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1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Tue 25 Jun - 21:49:34 (2013) Reply with quote
TVR
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Quand en novembre 1812 les débris de la Grande Armée, à peine 16 000 survivants sur une armée internationale de 525 000 hommes, repassent le Niémen vers l'ouest, la campagne de Russie prend fin et semble ouvrir le cœur de l'empire napoléonien à une armée impériale russe triomphante.
 
Il n'en est rien.
 
Les armées russes sont presque aussi affaiblies par leur offensive d'hiver que les français et leurs alliés par leur catastrophique retraite.

On le sait peu, mais certaines divisions russes arrivent sur le Niémen dans un état de délabrement physique proche des vaincus, et les effectifs ont subi de terribles coupes sombres. C'est que la grande poursuite a eu lieu à marche forcée, et les régiments du tsar, comme l'ennemi, n'avaient pas prévu d'affronter des froids de - 40° ...
 
Il va leur falloir près de six mois pour remonter en puissance, et être capables par leurs renforts de rentrer en Allemagne.
 
Le centre de l'Europe est en décembre 1812 un gigantesque creux militaire ...
 
En février 1813 la Prusse repart à l'attaque. La décision du général Yorck (pas encore von Wartenburg) de séparer son corps prussien des corps français est enfin validée par le Roi, qui accepte, sous la pression patriotique des généraux Scharnhorst et Gneisenau, de déclencher une mobilisation générale des volontaires contre l'empire français.

Encore faut-il en rabattre un peu quand à ce grand appel des volontaires : ils seront 45 000 à répondre et, pour reconstituer une armée prussienne de libération, on fait appel à la conscription qui a fait ses preuves en France depuis 20 ans.
 
Les autrichiens, qui avaient prudemment participé à la campagne de 1812 avec un corps d'armée d'observation commandé par le Maréchal Schwartzenberg, sont revenus sur leurs bases et attendent.
 
Napoléon, abandonnant sur place les débris de ses divisions, est rentré à Paris en novembre. Pas pour se reposer : pour reconstituer une armée.
 
Et cette armée reconstituée va faire trembler l'Europe des Princes.
 
Il va s'ensuivre une campagne militaire géante, qui va durer cinq mois et mettre le feu dans toute l'allemagne centrale.


Last edited by TVR on Mon 22 Dec - 15:21:12 (2014); edited 4 times in total

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PostPosted: Tue 25 Jun - 21:49:34 (2013)
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1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Tue 25 Jun - 21:58:52 (2013) Reply with quote
TVR
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Les russes sont épuisés par leur victoire, leurs régiments sont décimés. Il faut recomposer les divisions, reconstituer l'artillerie et remonter toute la cavalerie. Plusieurs mois sont nécessaires pour que l'empire envoie vers la Pologne tous les éléments nécessaires.

L'armée russe ne redevient opérationnelle qu'en avril 1813.

Les prussiens veulent se battre ... enfin, surtout leurs chefs dans un premier temps. Le grand appel aux armes et aux volontaires n'amène que 45 000 volontaires de janvier à mars 1813, alors la Prusse se lance dans la conscription et en moins de trois mois met sous les armes plus de deux cent mille hommes, mal formés, pas très bien armés et équipés, mais pour qui il s'agit de libérer le royaume de l'envahisseur français.

Et les français reviennent dans le centre de l'Allemagne, en Saxe.

C'est la stupeur lorsque l'on apprend que Napoléon, peu de mois après le grand désastre, est à moins de cent kilomètres de Berlin, et pas seul : avec plus de quatre cent mille hommes ...


Last edited by TVR on Thu 22 Mar - 00:20:30 (2018); edited 2 times in total

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Wed 4 Jun - 23:56:07 (2014) Reply with quote
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De février à mars 1813, Napoléon a en effet recomposé à force une armée énorme constituée essentiellement d'une conscription géante. Plus de 200 000 jeunes français sont appelés sous les armes et enrégimentés en moins de quatre mois. On les appellera les "Marie-Louises".

Des renforts du grand empire sont rappelés également, mais ils viendront essentiellement du royaume d'Italie et des alliés allemands, car en Espagne ça brûle : Wellington et ses anglo-portugais font subir aux troupes d'occupation françaises de véritables désastres, et le royaume de Joseph s'effondre rapidement.

L'infanterie est reconstituée à une vitesse qui donne le tournis. L'artillerie est également recomposée, mais pose tout de suite un problème : si le matériel (bois des affuts et bronze des canons) peut être rapidement sorti des arsenaux français, les artilleurs eux-mêmes sont jeunes, mal formés comme leurs camarades fusiliers : on a pas le temps, on les équipe en quelques semaines et en avant vers l'Allemagne.

On a terminé de vider les arsenaux de Louis XVI des réserves de roues et d'affuts. Les nouvelles pièces de bois pour l'artillerie sont jeunes, fragiles : elles se brisent facilement. La moitié de l'artillerie française va finir sur le bord des chemins ...

Pour la cavalerie, c'est encore plus grave : on ne forme pas un cavalier de bataille en six semaines et, pire, il faut des années pour qu'un cheval soit opérationnel. La cavalerie française sera squelettique pendant la campagne de 1813 : peu de chevaux ou mauvais, pas assez de cavaliers.

Moyennant quoi, fin mars 1813, à la stupéfaction des alliés, une armée française géante est postée à moins de cent kilomètres de Berlin, prête à attaquer.

L'empire français n'est donc pas mort, il va falloir mettre la gomme pour tuer ce cadavre qui bouge encore et va brûler le centre de l'Allemagne pendant six mois.


Last edited by TVR on Sat 7 Feb - 15:02:21 (2015); edited 6 times in total

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Thu 5 Jun - 00:03:38 (2014) Reply with quote
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L'armée russe est longue à rentrer en campagne. L'armée prussienne, très jeune dans ses enrôlements, n'est pas prête. Ils s'attendent ...

Ce délai des prussiens à attendre le grand renfort russe permet à Napoléon de se repositionner en plein centre de l'Allemagne, et d'empêcher stratégiquement toute jonction entre les russo-prussiens et les autrichiens, alliés de plus en plus incertains et même dangereux pour l'empire.

Ce n'est que lorsque les premiers corps d'armée russes passent les frontières du grand-duché de Varsovie et viennent se joindre aux divisions prussiennes que l'ensemble des coalisés s'ébranle pour rejeter une fois pour toutes les français de l'autre côté du Rhin.

Entretemps Napoléon a largement repris ses esprits, et avec pas moins de quatorze corps d'armée d'infanterie, il décide comme à son habitude de prendre l'offensive.

La première rencontre, le premier choc, va avoir lieu le 2 mai 1813 près des villages de Grossgörtchen et Lützen.

Ce premier choc va être terrible.

Ce matin là, le sixième corps français progresse quand il se heurte, sans repérage préalable par manque de cavalerie, sur les avant-gardes russes et prussiennes.

Il est dix heures du matin quand les combats démarrent et sont tout de suite d'une extrême violence. Les artilleries font des coupes sombres dans les lignes des deux camps, car les deux armées sont formées de soldats peu entraînés, qu'il faut tenir serrés au coude à coude pour qu'ils tiennent leurs rangs.

Le sixième corps se met alors en carrés géants de régiments d'infanterie qui se font tuer par dizaines d'hommes, pour tenir la ligne, en attendant l'arrivée de renforts.

Pendant qu'en face le maréchal Blücher hésite à pousser son avantage, en face c'est Napoléon en personne qui arrive, à la tête de deux corps d'infanterie et du corps devenu hypertrophié de la garde impériale, dont sa division de marins de la garde.

Pour la première fois de l'histoire de France en effet, l'infanterie de marine va charger sur un champ de bataille terrestre.

Cette division de la garde de l'infanterie de marine très particulière est constituée de troupes de marines et d'unités d'équipage qui, inutiles en France compte tenu du blocus anglais, ont été retirées de leurs navires pour venir faire le coup de feu en Saxe.

Sur la marche du "pas de charge de la marine impériale", ces 12 000 hommes viennent alors renforcer les régiments du sixième corps qui souffre, et le soutiennent pendant que les régiments de grenadiers, chasseurs à pied, voltigeurs et tirailleurs de la garde, soutenus par leur propre artillerie, se déploient à leur tour.

La contre attaque française prend de plein fouet les prussiens, qui entament une retraite de plus en plus rapide et finalement abandonnent le champ de bataille.

Lützen est une victoire française, laborieuse, sanglante, mais victoire tout de même. Sauf qu'elle ne résout rien.

https://www.youtube.com/watch?v=ju1pL5T9GLA


Last edited by TVR on Wed 22 Nov - 02:28:52 (2017); edited 6 times in total

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Thu 5 Jun - 09:51:22 (2014) Reply with quote
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TVR poursuit sa saga historique. Merci !...

_________________
C'est pas la gueule d'un mec qui devrait faire peur, c'est ce qu'il y a derrière...

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Wed 18 Jun - 23:11:11 (2014) Reply with quote
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Quinze jours plus tard l'ensemble des masses des différentes armées a inondé la Saxe et le sud de Berlin.

Napoléon est pris en équerre : d'une part son objectif tactique reste de remonter vers le nord, vers Berlin afin de dégager les nombreuses garnisons françaises restées en arrière à la fin de la retraite de Russie. D'autre part il se méfie de son flanc sud, d'ou ses alliés autrichiens devraient intervenir, oui mais contre qui ?

Fin mai l'empereur sent qu'il tient enfin l'ennemi. Les troupes russo-prussiennes du général Witgenstein sont à portée de main. C'est le centre des coalisés.

De part et d'autre de la rivière Spree, le général russe a considérablement fortifié ses positions. Le 19 mai les généraux Barclay de Tolly et Yorck ont mis à mal le cinquième corps français, dont la division italienne a été démantelée par une attaque de nuit.

La bataille de Bautzen commence le 20 mai 1813 au petit matin. Le plan de l'empereur est de saisir l'ennemi au centre, et de le tenir jusqu'à ce que le maréchal Ney l'ait contourné par le flanc.

Des dizaines de pièces d'artillerie donnent, sur plusieurs endroits du champ de bataille. Le canon est lentement en train de voler la vedette à l'infanterie et la cavalerie ... Au centre du champ de bataille ce sont 60 canons français qui pilonnent les lignes russes pendant que le 6ème corps passe la rivière.

Au soir du 20 mai l'ensemble des corps français a prononcé sa progression. Les corps russes et prussiens ne parviennent pas à les freiner. Mais Ney est en retard et la manœuvre de débordement dont il devait être le maître d'œuvre échoue.

Bautzen est une victoire incontestable, mais coûteuse en vies humaines et qui, comme Lützen, ne résoud rien. Au soir de la bataille l'empereur apprend que les corps ennemis se sont repliés sans avoir vraiment pliés. Ils n'ont rien abandonné aux français que leurs morts et leurs blessés.

"Pas un canon, pas un drapeau ?" rage l'empereur qui a cette phrase : "Bon dieu, ces gens là ne me laisseront pas un clou !"


Last edited by TVR on Thu 17 May - 00:06:22 (2018); edited 6 times in total

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Thu 19 Jun - 19:16:41 (2014) Reply with quote
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Okay le puits de science !

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Sun 14 Dec - 01:38:53 (2014) Reply with quote
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Ce qui va freiner les français et leurs alliés polonais, wurtembergeois et saxons (les bavarois se sont mis en retrait depuis le désastre de Russie, ils sont en train de changer leurs alliances politiques) relève de deux facteurs.

D'un point de vue militaire, Napoléon est parfaitement conscient qu'il manque de cavalerie et d'artillerie.

La belle, la grande cavalerie de l'empire, a été scindée en deux en 1812. Pendant que la quasi-totalité des régiments de dragons étaient engagés en Espagne, les divisions géantes formées au printemps 1812 ont, plus rapidement encore que leurs sœurs de l'infanterie, disparu dans les plaines russes. L'artillerie, n'en parlons pas : pas une pièce de canon, forcément, n'a repassé le Niemen.

Il faut ramener de la cavalerie expérimentée d'Espagne, former de nouveaux régiments en France et en Allemagne, avec de jeunes cavaliers inexpérimentés et des chevaux trop jeunes pour le service en campagne.

Il faut reconstituer l'artillerie : depuis dix ans on n'a pas cessé de puiser dans les arsenaux de Louis XVI ou les éléments en bois des affuts et des charrois, soigneusement préparés depuis 40 ans, séchaient doucement jusqu'à devenir durs comme du fer.

Les arsenaux sont vides.

Les manufactures, mises à contribution dans l'urgence, vont parvenir en quelques mois à rééquiper l'armée de plus de 1 000 pièces, mais les affuts sont en bois vert (ils craquent et se fendent dans les défauts de terrain) et les charrois sont eux aussi fragiles. Baste, il faut des canons, et ces canons vont malgré tout arriver de plus en plus rapidement par Mayence vers la Saxe et les points de regroupement.

D'un point de vue politique et diplomatique, l'empire commence à se sentir dangereusement dépourvu d'alliés de grande ampleur. Particulièrement ici, il s'agit de l'Autriche.

Vaincue en 1809 à Wagram, l'Autriche a donné une impératrice à la France en 1810. En 1812, un corps de soutien (qui n'a rien soutenu) de plus de 45 000 hommes a couvert le front sud de l'armée géante entrant en Russie.

Napoléon se persuade que l'Autriche, pour des raisons dynastiques a priori logiques, va le soutenir dans l'épreuve.

Quand en mai le chancelier impérial Metternich propose à l'empereur des français une médiation et surtout un armistice temporaire, Napoléon accepte.

Il vient de commettre la plus grande erreur, peut-être la plus définitive de tout son règne.


Last edited by TVR on Sat 7 Mar - 21:34:11 (2015); edited 8 times in total

1813 : la campagne d'Allemagne
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L'armistice de Pleiswitz, signé le 4 juin 1813, est un magnifique jeu de dupes diplomatique, mais ce sont les français qui vont en sortir totalement perdants.

Ni les prussiens ni les russes ne veulent la paix tant que les armées françaises n'auront pas au bas mot évacué toute l'Allemagne.

Mais Napoléon est à Dresde, en plein cœur de l'Allemagne précisément, avec encore plus de 300 000 hommes, et il attend ses renforts d'artillerie venant de France et de dragons revenant d'Espagne.

Son huitième corps d'armée, commandé par le Prince Poniatowski, et son cinquième corps de cavalerie sont formés de troupes polonaises.

Va-t-il abandonner cette Pologne pour laquelle depuis 1807 les français ont tant fait de sacrifices, et ces polonais qui depuis plusieurs années se dépensent sans compter pour la grande France et son empereur ?

Et puis, dans toute une série de places fortes maintenant isolées des lignes, ce sont plus de 50 000 soldats français et alliés, intacts car n'ayant pas participé à la campagne de Russie, qui sont encerclés et qu'il faudrait récupérer d'une manière ou d'une autre.

Le front nord et nord-est est donc très fragmenté, mais l'empereur pense encore le contrôler.

Il n'y a pas pour le moment de front sud, puisque l'Autriche ne pourrait quand même pas déclarer la guerre au gendre de son empereur. Vraiment ?

Du 4 juin au 10 août 1813 se déroule le congrès de Prague, censé permettre aux belligérants, sous l'amicale pression autrichienne, de trouver des solutions au conflit en cours.

Ce congrès sera une comédie diplomatique, dont le chef d'orchestre sera le Chancelier impérial Metternich lui-même, car l'Autriche s'est réarmée lentement mais sûrement depuis 1810, et sa volonté politique est sans équivoque. Pour Metternich et l'empereur d'Autriche, gendre ou pas Napoléon et la France post-révolutionnaire doivent être mis à la raison une bonne fois.

Le résultat est de type arithmétique : quand le 10 août Metternich met fin dans des conditions scandaleuses au congrés par le déni pur et simple des propositions de paix françaises, les forces en présence sont dorénavant les suivantes :

Napoléon commande encore 300 000 hommes parfaitement positionnés d'un point de vue stratégique.

Au nord deux armées se sont formées : l'armée de Silésie, russo-prussienne, commandée par Blucher, dispose de 90 000 hommes. L'armée du Nord, commandée par Bernadotte devenu Prince héritier de Suède, compte 80 000 hommes.

A l'est le général Bennigsen arrive avec 80 000 russes et prussiens.

Et au sud une armée nouvelle, l'armée de Bohème, commandée par le maréchal Schwartzenberg qui va devenir le généralissime de la coalition, formée de troupes autrichiennes, russes et prussiennes, dispose de plus de 230 000 hommes en premier échelon.

Plus de 350 000 hommes constituent les deuxièmes échelons de ces armées, qui disposent ainsi de réserves inépuisables.

C'est en fait un ensemble inouï de près d'un million d'hommes dont les alliés disposent, mais en quatre armées très éloignées les unes des autres. Ces armées disposent de près de 1 600 pièces d'artillerie de tous calibres. Jamais dans l'histoire un tel ensemble humain n'a été créé pour faire la guerre.

Il leur faut réussir à organiser un regroupement géant de toutes ces forces pour vaincre "l'ogre".

Napoléon, pour sa part, est en position centrale dans un premier temps face à ces armées qui convergent lentement. Il peut, il doit les frapper l'une après l'autre et les empêcher à tout prix de se réunir.

Mais les alliés ont subi mais aussi observé les tactiques françaises depuis 1805, et de surcroît un homme, écouté par le Tsar Alexandre, lui fait part d'une remarque de bon sens.

Ces deux facteurs, une capacité tactique nouvelle apprise dans la douleur et le sang qui consiste à imiter les français trop souvent vainqueurs, et des conseils avisés, vont tout changer.


Last edited by TVR on Sat 7 Mar - 21:36:27 (2015); edited 9 times in total

1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Sun 14 Dec - 02:37:05 (2014) Reply with quote
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D'un point de vue tactique en effet, après près de dix années de défaites constantes, les alliés ont enfin compris trois facteurs essentiels de la guerre moderne que les français leur avaient imposé : le regroupement des unités par corps d'armée, la rapidité de manœuvre et une accumulation de plus en plus impressionnante d'artillerie.

Les autrichiens n'ont pas oublié ce qu'ils ont subi à Wagram quand la grande batterie de cent pièces a écrasé leur centre sous son feu.

Les russes ont beaucoup appris du barrage roulant d'artillerie qui à Friedland en 1807 a pilonné au plus près leurs divisions, et du tonnerre de canons qui à Borodino (La Moskowa) en septembre 1812 a écrasé leurs redoutes.

Les prussiens ont reconstruit une armée en copiant le modèle de l'ennemi français, détesté mais de toute évidence efficace, et leur général en chef, Blucher, un cavalier, est convaincu par nature de l'importance essentielle d'aller vite, très vite.

Cette question de vitesse des unités a été l'essentiel de la manœuvre napoléonienne pendant plus de quinze ans. Quand Napoléon en 1805 disait à ses maréchaux : "chaussez tous vos bottes de sept lieues, la lenteur n'est source que de malheur", il théorisait une façon de faire la guerre qui allait tout bouleverser.

A cette époque, les armées autrichiennes pour les prendre en exemple faisaient en moyenne 15 kilomètres par jour quand les divisions françaises en faisaient 40 ...

Cette vitesse de progression s'accompagnait pour les français d'une transmission des ordres qui prenait systématiquement de court leurs ennemis : le diable est dans les détails, et pour les adversaires des armées françaises, le détail était que les ordres parvenaient en pleine nuit aux commandants de corps et aux divisionnaires par un système d'état-major que nous allons expliquer, alors que l'adversaire, autrichien, prussien ou russe avait pour habitude de transmettre les ordres de marche et de manœuvre au petit matin.

En d'autres termes, lorsque les divisions françaises avaient pris la route depuis six ou sept heures du matin, elles savaient déjà quels étaient leurs objectifs alors même que l'ennemi n'avait pas encore replié ses bivouacs avant de se mettre en marche vers 09h00 du matin en moyenne : les français avaient souvent de trois à quatre heures d'avance sur l'ennemi, ce qui changeait tout au plus près des champs de bataille.

La vitesse est tout, rappelait sans cesse Napoléon à ses généraux : "activité, activité, vitesse ! je m'en remets à vous" écrit-il à ses maréchaux en 1809.

Si les prussiens de Blucher commencent à agir ainsi, les autres armées restent lentes au pas des fusiliers, mais elles sont tellement nombreuses en effectif ...

Et puis il y aura un homme qui va faire basculer les choses. C'est un suisse.

Pire, c'est un général de brigade de l'armée française. Encore pire, il a été pendant plusieurs années le chef d'état-major du Maréchal Ney.

Pire que tout, Napoléon l'a rencontré, l'avait jaugé et avait constaté que ce suisse pensait militairement comme lui, mais il n'en avait pas tenu compte.

En 1813, le Général Antoine de Jomini, suisse au service de France, quitte ce service et se propose aux russes qui l'accueillent aussitôt. On lui a refusé en France le grade de général de division.

Jomini, qui combattait depuis près de quinze ans au sein des armées françaises, s'est senti blessé à juste titre par ce refus de reconnaissance de ses services et de ses talents.

Pour se donner une idée de la gaffe monumentale qui vient d'être commise, il suffit de se rappeler que c'est lui, Jomini, qui très âgé en 1859, conseillera à Napoléon III la manœuvre stratégique qui mènera au désastre les autrichiens à Magenta puis Solferino ...

Jomini devient rapidement le principal conseiller du Tsar Alexandre, et il lui donne, non pas un conseil, mais LE conseil qui va tout changer.

Puisque Napoléon est invincible sur le champ de bataille, et que la guerre en cours se développe sur un territoire immense avec plusieurs armées, il faut attaquer partout ou Napoléon est absent, et se replier dès qu'il intervient personnellement.

Jomini n'est pas le seul à donner ce conseil.

Le général Moreau, qui avait gagné en 1800 la bataille de Hohenliden, républicain qui s'était opposé à la montée au pouvoir de Napoléon, s'était exilé aux Etats-Unis puis avait regagné l'Europe en 1813.

Présenté à Alexandre par l'intermédiaire des anglais, vicieux mais loin d'être idiots, il lui a donné un conseil similaire, mais il va mourir à Dresde, frappé par un boulet français.

Etrange destin ... Son tombeau se trouve aujourd'hui encore à Saint Petersbourg, sur la perspective Nevski, et il fut fait Maréchal à titre posthume par Louis XVIII, lui qui avait toujours vomi la monarchie.

Alexandre Ier saisit immédiatement l'intelligence du propos, aidée par les énormes moyens disponibles, et fait valider par les commandants d'armée cette étrange tactique : on va attaquer les français de tous les côtés, se battre à outrance quand en face l'ennemi est commandé par des Maréchaux ou des généraux, et à l'inverse se replier à toute vitesse si jamais on apprend que Napoléon arrive en renfort de ses corps d'armée forcément disséminés sur un périmètre énorme.


Last edited by TVR on Fri 13 Mar - 19:45:06 (2015); edited 18 times in total

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Napoléon ne prend pas tout de suite conscience de ce piège infernal qui lui est tendu.

Il croit encore contrôler les choses, et reste convaincu qu'il est en capacité, sur le champ de bataille, d'écraser ses adversaires.

En août et septembre 1813, une série de batailles qualifiées de combats parce qu'elles n'ont pas lieu à l'échelle d'armées entières déciment lentement mais sûrement les corps d'armée français et leurs alliés. Si les pertes des coalisés sont rudes aussi, elles sont beaucoup plus aisément remplaçables.

Pourtant, les 26 et 27 août 1813 a lieu à Dresde la dernière des grandes victoire de l'empire.

Le Maréchal Schwartzenberg n'a pas voulu tenir compte des conseil du Tsar, de son suisse, et du français Moreau qui va être frappé à mort dans les combats. Il est en position d'emporter la ville gardée seulement par le corps du Maréchal Gouvion Saint Cyr, et décide de passer à l'attaque sans prendre en considération le fait qu'il est face à la pointe de l'armée impériale, et qu'il est aisé à Napoléon d'intervenir rapidement d'autant plus que son Maréchal l'a avisé des mouvements menaçants de l'ennemi vers sa position.

Le 26 août, les autrichiens et plusieurs divisions russes attaquent sans succès les fortifications qui protègent la ville. Dans la soirée, Napoléon arrive avec la Garde, deux corps de cavalerie commandés par Murat et quatre corps d'armée.

Au lieu de suivre les conseils de Jomini, et donc de replier ses formations au plus loin, Schwartzenberg reste sur place.

Le 27 août, sous une pluie battante, Murat, qui la veille a fait part aux alliés de son accord de principe quand à l'idée de laisser tomber son beau-frère pour sauver son royaume de Naples, emmène deux corps de cavalerie à la charge sur des troupes alliés dont les fusils font "pschittt" car leur poudre est trempée : deux divisions sont mises en déroute.

La Garde sort de la ville et monte en ligne en grande tenue, soutenue par près de 150 canons qui pilonnent les lignes alliées; par l'apparition de leurs milliers de bonnets à poils, ils font, dira un général russe, l'effet "d'une tête de méduse" sur leurs ennemis qui se replient sans même attendre le contact.

L'armée de Bohème a perdu plus de 15 000 hommes, se replie vers le sud : Dresde est une victoire sans appel. Sans appel ? Si, car dans le même temps, à 100 kilomètres au nord, Blucher avec ses russo-prussiens était parti à l'attaque sachant que Napoléon s'était éloigné : lui suit les conseils de Jomini.


Last edited by TVR on Fri 9 Jan - 22:57:33 (2015); edited 5 times in total

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Le 23 août, à Gross Beeren, Blucher a vaincu Ney; il lui a tué plus de 12 000 hommes, pris ou détruit 60 canons, l'a rejeté vers le sud. Ney à qui Napoléon a confié le commandement de trois corps d'armée n'est pas au niveau de ses responsabilités de chef d'armée.

Quand Napoléon apprend la mauvaise nouvelle, au lendemain de sa victoire de Dresde, il part alors vers le nord avec l'essentiel de ses forces, laissant le général Vandamme poursuivre les austro-russes en retraite : il est tombé dans le piège de Moreau et de Jomini.

Pendant que l'empereur remonte vers le nord ou les russo-prussiens ne l'attendent évidemment pas (ils se replient aussitôt), Vandamme, le 30 août 1813, soit à peine trois jours après la victoire de Dresde, enferre son corps d'armée de poursuite de 32 000 hommes dans un chausse-trappe géant: lui et l'essentiel de son armée, à Kulm, sont fait prisonniers. Les pertes ont été lourdes pour les 54 000 hommes de Barclay de Tolly qui protégeait la retraite de l'armée de Bohème, mais le résultat est immense : toute une armée impériale met bas les armes. Napoléon avait promis le bâton de maréchal à Vandamme s'il attrapait les russes; certains diront plus tard que cette perspective lui avait fait perdre toute prudence en brouillant son jugement.

Mieux, le front est de l'armée napoléonienne vient de s'évanouir brutalement.

Vandamme est présenté au Tsar qui, apprenant qu'en 1812 le français a, aux côtés du Maréchal Mortier, organisé la dynamitation du Kremlin, le reçoit froidement pour le moins ...

Jusqu'au moment ou Vandamme parvient à lui faire le signe de détresse maçonnique. Le Tsar ne peut évidemment être maçon puisqu'il est souverain orthodoxe, mais son frère, le Grand Duc Constantin, commandant la garde impériale russe, l'est. La maçonnerie militaire est un réseau international gigantesque qui s'est développé depuis plus de 50 ans. Elle va sauver la mise à Vandamme.

Pendant que ses troupes, prisonnières de guerre, seront maltraitées par les russes, le général Vandamme sera amené jusqu'à Saint Pétersbourg ou il sera reçu par la famille impériale.

Natif de Cassel en Flandres française, et enterré dans le cimetière de cette petite ville (qui fut le QG de Foch en 1916) Vandamme, le divisionnaire qui à Austerlitz avait brisé les lignes russes sur le plateau du Pratzen, et qui en 1812 avait participé à la pose des charges de destruction des remparts du Kremlin réussit par son appartenance maçonnique à éviter la vengeance des russes...

Il est temps de commencer à envisager le fameux regroupement de toutes les armées, en resserrant lentement mais sûrement les français jusqu'à l'étranglement.

C'est à Leipzig que cet étranglement doit avoir lieu si tout va bien.


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1813 : la campagne d'Allemagne
PostPosted: Sun 14 Dec - 03:07:02 (2014) Reply with quote
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Tout le mois de septembre est lent, pluvieux et meurtrier mais sans décision.

Les corps français et leurs parcs d'artillerie et d'approvisionnement, énormes, se replient très lentement vers l'ouest.

Très lentement car Napoléon a toujours à l'esprit ses 50 000 hommes de bonnes troupes isolés dans les places fortes du nord de la Prusse et sur les rivages de la Baltique.

Les abandonner comme ça en tournant les talons alors que les batailles principales (c'est-à-dire menées par lui) ont jusqu'ici été des victoires ? Ce serait imbécile ! Alors il refuse d'abandonner le terrain, et compte tenu de l'énormité des forces en présence, le terrain en question, c'est la majeure partie du royaume de Saxe, dont le souverain reste contre vents et marées allié de l'empereur des français alors que dans les rangs même de son armée saxonne on commence à douter.

Les mouvements de l'ensemble des armées sont de plus en plus convergents, et le point de convergence est la ville de Leipzig.

C'est là qu'en octobre vont se régler les comptes pendants entre les français et toutes ces armées qui depuis 1805 ont souffert sous ses coups et ses triomphes.

Pourquoi Leipzig ?


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1813 : la campagne d'Allemagne
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Avec ses 24 000 habitants, Leipzig est l'une des plus grandes cités de Saxe.

Elle est la ville la plus à l'ouest de ce très ancien électorat dont Napoléon a fait un royaume et, surtout, c'est par elle que passe l'essentiel des approvisionnements et des renforts français qui arrivent depuis Strasbourg et Mayence. De même la ville sert d'hôpital aux milliers de blessés de l'armée impériale.

Géographiquement, la ville est au milieu d'un véritable complexe hydrographique : de nombreux cours d'eaux, dont essentiellement la Pleisse, la Partha et l'Elster enserrent la ville à l'ouest, au nord et au sud. A l'est et au sud est ce sont de longues plaines avec des ondulations marquées de collines assez basses, idéales pour y positionner des batteries d'artillerie, mais n'anticipons pas.

Début octobre, les français et leurs corps d'armée sont pour l'essentiel à l'est de Leipzig, en pleine Saxe, sauf Ney qui, avec trois corps d'armée, est au nord face à Blucher.

L'armée de Bohème de Schwartzenberg arrive par le sud, avec en renfort lointain le général russe Bennigsen susceptible d'arriver par le sud-est avec 80 000 hommes.

Derrière Blucher au nord se trouve l'armée du même nom, commandée par Bernadotte : les alliés sentent qu'il n'est pas pressé, ni de se battre contre ses anciens camarades, ni de mener au massacre les régiments suédois de son futur royaume.

Telles que les choses se présentent, en fait, les français tout en se battant vers le nord contre Blucher et vers le sud contre Schwartzenberg commencent en réalité à regarder vers la France, d'autant plus que les énormes parcs d'approvisionnement en munitions du général Durrieu sont en retrait, plus à l'est, protégés par le 7ème corps franco-saxon du général Reynier.

Ca commence à devenir franchement compliqué ...


Last edited by TVR on Sat 7 Feb - 15:31:19 (2015); edited 4 times in total

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PostPosted: Sun 14 Dec - 04:26:10 (2014) Reply with quote
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La bataille de Leipzig est appelée la bataille des nations.

Ce nom étrange lui vient de ce que plus de la moitié de l'Europe y a participé. Même des régiments anglais, qui accompagnaient l'armée du nord de Bernadotte, ont été présents.

C'est aussi une bataille qui à l'époque fut unique : elle dura une semaine, dont trois jours de bataille rangée.

Pour la première fois de l'histoire de la guerre européenne, des dizaines de milliers de civils épouvantés furent pris en plein combats.

Pour la première fois, plus de 2 000 canons croisèrent leurs feux.

Pour la première fois, plus de 50 000 hommes restèrent morts et blessés en un seul jour, le dernier de la bataille. Même à La Moskowa (Borodino) ou les russes avaient perdu la moitié de leur corps de bataille, soit 60 000 hommes, ils en avaient récupéré dans les jours suivants plus de 20 000 entre les blessés et les dispersés. A Leipzig il y eut peu de dispersés ...

Nous nous approchons donc du plus grand choc militaire qui se soit jamais produit en Europe et sans doute dans le monde avant 1914.

Je vais donc vous raconter cette bataille géante, qui curieusement a été oubliée, alors qu'elle mit aux prises plus de 600 000 hommes, ce qui renvoit en termes d'effectifs les batailles d'Austerlitz et de Waterloo au rang de combats d'avant garde ...

Un demi million d'hommes au combat, jamais l'histoire humaine n'avait connu un tel choc. C'est tout de même curieux et amusant qu'on l'ait oublié ...


Last edited by TVR on Sat 7 Feb - 15:33:53 (2015); edited 6 times in total

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