donné, en pincèrent pour Staline.



Source : le bigarreau

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Michel Déon
MessagePosté le: Jeu 19 Jan - 02:11:04 (2017) Répondre en citant
Bonne Maman
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Citation:
Michel Déon, encore une fois. L’hommage de Christopher Gérard

Dans Bagages pour Vancouver, où il livrait quelques souvenirs, Michel Déon évoquait, pour définir sa vision de la littérature, « une certaine dignité devant la mort ». Quand je lui adressai l’étude que j’avais commise sur son œuvre, « Michel Déon, écrivain tragique », il me répondit – Déon répondait toujours aux lettres de ses lecteurs – que je voyais juste : celui qu’une critique facile définissait comme « l’écrivain du bonheur » était avant tout un esprit tragique que blessait profondément notre décadence.

Comment saluer cet aîné qui eut la gentillesse et l’élégance de m’encourager dès mes premiers écrits, du temps de la revue Antaios, et plus tard pour chacun de mes livres, lus et commentés avec une indulgence, une attention qui me mettent encore le rouge aux joues ? Entonner l’antienne des Hussards, et caetera ?

L’écrivain français de mes rêves

Je n’en ai ni l’envie ni surtout le cœur. Juste quelques mots : Déon incarnait pour moi la figure de l’écrivain français tel que je le rêvais, philhellène et polyglotte, nomade et sédentaire, monarchiste (et donc relié à la France des mousquetaires et des paladins), amoureux de la vie et de ses plaisirs, ouvert au sacré et tout empli d’un respect quasi païen pour le rapide destin. Et quelle élégance patricienne, discrètement anglomane : ces tweeds, ces chemises tattersall à carreaux, et ces cravates en tricot.

J’aimais qu’il fût, bien davantage qu’un improbable « hussard » (Déon avait servi dans l’infanterie), l’un des ces Morandiens (Stendhal + la vitesse + la liquéfaction de l’Occident) dont je me sens si proche. J’admirais aussi chez Déon cette capacité de travail, cette opiniâtreté qui lui permirent de passer du Dieu pâle à Un Déjeuner de soleil, de La Corrida aux Poneys sauvages ou à Je vous écris d’Italie. Déon n’aura jamais cessé de travailler et de progresser, posture qui m’inspire un immense respect.

J’aurai correspondu avec Déon pendant près d’un quart de siècle, depuis 1992, jusqu’à ces vœux que je lui ai adressés peu avant le solstice d’hiver MMXVI – et qui, pour une fois, resteront sans réponse. De ces trente ou quarante lettres et cartes (ces jolis bristols envoyés de The Old Rectory, Tynagh, Co. Galway), un vrai trésor, je pourrais tirer bien des lignes lucides et désespérées sur notre époque, et aussi quelques compliments que je conserve comme de précieux talismans.

Peu de rencontres en revanche : trois ou quatre, dont une ratée en Irlande, quand vers 1995, je m’approchai de son presbytère, juste assez pour admirer une jeune femme caracolant sous ses fenêtres. N’étant pas annoncé, il me parut incongru de le déranger – ce que Déon me reprocha : « vous auriez dû sonner ». En revanche, j’eus le plaisir, en juin MMXII, d’être invité à déjeuner rue du Bac. Un exquis risotto en l’écoutant évoquer ses amis Maulnier et Marceau, notre cher Pol Vandromme (que nous fêtâmes avec quelques amis à Charleroi), Laudenbach, l’Irlande, Jacques Laurent (dont la fin fut pénible – ses silences à l’Académie). A 93 ans, cravaté de vert, Déon lorgnait avec gourmandise les jambes (ravissantes) de notre voisine. Moi aussi, d’ailleurs. Sa vivacité, sa mémoire, sa courtoisie (c’est lui qui me parlait de mes livres !) m’épataient et me réjouissaient à la fois. Je buvais du petit lait en l’écoutant évoquer Nimier, dont il trouvait les essais et les critiques « absolument superbes » (qu’il préférait en effet à ses romans), ou Maurras, dont il venait de léguer à l’Académie le carnet de poésie latine rédigé de mémoire en prison – des centaines de vers latins retranscrits par un vieillard dans sa cellule, avec très peu de blancs.

Je ne lirai jamais le roman inachevé qu’il gardait dans ses tiroirs, quatre cents pages autour de la Révolution. Je ne recevrai plus jamais de bristol oblitéré en Eire ni de lettre courtoise du Quai Conti.

« Une certaine dignité devant l’œuvre de la mort ».

Que la terre vous soit légère !

Christopher Gérard



Source : Causeur et LFAR

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Michel Déon
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Bonne Maman
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Michel Déon le maurrassien

C’est à Spetsai, en Grèce, que Michel Déon a écrit parmi les plus belles pages que j’aie pu lire sur Maurras. Cet article est paru dans Boulevard Voltaire, le 1er janvier 2017.
LFAR

C’est à Spetsai, en Grèce, une de ses îles qu’il affectionnait tant, que Michel Déon, un exemplaire d’Anthinéa sur les genoux, a écrit parmi les plus belles pages que j’ai pu lire sur Maurras. Elles se trouvent dans le second chapitre de Mes arches de Noé. Tout y est : une évocation pleine de sensibilité du poète, que Déon tient pour l’un des plus grands, une analyse sérieuse et lucide du politique, un portrait intime, parfois drôle, souvent émouvant, de l’homme, en père spirituel mais aussi en compagnon de chair et d’os.

Le récit de ces deux années d’Occupation passées à Lyon aux côtés de Maurras, comme secrétaire de rédaction, portent l’empreinte du tragique des temps en même temps qu’une saveur romanesque, comme dans cette fascinante anecdote de l’hommage rendu par Maurras, au péril de sa vie, à des otages abattus place Bellecour par les Allemands.

Une page, en particulier, est un condensé du regard porté par Déon sur son vieux maître. On me pardonnera de la citer un peu longuement, tant elle est forte et juste. Déon nous raconte comment il va chercher chaque matin l’article écrit par Maurras dans la nuit pour le journal :

« Il m’est arrivé de rester ainsi un long moment près de lui, n’osant pas le réveiller […] Je revoyais sa vie tout entière placée sous le signe d’une énergie indomptable, l’enfance heureuse frappée soudain par une infirmité terrible, l’adolescence enchantée par la poésie […] les voyages en Grèce et en Italie, la « Revue Grise », le quotidien, les compagnons de route […] la dernière guerre dont il avait pressenti qu’elle signifierait le glas de la France et maintenant cette occupation qui l’étouffait, où il jetait ses dernières forces pour sauver ce qui lui semblait pouvoir être sauvé […] La grosse plume tenue entre les doigts carrés aux ongles courts, d’une main petite et nerveuse, la grosse plume trempée dans une encre noire courait toujours sur le papier, attaquant, expliquant, commentant, bousculant les idées reçues, démontrant avec une sorte de rigueur mathématique les raisons des uns, les torts des autres, au nom d’un amour de la France que rien ne pouvait atteindre […] Je l’aimais ce vieillard de fer et de feu et, quand le soin m’en incombait, je prenais soin de sa personne avec un sentiment plus profond que le respect. »​‌

Un autre passage mérite d’être cité pour répondre à madame Azoulay, qui a osé écrire que « MALGRÉ sa proximité avec les thèses de Charles Maurras, [Déon] gardait en littérature une totale liberté dans ses choix ». Le voici (Déon nous y parle du journal de l’Action française) :

« La page littéraire, que Pierre Varillon dirigeait de sa retraite stéphanoise, avait les indulgences de Maurras. Brasillach avait pu avant la guerre y tresser des couronnes à Claudel, Rebatet massacrer un compositeur abonné du journal, François Daudet ridiculiser Gimond, le sculpteur ami du Chemin de Paradis, Thierry Maulnier adorer Nietzsche, Kléber Haedens introduire le sport dans la littérature. »​‌

Il faut croire que la liberté de choix en matière littéraire n’était pas plus hier qu’aujourd’hui une valeur de gauche !

Stéphane Blanchonnet



Source : LFAR

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Michel Déon
MessagePosté le: Dim 22 Jan - 04:41:29 (2017) Répondre en citant
Bonne Maman
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Trouvé dans le bigarreau du 6 janvier dernier

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Michel Déon, l'ultime voyage de l'éternel jeune homme vert

Le dernier des Hussards qui a marqué plusieurs générations de lecteurs avec ses romans comme "un Taxi mauve" ou "les Poneys sauvages" est mort la semaine dernière. Et avec lui toute une époque.

Les poneys sauvages ont passé un sale réveillon. Michel Déon leur a fait faux bond. Ca n'était pas son genre. Il fallait que la circonstance fût exceptionnelle. Dans les pubs de Tynagh (comté de Galway) on imagine qu'une minute de silence a été respectée. Déon vient de mourir et, malgré leur nombre, ses lecteurs vont se sentir bien seuls. Ca, il aimait inventer des histoires. A 4 ans, rentrant en retard de l'école , il raconta qu'il avait été attaqué par un loup. Après, ça n'a plus arrêté. Dans ses livres, il y a des routes et des serments, des princesses qui ressembleront à Charlotte Rampling, des mythomanes qui auront la tête de Peter Ustinov, des chambres d'hôtel et des bagarres dans les bistrots de la rue du Bac. A 13 ans, Déon a perdu son père. Plus tard il fut secrétaire de Charles Maurras. Les deux événements sont sûrement liés. Chez lui, la fidélité n'est pas un vain mot. L'imagination était sa cour de récréation. Dans ses romans, on respire un air plus pur. Il souffle de grades espérances. Les déceptions sont à la hauteur. Ses héros cultivent l'amitié, découvrent que les femmes existent pour être lointaines et que les hommes sont faits pour tenir leur parole. Enfin, ils devraient.

La lecture, à 10 ans, de Robinson Crusoé le bouleverse. Il en gardera le goût des îles. La Grèce et l'Irlande seront ses points d'ancrage. On soupçonne Michel Déon d'avoir quitté la France rien que pour pouvoir revenir à Paris. La défaire de 40, la guerre d'Algérie sont restés en travers de la gorge. Son entrée à l'Académie fut pour lui une façon de se réconcilier avec son pays. En plus Cocteau lui avait dit :" Ca n'est pas ennuyeux du tout d'être académicien." Cela lui permettait aussi de retrouver Félicien Marceau, Maurice Rheims et Jean d'Ormesson.

Ce fils unique fut un homme rare. Il ne doit pas y avoir beaucoup d'habits verts à s'être fait hélitreuiller depuis le pont d'un sous-marin en plein océan. Le nombre de jeunes écrivains qu'il a soutenus se compte sur les doigts de plusieurs mains, de Besson à Jean Rolin, de Carrère à Frédéric Berthet. Chaque fois qu'il rencontrait Yasmina Reza, il lui demandait de se présenter Quai de Conti. Il fumait des cigarillos, vidait de petits verres de vodka, avait un sourire d'enfant ravi de sa blague. A Cashel House, l'hôtel où de gaulle se réfugia après le non au référendum de 1969, Déon retournait systématiquement la photo du général qui trônait dans le hall.

Il a eu entre les mains le manuscrit de "Bonjour Tristesse". Bernard Frank le catalogua parmi "les Hussards", aux côtés de Blondin, Nimier et Jacques Laurent. La compagnie ne lui déplaisait pas. Il a lu "le Hussard sur le toit la nuit de Noël 1955. Le livre le séduit tellement qu'il oublie d'enlever son smoking. Une autre année, il annule un dîner avec une demoiselle pour réveillonner au Ritz avec Chanel. A une dame, il avait fait croire que le soir de Noël la Seine s'arrêtait de couler. La vie selon Déon prenait toujours des couleurs nouvelles. Il s'agissait d'habiter rue Férou comme Athos dans Les Trois Mousquetaires, de manger du homard avec Dali à Port-Lligat, de commencer à adapter Boule de suif pour John Ford, de commander un plateau d'huîtres chez Moran's à Kilcolgan. Etre né un 4 août amusait ce monarchiste. Rien ne l'enchantait tant que d'apprendre que des librairies avaient essayé de se procurer les oeuvres de Stanilas Beren, le héros d'Un déjeuner de soleil. Ce nomade collectionnait les éditions originales de Conrad et de Larbaud. La littérature coulait dans ses veines. Il mettait Joyce au plus haut et évoquait en tremblant Gens de Dublin, le dernier film de John Huston. Il ne ratait pas un Woody Allen, vantait les mérites de la corrida portugaise et préférait qu'on évite de parler de lui. Il avait tout apprivoisé, la nuit de Saint-Gerlain-des-Prés, le soleil méditerranéen, le crachin irlandais. Ecrivain du bonheur, disait-on de lui. L'étiquette déclenchait une moue dubitative. C'était négliger une part d'ombre, de mélancolie, de profondeur. Grâce à lui, de merveilleuses silhouettes féminines flottent dans les mémoires, l'Olivia de Je ne veux jamais l'oublier, qui donnait rendez-vous dans les musées, cette Carlotta qui laissait des messages au rouge à lèvres sur les menus des restaurants, la Lella noire et communiste des Gens de la Nuit, la Sarah des Poneys avec sa cicatrice sur la poitrine. Toutes, elles ont un point commun : elles embrassent les yeux ouverts.

Déon, c'était un monde rempli de cravates en tricot et de costumes en tweed, de braques de Weimar et d'oiseaux dont il connaissait les noms par coeur, de bateaux qui finissent par sombrer et de Bentley rouges dans les rues de Florence. La dernière fois, avant l'été, devant un plat de pâtes dans le VIe arrondissement, il avait laché : "Vous n'auriez pas l'adresse d'un bon médecin" ? Puis il avait ajouté Pour me rendre mes voeux ans. Il ne les avait jamais perdus. Toujours il y aura des jeunes gens pour ouvrir au hasard Un taxi mauve en poche ou un exemplaire corné des Poneys sauvages. Ils y trouveront quelques secrets : l'envie de tomber amoureux, de prendre un vol d'AER Lingus et de croire encore en deux trois choses inutiles, comme noircir du papier ou accorder sa confiance à des êtres croisés dans ce territoire compris entre le jardin du Luxembourg et la mer Egée. Cet héritage n'est pas mince

Eric Neuhoff

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Michel Déon
MessagePosté le: Dim 22 Jan - 15:35:42 (2017) Répondre en citant
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Que son âme repose en paix !

Michel Déon
MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:31:05 (2017)
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