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Forum du Pays Réel et de la Courtoisie - FPRC :: Dans les murs de l'hacienda ...
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Dans les murs de l'hacienda ...
PostPosted: Tue 1 May - 01:35:00 (2012) Reply with quote
TVR
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Camerone est un nom qui résonne, comme le chantait Jean-Pax Méfret.

Mais que s'est-il passé au Mexique entre 1861 et 1867 ?

Que s'est-il vraiment passé dans les débris de l'hacienda de Camaron le 30 avril 1863 ?

Et puis, qu'est ce qu'on foutait la ??

Parce que, c'est beau le Mexique, mais c'est loin ... Eugénie, les larmes aux yeux, nous venons te dire adieu.

C'est une extraordinaire aventure, un western, que l'empereur Napoléon III nous a légué avec ce que le ministre Rouher eut l'idée douteuse de nommer "la grande pensée du règne".

C'était aussi une très mauvaise idée ...

Je vais essayer de vous la raconter.


Last edited by TVR on Wed 23 May - 22:49:25 (2012); edited 3 times in total

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Dans les murs de l'hacienda ...
PostPosted: Tue 1 May - 01:40:19 (2012) Reply with quote
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Le Mexique, c'était la Nouvelle Espagne.

Ce territoire était gigantesque. Il comprenait le Mexique moderne, et tous les actuels Etats américains du sud-ouest : le Texas, le Nouveau Mexique, l'Arizona, la Californie.

Après les guerres napoléoniennes, l'empire espagnol des amériques se disloque à toute vitesse.

La nouvelle Espagne devint indépendante en 1819 grâce à son libertador local, le général Iturbide. Il eut la mauvaise idée de se proclamer empereur, et finit fusillé quasiment dans la foulée, créant l'amusante habitude mexicaine de passer par les armes les prétendants malheureux au pouvoir.

Le Mexique démarra alors une période ahurissante qui fit de lui le champion du monde des coups d'état : 240 en moins de 60 ans.

Le summum est resté ce jour ou, pendant que le chef d'état-major flinguait le premier ministre à Mexico, deux généraux, l'un au sud et l'autre au nord, déclenchaient leurs propres pronunciamentos.

Trois coups d'état le même jour sans savoir ce que les copains préparaient : c'est vrai que le problème moderne, c'est la communication ...

Bref, à la fin des années 1850, le Mexique, qui s'est fait voler après la désastreuse guerre de 1848 la moitié de son territoire par les jeunes Etats-Unis, est endetté jusqu'au coup.

Plus drôle, mais ça ne les fait toujours pas rire à l'heure actuelle, les mexicains se sont fait dépossédés de territoires qui, si à l'époque ils sont assez arides, ont fait depuis la fortune pétrolière américaine. Ca fait un peu mal surtout quand on a pas un rond ...

Pour revenir à la situation politique de l'époque, ce qui n'arrange rien est qu'à chaque coup d'état, le nouveau gouvernement refuse évidemment de valider les dettes du gouvernement précédent (en fuite ou fusillé).


Last edited by TVR on Fri 25 Sep - 01:57:23 (2015); edited 4 times in total

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PostPosted: Tue 1 May - 02:03:29 (2012) Reply with quote
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En 1859, le général Miramon, représentant du parti conservateur, se fait virer par Benito Juarez, avocat franc-maçon, à la tête du parti libéral.

Miramon arrive en France.

L'impératrice, née Montijo, est espagnole. Il se trouve que l'un de ses amis d'enfance est un aristocrate hispano-mexicain.

Cet homme, diplomate d'un gouvernement qui n'existe plus, explique à l'impératrice que le Mexique est à prendre, qu'il peut devenir un môle latin et catholique face aux Etats-Unis protestants et qui se développent à toute vitesse dans leur continent.

Napoléon III écoute, se tait, et réfléchit.

Les désordres liés à la dette mexicaine, aux débuts de la guerre de sécession qui s'est déclenchée au printemps 1861, décident l'empereur à tenter une folle aventure.

La dette est tripartite : les créanciers sont la France, l'Angleterre et l'Espagne.

Décision est prise d'envoyer un corps expéditionnaire en forme de recouvrement de créances.

C'est ainsi qu'à l'automne 1861 arrive devant la Vera Cruz une flotte internationale, emmenant des troupes. Mais l'effort des uns et des autres est très différent.

Les anglais ont envoyé 700 fantassins de marine, des fois que ça se passerait mal.

Les espagnols n'ont pas fait dans le détail, en envoyant une division de 6 000 hommes sous le commandement du général Prim (qui prendra plus tard le pouvoir à Madrid).

Les français, sous le commandement de l'amiral Jurien de la Gravière, envoient 3 000 hommes. Beaucoup trop pour recouvrer une créance, mais certainement pas assez pour s'emparer d'un pays grand comme quatre fois la France ...


Last edited by TVR on Tue 15 May - 20:39:20 (2012); edited 2 times in total

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PostPosted: Tue 1 May - 06:56:53 (2012) Reply with quote
possum
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Excellente initiative, cher ami !

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PostPosted: Tue 1 May - 17:00:59 (2012) Reply with quote
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*
_ Merci, à savoir qu'il est une rue du Borrégo à Paris, XX°, du nom d'une ville du Mexique, en souvenir d'une bataille menée par la Légion étrangère lors de l'expédition du Mexique.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_du_Borr%C3%A9go

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En avant toujours, repos ailleurs !



_ Quand j'entends le mot culture, je charge mon revolver !
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PostPosted: Fri 4 May - 01:09:17 (2012) Reply with quote
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Le gouvernement impérial apprécie moyennement que les espagnols envoient au Mexique une division entière sans l'en avoir avisé.

Lorsque l'information arrive aux Tuileries, ordre est donné de renforcer le corps expéditionnaire pour le Mexique : 3 500 hommes supplémentaires sont alors embarqués.

La légion n'est pas invitée à la fête : elle continue à tenir ses positions en Algérie, ou rien ne se passe.

Les premières unités envoyées sont des régiments d'infanterie de ligne, un régiment de zouave et deux bataillons de chasseurs à pied. Ils sont soutenus par trois batteries d'artillerie, et un escadron de chasseurs d'afrique envoyé sans chevaux : il se remontera sur place.

Jurien de la Gravière, rapidement en phase avec la réalité, essaye de prévenir Paris que l'affaire sent la fumée ...

Mais lorsque la première vague de renforts arrive, les doutes de l'amiral, eux, ne sont pas arrivés sur le bureau de l'empereur.

La distance des communications sera fatale dans toute cette affaire.

Sans télégraphe transatlantique, les dépêches arrivent au rythme des navires qui font l'aller et retour. Bref et compte tenu des vents, il faut comme autrefois compter environ deux à trois mois entre l'information envoyée du Mexique et la réponse postée des Tuileries.

Quand le général de Lorencez, commandant le deuxième èchelon, arrive sur place, les dépêches se sont croisées, et il est en retard de près de deux mois sur les nouvelles mitigées de l'amiral. Mais peu importe, il applique les ordres concoctés à Paris, prend la tête des troupes françaises présentes au Mexique, et en avant vers Mexico !

Les colonnes s'ébranlent le 28 avril 1862. Jurien de la Gravière fait part au général de ses doutes, mais ce dernier lui transmet pour toute réponse la consigne de remonter sur ses navires.

Entre-temps les anglais ont réembarqué, convaincus de l'inanité de l'intervention d'huissier qu'on leur avait demandé face à un débiteur qui n'a pas un rond. Les espagnols, dépités, créanciers désargentés d'un débiteur fauché, sont repartis aussi.

Les français restent seuls.


Last edited by TVR on Sat 17 Jan - 19:41:19 (2015); edited 4 times in total

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PostPosted: Fri 4 May - 01:16:36 (2012) Reply with quote
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Quand on arrive de Vera Cruz, ce n'est pas facile d'arriver à Mexico, car le pays est terrible.

A l'ouest de la Vera Cruz, la "Vraie Croix" de Cortez qui avait fondé le poste, on doit d'abord, sur plus de 120 km, traverser les Terras Calientes, les terres chaudes : tout un programme.

La route se nomme le Camino Real, la route royale.

Arrivé à Puebla, on commence lentement à monter en altitude, et l'on atteint une zone plus tempérée.

Puis l'on s'approche de Mexico qui est en altitude, et vous annonce doucement les contreforts des grandes chaînes montagneuses qui culminent au Mexique à plus de 3 000 mètres.

Au sud, le pays s'effondre dans la jungle, bloqué entre les montagnes et la mer. Au nord, les montagnes bloquent l'accès au pacifique et vous rejettent vers l'est dans une zone désertique avant le Rio Grande.

Charmant pays ...


Last edited by TVR on Fri 4 May - 04:17:26 (2012); edited 2 times in total

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PostPosted: Fri 4 May - 01:32:10 (2012) Reply with quote
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Il en faudrait plus pour arrêter les zouaves et les grenadiers qui ont pris Sebastopol :

le corps d'intervention, fort d'environ 7 000 hommes, s'engage dans les terres chaudes, et atteint Puebla.

La ville est tenue par 22 000 soldats, regulares et miliciens des régiments libéraux. Les français se jettent à l'assaut, sans aucune artillerie de siège. Leurs canons de campagne écornent à peine les murs des couvents et des casernements espagnols qui ceinturent la ville.

L'assaut est un échec lamentable ...

Manquant de munitions, sans aucun soutien car, contrairement à ce qu'on leur avait dit (sauf notre amiral dont maintenant personne ne se soucie plus des avertissements prémonitoires), les français n'étaient pas attendus comme des sauveurs, le corps expéditionnaire se replie alors.

Il manque être désintégré dans sa retraite par des charges permanentes de lanceros mexicains quand une compagnie de chasseurs à pied, des vieux cuirs venus d'afrique, cogne brutalement sur les sombreros et leur inspire une prudence salutaire, qui permet aux troupes impériales de reprendre leur souffle.

Pour Juarez et ses généraux, l'affaire est faite : les français vont repartir sans tambours ni trompettes.

Oui .. mais pendant ce temps là des renforts ne cessent d'arriver à Vera Cruz, et le général de Lorencez est remplacé sur ordre de Sa Majesté. Le général Forey qui, à la tête de sa division, avait en 1859 été le premier à frapper l'armée autrichienne en Italie du Nord, arrive.


Last edited by TVR on Sat 7 Feb - 17:14:40 (2015); edited 2 times in total

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PostPosted: Fri 4 May - 01:47:14 (2012) Reply with quote
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Forey n'arrive pas seul.

En effet, pendant que les premier et deuxième échelon prononçaient leur offensive complètement ratée, un troisième échelon, très puissant, avait à son tour pris la mer.

Il faut toujours avoir à l'esprit, dans toute cette affaire, la question primordiale du retard forcé des transmissions. Lorencez en partant sur Puebla ignorait totalement que, derrière lui, c'était l'effectif de toute une division qui allait embarqué sous peu de semaines.

C'est pour cette raison que, se pensant évidemment isolé à l'autre bout du monde, il a replié au mieux ses unités vers le port de la Vera Cruz ou, divine surprise, les soldats de Puebla se voient tout à coup renforcés de toute une petite armée expéditionnaire, avec son matériel de siège.

Avec Forey, le corps expéditionnaire de l'intervention au Mexique prend une puissance réelle, qui commence à sérieusement inquiéter le gouvernement de Washington, pourtant empêtré en pleine guerre de sécession mais qui reste vigilent dans le cadre de la doctrine de Monroe.

Plus de 8 000 hommes arrivent ainsi en renfort des 7 000 hommes des deux premiers échelons. Deux régiments de cavalerie des chasseurs d'afrique les accompagnent. Une artillerie de siège accompagne, et, depuis la Crimée, les français savent ce qu'artillerie de siège veut dire. Leurs canons lourds y ont rasé la ville ...

Et le régiment de légion étrangère arrive aussi, lui qui attendait depuis des mois de pouvoir participer à la nouvelle aventure. Ils ne seront pas déçus ...

Pendant que le corps de  bataille, recomposé, repart vers Puebla, la légion reçoit l'ordre, avec le 3ème zouave, de tenir les routes des terres chaudes. Le 45ème de ligne est également présent pour aider.

En effet, il n'existe qu'une route, complètement pourrie dans tous les sens du terme, pour joindre la Vera Cruz à Puebla et la route de Mexico: c'est le Camino Real.

Comble de bonheur, cette route est constamment coupée et attaquée par des unités plus ou moins régulières des armées libérales.

Il faut donc la sécuriser, à coups de compagnies de fantassins, sur plus de 120 kilomètres, parce qu'on manque de cavalerie, alors même que l'immensité du pays exige de nombreuses unités montées, légères à l'américaine, pour contrôler les points essentiels que sont les points d'eau et les nœuds de communication, misérables carrefours de poussière dignes d'un western.

Justement, plus au nord, un aventurier de génie a tout compris : le colonel de cavalerie Dupin, complètement ruiné dans l'opinion suite au pillage du palais d'été de Pékin en 1860, prend la direction d'une unité qui s'avèrera encore plus terrifiante que les mescaleros : la contre-guerilla française. Cette contre-guerilla, constituée essentiellement de caballeros tout droit sorti d'un western et d'officiers français totalement déjantés, mettra le feu dans toute la partie nord-est du Mexique pendant près de quatre ans : qu'est-ce qu'on rigole !

Elle terrorisera tellement les libéraux qu'ils n'oseront plus s'aventurer dans la région avant la chute de l'empereur Maximilien.

Il existe une photo célèbre du colonel Dupin, prise avant que l'empereur, prévenu du buziness, le fasse rappeler en France : elle est grandiose. Imaginez un homme dans la force de l'âge, revêtu d'une pelisse de hussard, un sombrero sur la tête et le cigare au bec : c'est toute l'armée impériale de l'intervention résumée !


Last edited by TVR on Sat 17 Jan - 19:55:40 (2015); edited 5 times in total

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PostPosted: Fri 4 May - 01:57:27 (2012) Reply with quote
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Mi avril 1863, le régiment de légion prend ses positions.

Ses officiers, qui espéraient aller au feu comme à Magenta et Solferino, sont déçus. Leur mission consiste à accompagner pour les protéger les convois de ravitaillement destinés au corps de bataille de Forey, qui prend ses positions face à Puebla.

Le colonel Jeanningros, commandant du régiment, développe ses compagnies sur près de 70 kilomètres, entre la sortie de Vera Cruz et le Chiquihuite, mamelon ou il s'installe avec son échelon de commandement, une compagnie de réserve, la troisième compagnie du premier bataillon de ce régiment qui n'en comporte que deux, et une compagnie de voltigeurs.

A quoi ressemblent ces légionnaires ?

Ils portent l'uniforme de l'infanterie de ligne de l'empire, capote bleue retroussée, épaulettes rouges à franges pour les fusiliers et grenadiers, jaunes pour les voltigeurs, képi rapidement remplacé par des sombreros car la Légion s'adapte rapidement, et tout le fourniment qui, s'il est déjà lourd à porter en Europe, est à la limite du supportable ici compte tenu du climat.

Le 28 avril 1863 part de Vera Cruz un convoi qui n'est pas composé que de pièces d'artillerie et de munitions; il l'est surtout d'argent : c'est la paye du corps expéditionnaire. Il emporte aussi les obus lourds dont Forey a besoin pour écraser les fortifications de Puebla. Ce convoi est la clé de Mexico.

Les munitions qu'il emmène sont essentielles pour le siège de Puebla.

Les libéraux sont au courant ...


Last edited by TVR on Sat 17 Jan - 20:02:57 (2015); edited 3 times in total

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PostPosted: Fri 4 May - 02:14:21 (2012) Reply with quote
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L'amour peut tout : il nous donne le bonheur, il peut aussi sauver des vies.

Dans la soirée du 29 avril, une jeune mexicaine arrive au Chiquihuite, et demande à tout prix à voir le chef des français.

Surpris, Jeanningros la reçoit et reçoit dans la foulée un choc : la jeune mexicaine est fiancée à un conducteur de chariot du grand convoi de Vera Cruz. La veille, dans l'hacienda ou elle travaille, elle a servi le dîner au colonel mexicain Juan de Paula Milan, un grand seigneur hispano-mexicain, mais surtout un colonel libéral, en charge de contrôler les terres chaudes.

Et la jeune fille a entendu le colonel Milan, avec ses officiers, évoquer le départ du grand convoi et surtout leur projet de l'attaquer afin de protéger Puebla tout en pillant la caisse de l'armée.

Terrifiée à l'idée que son fiancé soit massacré dans l'attaque, elle est partie en pleine nuit, et est arrivée, épuisée, chez les français pour les prévenir.

Jeanningros n'est pas sûr de l'authenticité de l'information qui lui est délivrée. Pire, il ne dispose sur place que de trois compagnies d'infanterie de légion de son régiment disséminé sur la route, et en plus il est du mauvais côté de cette route, c'est-à-dire à l'autre bout du chemin que doit emprunter le convoi.

Convoi qui vient d'ailleurs de prendre la route en question, lentement compte tenu du mauvais état de la voie et de la lourdeur des charrois.

Le colonel décide alors de s'affaiblir, et d'envoyer la troisième compagnie ouvrir la route pour l'éclairer. Le capitaine Danjou, sans commandement et affecté à l'état-major du régiment, se porte volontaire pour en prendre le commandement.

Dans le même temps, Jeanningros envoie un mexicain contre promesse d'argent, avec un message d'alerte pour le convoi. Le jeune homme sera plus rapide que la compagnie de légion, car lui prendra par la campagne et ira plus vite.

Le 30 avril à l'aube, alors que le messager est déjà parti vers l'est, la troisième compagnie quitte le Chiquihuite, et prend la route à son tour. Elle est composée de 62 hommes, officiers compris.


Last edited by TVR on Fri 4 May - 05:09:36 (2012); edited 5 times in total

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PostPosted: Fri 4 May - 02:35:40 (2012) Reply with quote
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En milieu de matinée, la compagnie du capitaine Danjou dépasse Palo Verde. La compagnie de voltigeurs qui tient la position les voit passer sans imaginer qu'ils ne les reverront jamais.

Avant midi, la troisième compagnie dépasse les ruines d'une hacienda, l'hacienda da Camaron, qui ne présente aucun intérêt particulier, d'autant qu'elle est vide de tout ennemi.

Les légionnaires, dont la mission consiste à joindre le convoi pour renforcer sa protection, n'iront pas beaucoup plus loin.

C'est à Camaron que le colonel de Paula Milan avait prévu de s'attaquer au convoi. Il avait donc concentré sa cavalerie dans les environs immédiats.

Au cas ou, son infanterie était prête à intervenir pour soutenir ses lanceros.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était de voir arriver dans le secteur toute une compagnie de l'infanterie impériale, arrivant en plus du mauvais côté !

Pendant qu'il attendait le convoi venant de l'est, voilà que toute une troupe se pointe venant de l'ouest.

Une seule solution : attaquer cette troupe, l'éradiquer, et libérer le terrain pour que le convoi vienne se planter dans le piège. C'est tangent, mais en agissant vite, c'est faisable.

Sauf qu'en face, la troupe qui arrive, ce sont des légionnaires ...


Last edited by TVR on Fri 4 May - 04:28:37 (2012); edited 1 time in total

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PostPosted: Fri 4 May - 02:49:05 (2012) Reply with quote
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Les légionnaires se sont arrêtés pour faire le café et refaire de l'eau dans les bidons quand sont repérés les premiers Lanceros.

La compagnie se regroupe alors, en oubliant de compléter les bidons d'eau ... Ils en souffiront atrocement dans les heures qui vont venir.

Danjou regroupe son monde, quand tout à coup une colonne de Lanceros se lance à la charge.

La compagnie se forme en carré, selon le modèle des régiments de Napoléon ... Ier ! Et ça marche : en deux décharges, ils disloquent l'attaque mexicaine.

Mais dans le même temps, les coups de feu ont affolé les deux mules qui portaient les réserves de munitions : elles ruent dans les rangs, et se sauvent.

Les légionnaires n'ont plus d'autre réserve de cartouche que ce qu'ils portent sur eux.

Leurs fusils sont à chargement par la gueule : il faut donc un certain temps pour les charger et faire feu.

La compagnie se retranche derrière une haie de cactus au moment ou les Lanceros, courageux et qui en veulent, reviennent à la charge.

Deux décharges, de la fumée, les lanciers mexicains, à nouveau décimés, se replient.

La compagnie se replie aussi, en rejoignant la route par laquelle elle était venue.

Elle rejoint alors les débris de l'hacienda de Camaron.

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PostPosted: Fri 4 May - 03:06:59 (2012) Reply with quote
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Danjou sait qu'en pleine campagne, ils n'ont aucune chance.

Il donne alors l'ordre de rentrer dans l'hacienda.

Mais des mexicains y sont déjà : ils occupent le premier étage du bâtiment principal. Peu importe, la compagnie prend ses positions le long des murs.

Il est près de 15h00. Le caporal Morzycki reçoit l'ordre du capitaine Danjou de monter sur le toit d'un hangar pour voir ce qu'il se passe.

Ce qu'il se passe ...

Morzycki voit alors arriver, tout autour de Camerone, des centaines de fantassins mexicains : le colonel Milan a rameuté ses bataillons d'infanterie.

Ils arrivent de partout, au son de leurs tambours plats et de leurs fifres, et des trompettes qui lancent le "deguelo" mexicain, cette terrible sonnerie de clairon qui signifie "l'égorgement" et qui indique que l'on ne fera pas de prisonniers. En 1836, à Fort Alamo, les texans eux aussi avaient entendu cette mise à mort.

Pour la troisième compagnie de légion, l'affaire commence à sentir la fumée.

Mais ils ont leurs fusils, et ils savent s'en servir. Les mexicains vont en faire la cruelle expérience.


Last edited by TVR on Fri 4 May - 05:13:24 (2012); edited 1 time in total

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PostPosted: Fri 4 May - 03:25:37 (2012) Reply with quote
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Milan donne alors ses ordres.

Les cavaliers, qui avaient mis pied à terre pour combattre au plus près, sont rappelés. Gênés par leurs énormes éperons et leurs jambières de cuirs, ils se faisaient massacrer par les légionnaires comme au tir au pigeon.

L'infanterie régulière les remplace alors, et se lance à l'assaut des murs de l'hacienda.

Ces assauts échouent, les uns après les autres : les tirs des légionnaires sont précis, font cible presque à tout coup. C'est un désastre pour l'infanterie des regulares, qui perd des dizaines d'hommes sans parvenir à atteindre les murs.

Mais dans le même temps, les lanceros qui avaient pris position au premier étage de l'hacienda font des cartons sur les impériaux. Et les légionnaires tombent les uns après les autres. Danjou, en tentant de traverser la cour de l'hacienda pour rejoindre l'un de ses groupes, reçoit une balle en plein corps. Il s'effondre, et meurt en quelques instants. Le lieutenant Vilain prend le commandement, le temps de recevoir presque aussitôt une balle en pleine tête.

Le temps passe, les légionnaires se battent encore. Ce temps, pour le colonel Milan, est vital : il est bloqué avec toutes ses forces pour anéantir cette poignée de fusiliers, et pendant ce temps il ne peut plus mettre en place la grande embuscade du convoi de Vera Cruz.

Ils ne sont plus que quinze, que dix, que sept, que six ...

Le sous-lieutenant Maudet dit aux survivants qui sont autour de lui : "baïonnette et en avant". Et devant des dizaines de fusiliers mexicains médusés, cinq légionnaires en lambeau sortent d'un appenti en hurlant "vive l'empereur !"

Ils sont reçus par une volée de plomb. Un légionnaire se jette devant Maudet et reçoit 17 balles : il meurt sur le coup, mais ne sauve pas son lieutenant, qui, blessé à mort, périra plus tard de ses blessures.

Et puis ... tout s'arrête.

Un officier mexicain s'avance au premier rang, il parle français et demande aux légionnaires de se rendre.

"Nous nous rendons si vous nous laissez nos armes, et si vous soignez nos camarades, et notre lieutenant qui est blessé."

"On ne refuse rien à des gens comme vous", répond l'officier mexicain.


Last edited by TVR on Fri 4 May - 04:35:41 (2012); edited 2 times in total

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