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1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Tue 29 Jan - 01:33:18 (2013) Reply with quote
TVR
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Novembre 1806, les français sont à Berlin.

La Prusse vient de se faire atomisée le 14 octobre dernier à Iéna et Auerstaedt, et les débris de ses régiments ont été pourchassés au cours de la poursuite rayonnante de la cavalerie de Murat.

La famille royale prussienne s'est repliée en catastrophe à Koenigsberg, à l'extrême-est du royaume : après, c'est l'empire russe.

De toutes les troupes prussiennes, seul un corps de quinze mille hommes, commandé par l'excellent général Lestocq, reste opérationnel et protège Koenigsberg.

Mais le roi Frédéric-Guillaume et la reine Louise ont encore un espoir : c'est la Russie, et surtout son armée, une armée de 120 000 hommes, commandée par le général Bennigsen, qui est en position en pologne russe.

Koutouzov a été disgrâcié après Austerlitz, moins parce qu'il était le commandant en chef nominal d'une armée en fait dirigée (mal) par son souverain, que parce qu'il avait eu le tort de prévoir la catastrophe. Il est parti se refaire une santé en Ukraine, ou il va faire subir aux armées turques quelques désastres de précision.

Les généraux commandant les colonnes d'attaque vers les étangs ont été limogés, à l'exception de Dokhtourov qui avait sauvé la moitié de ses régiments et du Prince Bagration qui avait été le seul à se dépêtrer du piège infernal.

A Berlin, Napoléon et ses bonnets à poil ont fait trop fort : dans un premier temps, il n'y a pas d'armistice à signer tout simplement parce qu'il n'y a plus de Prusse ...

Oui, mais il y a cette armée de 120 000 hommes d'un empire qui depuis Austerlitz est toujours en guerre avec la France impériale, et refuse tout contact diplomatique.

Et, entre les français victorieux et l'armée de Bennigsen, il y a la pologne prussienne, qui attend les français comme des libérateurs et des sauveurs.

Alors, en novembre, Napoléon prend le risque d'une campagne d'hiver avec une armée affaiblie par ses marches depuis le centre de l'Allemagne : Murat et la cavalerie de l'avant-garde, Lannes et son cinquième corps entrent en pologne prussienne, en direction de Varsovie pendant que Ney et le sixième corps partent vers le nord à la recherche de Lestocq.

Davout et son extraordinaire troisième corps restent à Berlin pour y prendre un repos amplement mérité.

Napoléon suit Murat avec la Garde, Bernadotte et son premier corps, Augereau et le septième corps formé de deux divisions qui n'ont pas encore eu la possibilité de donner tout leur talent depuis leur départ de Brest : les pauvres ...

Quand l'avant-garde impériale, puis l'empereur lui-même, arrivent à Varsovie, c'est l'enthousiasme dans les provinces polonaises démantelées et partagées depuis 1778. Mais cet enthousiasme ne va pas dans un premier temps jusqu'à déclencher une levée en masse façon 1792, et Napoléon est déçu, même agacé, et surtout inquiet.

Il est de plus en plus loin de ses bases. Le maréchal Jourdan, à Mayence, n'est pas en situation de gérer les renforts permanents dont l'armée aurait besoin, il s'en faut de plusieurs mois pour que ces renforts de nouveaux conscrits soient prêts à prendre la route.

Baste, l'armée, qui s'est distendue et affaiblie dans son offensive, compte encore 80 000 hommes sous les armes : on fonce sur les russes.


Last edited by TVR on Sun 15 Apr - 23:13:04 (2018); edited 6 times in total

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PostPosted: Tue 29 Jan - 01:33:18 (2013)
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1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Tue 29 Jan - 01:46:05 (2013) Reply with quote
TVR
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Mais Bennigsen est prudent, et les russes se dérobent.

Marches et contre-marches, escarmouches sans suite se succèdent. L'armée française s'enfonce dans la boue polonaise et la famine; le ravitaillement en munitions peine à suivre.

Pour les russes, c'est dur aussi, mais eux connaissent ce genre de climat et leurs régiments résistent mieux.

Les français souffrent de plus en plus, mais restent la "grande armée" : à presque chaque rencontre, les russes plient, pendant tout le mois de décembre.

Fin décembre, on croît enfin tenir les russes. A Heilsberg, la cavalerie de Murat charge, les cuirassiers en première ligne. Les russes plient, se replient. Le terrain reste aux français, mais on n'a pris que le terrain en question, impossible d'attraper le corps de bataille ennemi. Moyennant quoi, Napoléon, enchanté de la bonne tenue de ses "lourds", embrasse le général d'Hautpoul devant le front de sa division.

D'Hautpoul, ému, dit alors à l'empereur "Sire, pour mériter cet honneur il faut que je me fasse tuer pour vous !" Il n'a pas tort, son destin est en marche. Puis il se retourne vers ses gros talons et hurle "cuirassiers, l'empereur est content de vous et m'embrasse pour vous le prouver, et moi, je vous embrasse à tous le c..." Hurlements de rire dans les escadrons. Pour eux aussi la suite sera moins drôle.

Début février 1807, la neige recouvre tout; plus de boue, on va plus vite et, le 7 février au soir, les avant-gardes françaises repèrent enfin le corps de bataille russe, qui s'est arrêté et semble prêt pour l'affrontement.

Bennigsen a décidé d'en finir, et il a formé toute son armée dans un impressionnant dispositif en défense autour du village de Preussisch-Eylau, que nous connaissons mieux sous le nom d'Eylau ...

L'armée russe est positionnée en trois lignes de front confortées en trapèze par des troupes qui viennent en soutien de part et d'autre des ailes.

Le tout est disposé sur les pentes de la colline d'Eylau, dont les russes tiennent le sommet.

Le 8 février 1807 au matin, Napoléon lance ses divisions à l'attaque. Il attend des nouvelles de Ney, qui est quelque part vers sa gauche, toujours à la poursuite d'un Lestocq insaisissable.

C'est le septième corps d'Augereau qui doit attaquer d'abord. Il est le moins diminué des corps français.

Ses deux divisions s'avancent sous la neige qui tombe quand d'un coup c'est une tempête de neige, avec le vent de face pour les français. Ils ne voient plus ni leurs positions respectives ni celles des russes.

Et les deux divisions du septième corps se mettent à dériver, à se séparer l'une de l'autre sans même s'en rendre compte.

Ceux qui s'en rendent compte, ce sont les russes qui, le vent dans le dos, observent avec le plus grand intérêt l'attaque française se fragmenter en deux éléments.

La cavalerie russe charge alors dans les intervalles de son infanterie. En dix minutes, le septième corps perd la moitié de son effectif, près de 5 000 hommes. Le 14ème régiment de ligne, en tête de colonne et complètement isolé, arrive personne ne sait comment à Eylau, et les restes de ses bataillons prennent position autour du cimetière.

Les grenadiers russes de la réserve les chargent alors.

Le 14ème meurt dans le cimetière d'Eylau.

Le centre français est crevé. Les première et deuxième ligne russes commencent à descendre la pente.

Pour combler la brèche béante, Napoléon fait se déployer l'infanterie de la garde, mais ils ne sont que quatre régiments. Il appelle aussi Murat et lui lance, éperdu : "nous laisseras-tu dévorer par ces gens-là ?"

Murat a compris, il va prendre la tête de la plus grande charge de cavalerie de l'empire.


Last edited by TVR on Sun 17 Mar - 16:28:23 (2013); edited 3 times in total

1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Wed 6 Feb - 00:03:59 (2013) Reply with quote
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Pendant que ça commence à sentir la fumée à Eylau, Ney et son sixième corps, à quelques kilomètres de distance à l'ouest, sont en pleine chasse aux prussiens.

Ils ignorent que Lestocq est en train, au plus vite, de rejoindre Bennigsen.

En quelque sorte, Ney est dans la situation de Grouchy poursuivant une armée prussienne qui se dérobe cependant qu'à Waterloo a lieu la grande explication.

Mais le destin et le hasard s'en mêlent, par l'intermédiaire d'un carabinier de l'infanterie légère.

Le troufion est monté sur un talus quand, au milieu de ses colonnes en marche, Ney arrive avec son état-major. Et le carabinier lui dit alors : "venez voir, Monsieur le Maréchal, ça brûle là-bas !"

Ney grimpe le talus, et voit à l'est, sous la neige, les éclairs intermittents de nombreux coups de canon. L'ancien n'a pas besoin qu'on lui explique : la bataille est là ou sont les tirs.

Il fait immédiatement pivoter ses trois divisions et sa cavalerie vers l'est, en abandonnant la poursuite de Lestocq.

En pleine neige, à travers les champs et par des chemins minables, tout le sixième corps se jette alors vers Eylau.

Lestocq, dans le même temps, opère la même manoeuvre, mais de manière beaucoup plus excentrique, il arrivera trop tard.

Ney, lui, va sauver la grande armée.

1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Wed 6 Feb - 00:31:02 (2013) Reply with quote
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Sur le champ de bataille, la situation est compliquée.

Les corps d'infanterie française tiennent solidement les ailes. Le centre a disparu avec la destruction sur place du septième corps. Augereau lui-même, blessé, est évacué par ses aides de camp.

Les brigades de cavalerie étaient en deuxième ligne, ce qui va faciliter leur concentration.

Les russes, qui ne croient pas à leur chance, ont du mal à exploiter la défaite du centre français, parce que leurs lignes, très resserrées, ont été positionnées en défense, et que leurs réserves sont précisément sur leurs ailes, en arc-boutants.

"Nous laisseras-tu dévorer par ces gens là ?"

En quelques dizaines de minutes, Murat regroupe au centre, en deuxième ligne, l'essentiel des régiments de cavalerie présents.

Il les ramasse alors en une masse de plus de 80 escadrons, et va en faire une énorme colonne infernale.

Ils sont tous là. La cavalerie de la garde, accompagnant son infanterie, est devant, avec en tête les grenadiers à cheval du Colonel-Général Lepic qui, voyant les ploiements des bonnets à poil de ses grenadiers qui rentrent la tête au passage des tirs d'artillerie russe, a hurlé, ce gascon : "Jarnidiou, relevez la tête : la mitraille, c'est pas de la m... !!"

Derrière lui les chasseurs à cheval de la garde, puis les deux divisions de cuirassiers et leurs frères carabiniers à cheval, deux régiments qui portent l'habit bleu sans cuirasse et le bonnet à poil (ils ne seront équipés de cuirasses et de casques à la grecque qu'en 1812)

Les hussards et chasseurs à cheval des septième et quatrième corps sont après, puis les dragons de la réserve générale regroupés en deux divisions complètes.

Et Murat lance son monde, au petit puis grand trop, vers les lignes russes.

La charge d'Eylau va alors très rapidement se développer en deux axes (et non en un énorme serpent de cavaliers immortalisé par les tableaux).

Lepic et la cavalerie de la garde partent plein centre vers l'infanterie russe suivis par les dragons, pendant que les lourds suivis des hussards et chasseurs à cheval se déportent vers la gauche pour saturer le front de bataille.

Dans le même temps, les grenadiers et chasseurs à pied de la Garde montent en ligne en plein centre; ils refoulent à la baïonnette et sans même s'arrêter deux brigades russes qui venaient de descendre la pente pour commencer - enfin - à exploiter la trouée du centre français. Mais c'est trop tard. Pour la première fois depuis Marengo les grenadiers de la Garde avancent au combat, et ils méritent leur solde supérieure en abordant les russes comme une masse.

D'Hautpoul est tué à la tête de ses cuirassiers, dont le premier régiment, en tête de charge, vient se planter comme une flèche dans la deuxième ligne russe : ce sera l'argument dramatique du "colonel Chabert" de Balzac.

Lepic traverse deux lignes d'infanterie russe avec ses grenadiers à cheval. Quand il arrive, son cheval épuisé, devant la troisième ligne, un officier russe se détache et lui crie : "arrêtez cette folie, rendez-vous !"

Lepic se retourne, de ses trois cents cavaliers une vingtaine sont encore autour de lui.

Il se donne le temps de lancer une injure bien sentie au russe, puis rebrousse chemin avec ses hommes, il va en ramener sept dans les lignes françaises : les grenadiers à cheval de la garde ont bien mérité de l'empire.

Au mileu de ce chari-vari de régiments de cavalerie qui viennent frapper les russes sur tout leur centre, tout à coup des tirs se font entendre à l'extrême-gauche de la ligne française.

Lestoc qui arrive en renfort de Bennigsen, ou Ney ?

Miracle, c'est Ney qui jette sans ordre, au fur et à mesure de leur arrivée, ses brigades sur le flanc droit des russes.

La droite russe, complètement surprise, souffre, puis s'incurve dangereusement.

Bennigsen n'a pas su exploiter son succès au centre, contrecarré par la cavalerie française. L'arrivée de 15 000 français de plus - de trop - le décide à ordonner un repli général, mais très bien coordonné.

Quand la nuit tombe, c'est à dire vers 16h30 (nous sommes en pologne en janvier) les français restent maître d'un champ de bataille épouvantable, ou 10 000 des meilleurs d'entre eux viennent de mourir.

La correspondance privée de Napoléon à Joséphine fera apparaître que, pour la première fois depuis 1797, l'empereur est fatigué, effrayé d'un massacre qui ne résoud rien.

Pour lui qui s'était finalement habitué aux explications brutales et définitives, cette armée russe qui n'en finit pas de ne pas vouloir mourir est en train de devenir un mystère angoissant.

Et son corps de bataille est exsangue et épuisé.

Il lui faut absolument plusieurs semaines de répit. Or, ce qu'il ignore, c'est que l'armée russe a elle aussi terriblement souffert, et qu'elle a également besoin de se recomposer.

De ce sanglant match nul d'Eylau vont découler plusieurs mois de repos et de renforcement des deux armées.

Ce délai va être fatal à l'armée du général Bennigsen.


Last edited by TVR on Sun 15 Apr - 23:31:55 (2018); edited 10 times in total

1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Wed 6 Feb - 01:02:23 (2013) Reply with quote
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De février à juin 1807, les deux armées se refont.

Revenu à Varsovie, Napoléon envoit courrier sur courrier à Jourdan, qui commande les dépôts de Mayence, pour activer le départ des recrues vers la pologne.

L'empereur connaît la vie; il donne ordre au maréchal Jourdan de "charger" les  bataillons provisoires de conscrits en partance à 800 hommes, considérant, écrit-il, que "quatre cents arriveront".

Il a raison : les conscrits, par maladie, désertion, épuisement, sont décimés par cette traversée à pied d'une europe pourtant sous contrôle français.

Les arsenaux de Louis XVI sont mis à contribution : plus de quatre cents pièces d'artillerie et leurs équipages provisoires prennent aussi la route pour venir renforcer l'artillerie de l'armée.

Les haras de Normandie et de Picardie, et les allemands, sont "priés" de se dessaisir de leurs chevaux en âge de servir.

Napoléon est en train de reconstituer une armée, de toutes pièces, à 1 000 km de la France.

Pour Bennigsen, ce n'est pas si facile non plus. La chancellerie de Saint Pétersbourg est en pleine crise intérieure. L'hypothèse d'une paix séparée avec la France, en laissant tomber des anglais qui font la guerre avec le sang des russes, fait son chemin.

Moyennant quoi, Bennigsen est renforcé, considérablement. En mai 1807 il dispose à nouveau de 120 000 hommes quand Napoléon en a 90 000.

Enthousiastes mais prudents, les polonais ne se sont pas encore précipités en masse pour renforcer l'armée française.

Ainsi que l'a fait remarqué avec bon sens le Prince Poniatowski, porte parole de la noblesse polonaise, ses compatriotes ne s'engageront que si l'empereur des français leur promet la reconstitution de leur Etat.

Napoléon, qui n'est pas toujours d'une clairvoyance diplomatique sans faille mais sait lire une carte, a rétorqué que, compte tenu des grands partages de 1778 et 1792, la France se mettrait à dos tous les bénéficiaires du découpage s'il faisait une telle promesse. Le grand malentendu franco-polonais commence.

Dans le même temps, Bennigsen doit prendre en compte le facteur politique de la présence de la famille royale prussienne à Königsberg, et donc assurer une protection du nord des opérations, vers la Baltique.

Napoléon, à Varsovie, a au printemps disséminé ses corps d'armée pour deux raisons.

La première est évidemment l'alimentation de toutes ces troupes, qui vivent sur le pays - pauvre au demeurant.

La seconde est qu'ainsi il dispose par ses maréchaux d'une série de "sonnettes d'alarme" déployées en éventail entre Varsovie et la Baltique.

Pour une fois, ce ne sont pas Murat et ses cavaliers qui vont prévenir l'empereur.

En effet, Bennigsen sait aussi lire une carte, et il décide début juin de lancer une offensive brutale sur la gauche française, susceptible de menacer Königsberg. Il attaque les bivouacs de Ney.

Le sixième corps ne se défait pas, ce n'est pas dans ses habitudes. Il rétrograde face à la pression russe pendant que Ney dépêche des estafettes pour prévenir Napoléon que c'est chez lui que ça se passe.

Méfiant, l'empereur laisse Davout et le troisième corps à Varsovie, qu'ils ont rejoint au printemps en venant de Berlin, mais ordonne aussi de concentrer les autres corps d'armée vers Ney.

Le soir du 13 juin 1807, les grenadiers d'Oudinot, détachés auprès du premier corps, sont dans les bois face à la rivière Alle. De l'autre côté, c'est le village de Friedland.

Bernadotte a eu un entretien pénible avec Napoléon après Auerstaedt, ou il n'était pas. Froissé, le futur roi de Suède a rendu son commandement. Le Maréchal Mortier le remplace à la tête du premier corps.

Dans la nuit du 13 au 14 juin, les français voient des milliers de russes passer l'Alle, et venir au contact de manière un peu désordonnée. Si dans ces régions la nuit tombe en hiver vers 16h00, en revanche, en juin, les nuits sont courtes et claires. A deux heures du matin, la luminosité blafarde permet les premiers contacts entre la division des grenadiers réunis et les têtes de colonne du premier corps d'armée russe. On se fusille de près.

Bennigsen, lachant Ney qu'il tenait à la gorge, a appris la présence de cette troupe française au-delà de Friedland. Il est convaincu qu'il est en situation de détruire l'aile gauche de l'armée impériale : il concentre son armée à Friedland.

Mais ce n'est pas une aile isolée qu'il attaque : c'est l'avant-garde de toute l'armée française qui arrive derrière.

Napoléon, en effet, a fait viré à toute vitesse son armée derrière le sixième corps de Ney. Il s'est volontairement éloigné de Varsovie pour se rapprocher de ces fameuses lignes de communication russo-prussiennes vers la Baltique.

Et Ney, qui était l'aile gauche de l'armée trois jours avant, est maintenant à sa droite. Bennigsen n'a rien vu venir.


Last edited by TVR on Sun 15 Apr - 23:37:15 (2018); edited 13 times in total

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PostPosted: Wed 6 Feb - 01:14:01 (2013) Reply with quote
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Au petit matin du 14 juin 1807, cela fait déjà cinq heures que, dans une nuit blafarde et une matinée qui s'annonce ensoleillée, les grenadiers et chasseurs d'Oudinot, petit à petit renforcés des divisions du premier corps, empêchent les russes de déboucher de la plaine à l'ouest de l'Alle et de Friedland.

Les français ont derrière eux une forêt, qui leur permet de se déployer en tirailleurs à couvert des arbres, et surtout empêche les russes d'avoir une bonne visibilité de ce qui peut arriver.

Les russes ont jeté une dizaine de ponts sur la rivière, et leurs divisions passent les unes après les autres.

Dokhtourov, qui avait sauvé la moitié de ses troupes à Austerlitz, commande un premier corps d'armée russe géant à quatre divisions, qui se positionne au centre. Il commande plus de 25 000 hommes.

Cependant, les russes, en raison de la rivière, ne peuvent ni déployer leur cavalerie, ni faire passer l'essentiel de leur artillerie, dont l'essentiel prend ses marques sur les collines alentour, sur la rive orientale. Ses tirs sont du coup trop lointains pour vraiment épauler les régiments au combat. Bennigsen commence à prendre conscience que son dispositif n'est pas "normal", mais il est trop tard pour rebrousser chemin.

Pour le centre russe, le point de départ est Friedland, il sera aussi, tout à l'heure, le point de convergence des français.

Vers neuf heures du matin, Napoléon arrive, et il n'est pas seul.

Deux corps d'armée, la Garde et la réserve générale de cavalerie arrivent aussi, pendant que Ney et son sixième corps se rapprochent également, mais eux suivent les rives de l'Alle, à la droite des positions françaises.

Image d'Epinal et réalité ! Quand Napoléon s'approche de Friedland, il lance à un officier "quel jour sommes-nous ?" Surpris, le type répond "le 14 juin, Sire" et l'empereur dit alors " oui, nous sommes le 14 juin et aujourd'hui nous allons faire aux russes ce que nous avons fait aux autrichiens !"

Le 14 juin est la date anniversaire de Marengo ...

Et Napoléon retrouve Mortier, dont le corps d'armée souffre sans lâcher de terrain depuis deux heures du matin.

Mortier lui aurait dit "Sire, des renforts et la victoire est à nous !"

Un indiscret nous a livré la vraie version, il aurait dit en fait "Sire, je leur mettrais bien le cul dans l'eau si j'avais du monde !"

Pas de souci Monsieur le Maréchal, le monde arrive, et de partout.

Alors que l'armée russe pensait prendre l'armée française de flanc, elle vient de taper dans ses têtes de colonne, et Napoléon va apprendre au général Bennigsen la guerre moderne, qui consiste à concentrer sur l'ennemi toutes ses réserves au point essentiel.


Last edited by TVR on Sun 15 Apr - 23:39:15 (2018); edited 13 times in total

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PostPosted: Wed 6 Feb - 01:24:38 (2013) Reply with quote
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Onze heures du matin.

Les russes piétinent : il y a de plus en plus de français devant, et le premier corps de Dokhtourov n'arrive toujours pas à se déployer. Le deuxième corps russe essaye à son tour de prendre ses marques sur la rive occidentale, mais la concentration des brigades du premier corps l'oblige à déborder de part et d'autre, au détriment de son commandement.

L'artillerie russe, de l'autre côté de la rivière, tire de trop loin, et l'infanterie manque d'appui.

Et Ney attaque, le long de la rivière, en remontant vers Friedland, interposant comme un coin son corps d'armée entre les russes qui bloquent devant le centre français et leurs canons.

Le sixième corps va alors perdre presque tous ses colonels et ses commandants de bataillon : à cheval, donc plus haut que leurs fusiliers, ils sont fauchés par les tirs de mitraille russes qui essayent de taper dans ces colonnes d'attaque remontant à toute vitesse vers les ponts, la seule porte de sortie des premier et deuxième corps russes. Souvenir vécu : "la mitraille passait au-dessus de nos têtes, et faisait un bruit désagréable en frappant nos baïonnettes plantées au bout de nos fusils". Un mètre cinquante trop haut pour frapper les colonnes françaises; un mètre cinquante vers l'éternité pour des dizaines de milliers de soldats du Tsar ...

Au centre, l'infanterie des deux camps se tire à vue.

A la gauche française, seul endroit ou la cavalerie russe qui avait pu traverser pouvait se déployer, le général de division Grouchy, à la tête de ses dragons, se couvre de gloire et de sang en mettant en déroute les cavaliers du Tsar.

Et au centre, pendant que Ney s'approche des ponts ...

Les lignes de fantassins russes tiennent, comme des masses de granit face aux tirs français.

Alors deux généraux d'artillerie, Sorbier qui commande l'artillerie de réserve du premier corps, et Sénarmont, qui commande l'artillerie de la Garde, ont une idée folle.

Pour bien comprendre ce qui va se passer, il faut visualiser ce qu'est, à l'époque, une unité d'artillerie.

Il y a le canon, bien sûr, mais il n'est pas seul.

Non seulement il est servi par une dizaine d'hommes qui travaillent à la chaîne pour approvisionner-charger-tirer, c'est-à-dire servir la pièce (d'ou le nom de servants que l'on donne aussi aux artilleurs ou canonniers) mais il doit être tracté, et son approvisionnement aussi.

Pour une pièce d'artillerie, on a donc ses servants, son attelage à six chevaux et deux caissons de munitions également à six chevaux avec leurs propres conducteurs.

On peut imaginer le train, c'est le cas de le dire, pour déployer ou déplacer une trentaine de pièces en pleine bataille.

Sorbier et Sénarmont décident alors de lancer devant l'infanterie française leurs artilleries : 36 pièces de la garde et 18 de la réserve du premier corps.

L'ensemble s'ébranle, arrive au trop devant les lignards. Les trains font demi-tour, on décroche les pièces et on les met en position. Pour aller plus vite, les caissons suivent au plus près, ce qui est une dangereuse hérésie (la poudre noire est volatile) mais restent leurs attelages face aux russes.

Les pièces détonnent. Une volée, deux, trois. Les artilleurs de la garde sont des pros, ils sont capables d'approvisionner-charger-tirer une fois toutes les deux minutes : c'est Ford avant l'heure !

Plus fort, les pièces sont alors raccrochées, et l'ensemble s'avance à nouveau d'une centaine de mètres, puis même manoeuvre.

Sorbier et Sénarmont sont en train d'inventer, sur le tas, le "barrage roulant".

Berthier, Major Général, a vu l'affaire se prononcer. Le Maréchal a peu le sens de l'humour; il dépêche l'un de ses aides de camps à Sénarmont. L'officier lui transmet de vive voix "Monsieur le Maréchal Berthier demande si vous n'êtes pas devenu fou ?" et Sénarmont, superbe, répond "Laissez mes garçons, dite à l'Empereur qu'ils savent ce qu'ils font". Napoléon est artilleur de formation, il comprend tout de suite.

Et l'infanterie française, un peu médusée, voit l'artillerie passer à l'offensive toute seule.

Ces canons et leurs artilleurs vont s'approcher jusqu'à 120 mètres des lignes russes, et tirer 2 800 boulets et charges creuses.

Les régiments de Dokhtourov en prennent plein le shako, c'est un massacre dans le premier corps.

Et, pendant ce temps, Ney a coupé les ponts et ses bataillons d'infanterie légère approchent de Friedland. Ils sont derrière l'armée russe.


Last edited by TVR on Sun 15 Apr - 23:41:02 (2018); edited 7 times in total

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possum
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Très belle description de la manoeuvre de l'artillerie, qu'on reverra bien plus tard, à Verdun avec les français encore, et les allemands dans le désert et en Russie, mais avec des pièces autrement plus maniables ! Okay

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VieuxGilou
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Guinevere
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Question indiscrète : avez vous un plateau, des simulations de terrain et des petits soldats de plomb ou de résine pour aussi bien visualiser ces batailles ?

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Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge,
En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur
Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer.
(Jules Supervielle)
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1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Thu 7 Feb - 10:39:20 (2013) Reply with quote
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1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Sun 3 Mar - 01:23:45 (2013) Reply with quote
TVR
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Vers 15h00 aux montres de l'état-major français, les lignes russes commencent à se désintégrer.

Les régiments des premier et deuxième corps prononcent leur repli vers les ponts; mais ces ponts sont pour la plupart pris par le sixième corps de Ney, qui donne l'ordre d'y foutre le feu puisqu'il n'est pas arrivé là, lui, pour passer de l'autre côté, mais bien pour refermer le piège.

Entre 15h00 et 18h00 se produit alors un désastre complet. Par milliers, les soldats russes se replient vers des ponts qui, soit n'existent plus parce que brûlés par les français, soit vers Friedland sous contrôle du 6ème corps.

Et pendant que, devant, les artilleries combinées continuent leur tir en plein centre du champ de bataille, l'infanterie de Ney a inondé les rives de l'Alle aux environs de Friedland.

Au nord, Grouchy et ses dragons, après avoir rejeté la cavalerie russe, prennent également le contrôle des rives de la rivière.

Près de 50 000 russes sont pris dans un entonnoir infernal.

L'habitude russe est étrange, et étrangère aux armées européennes de l'époque. Il faut sauver d'abord les canons, ensuite les hommes.

Et ainsi des milliers de fusiliers et de mousquetaires des régiments de ligne du Tsar vont mourir pour donner le temps à leur artillerie, positionnée de l'autre côté de la rivière, de se replier.

La nuit tombe sur un champ de mort effrayant.

Quand le lendemain dans la journée, les officiers d'état-major du général Bacler d'Albe visitent le champ de bataille, ils vont repérer les brigades et jusqu'aux divisions russes par des "lignes de morts dans leurs positions de combat".

Les français, qui connaissent ce que se battre veut dire, restent stupéfaits devant ces alignements de morts, soldats qui n'ont pas bougé d'un mètre pendant que les artilleries de Sorbier et Sénarmont les massacraient.

Mais qui sont ces russes ?


Last edited by TVR on Sat 17 Jan - 14:49:43 (2015); edited 5 times in total

1807 - la campagne de Pologne
PostPosted: Tue 5 Mar - 22:11:10 (2013) Reply with quote
TVR
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Guinevere wrote:
Question indiscrète : avez vous un plateau, des simulations de terrain et des petits soldats de plomb ou de résine pour aussi bien visualiser ces batailles ?



J'ai en effet, mais je fais surtout appel à ma mémoire lorsque j'écris ces posts !
Mais non je n'y étais pas (quoique) mais j'ai beaucoup lu sur cette période, et j'ai pris le temps de m'imprégner de la réalité de ce que furent ces batailles.

Okay

1807 - la campagne de Pologne
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