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Jean Madiran
PostPosted: Thu 1 Aug - 15:38:17 (2013) Reply with quote
Bonne Maman
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Les obsèques de Jean Madiran auront lieu en l'église Notre Dame des Armées le lundi 5 août à 10h


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Jean Madiran
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Jean Madiran
PostPosted: Thu 1 Aug - 23:01:21 (2013) Reply with quote
TanNoni
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Je ferai tout pour y être.

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« En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin. »
Chamfort (1740-1794)

Jean Madiran
PostPosted: Fri 2 Aug - 09:46:09 (2013) Reply with quote
Bonne Maman
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Jean Madiran

Jean Madiran n’est plus. Ou plutôt, il est ailleurs. Dieu a rappelé à lui son fidèle serviteur le mercredi 31 juillet, dans l’après-midi, en la fête de saint Ignace de Loyola, lui qui était oblat bénédictin et qui, jusqu’au dernier jour, aura prié et travaillé. Ora et labora… Dans la tristesse qui nous envahit, il est pourtant difficile de ne pas s’arrêter un instant sur ce clin d’œil du ciel : alors que les interrogations s’accumulent à propos des paroles et des actions futures du pape François, c’est en une fête jésuite que Madiran nous quitte. Et veille sur nous, sur le journal qu’il a fondé, sur notre fidélité à ce qu’il a transmis et que nous devons tenter de transmettre à notre tour.

Lui qui a aimé l’Eglise avec ce que l’on pourrait appeler une filiale bienveillance, une filiale vigilance, est bien devenu, en rejoignant l’éternité, un Veilleur à sa manière. Non point debout, ni non plus assis, ni traîné vers quelque garde à vue pour être resté fidèle à la vérité immuable de Dieu et celle sur l’homme, mais en entrant dans la Vie.

Les pensées se bousculent et les souvenirs affluent, mais vient d’abord la gratitude.

Gratitude pour cet homme debout, qui fut d’abord ennemi du mensonge – c’était pour lui, je crois pouvoir le dire, le péché haïssable entre tous – et ennemi de la médiocrité liturgique, de la trahison des clercs, des fossoyeurs de la France et des destructeurs de l’héritage catholique à transmettre aux enfants.

Gratitude pour les œuvres qu’il laisse : l’immense trésor d’Itinéraires, il le créa, à 36 ans, en 1956 et les plus belles plumes du mouvement national et des défenseurs de la liturgie traditionnelle y eurent leur place, de Louis Salleron à Dom Gérard, de Bernard Bouts à Michel de Saint-Pierre, de Jacques Perret à Gustave Corção. L’aventure devait durer quarante ans. Et c’était une école de pensée qui n’a pas fini de porter ses fruits.

Nous lui devons, à lui le défenseur tenace de positions que le monde (et Le Monde !) donnaient alors pour totalement dépassées, cette résistance française, typiquement et spécifiquement française, contre des innovations et des ouvertures au monde qui envahissaient en ces années-là l’Eglise comme un vent glacial. Elle a connu son aboutissement et son couronnement, cette résistance des laïques pour conserver le beau dépôt sacré de l’Ecriture et de la messe, avec le Motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007. Jean Madiran l’avait vécu comme tel, avec un bonheur immense. C’était un peu, c’était beaucoup grâce à lui : au poste qui était le sien, d’écrivain laïque, il a donné à beaucoup des raisons de se battre et d’y croire, d’oser suivre les prêtres et des prélats – de l’abbé Berto à Mgr Lefebvre – qui sauvegardèrent la messe qui, avant tout, honore Dieu.

Mais c’est toute la réforme intellectuelle et morale que servait Itinéraires, une réforme qui semblait tarder, un sursaut qui se faisait attendre. Aujourd’hui que fleurissent toutes sortes de communautés traditionnelles, aujourd’hui que les écoles se multiplient afin que les enfants apprennent encore et toujours à penser, aujourd’hui qu’une France jeune se lève étonnamment pour dire « non » aux pires aberrations qu’elle est pourtant sommée de croire par l’Education nationale, j’ose le dire : l’œuvre de Jean Madiran n’y est pas pour rien. Tout cela, c’est la même famille. Ceux qui se sont levés avec lui pour réclamer qu’« on nous rende l’Ecriture, le catéchisme et la messe » sont de la même eau que ceux qui aujourd’hui promettent de ne rien lâcher, jamais, jamais, jamais, alors que des menteurs prétendent construire la société sur les sables mouvants de la famille déconstruite et détruite.

Au tout début des années 1980, dans le cadre d’une université d’été du Centre Charlier dont il était l’un des trois parrains – et il faudra reparler de Madiran et des Charlier ! – Jean Madiran lança, avec Bernard Antony, le pari fou de refaire un quotidien. Le mouvement national n’en avait plus depuis L’Action française qui, déjà, ne paraissait plus tous les jours : trop coûteux, trop difficile. Présent commença à paraître en 1982 et nous sommes toujours là ; seul des cinq co-fondateurs, Jean Madiran est resté à la barre ; il resta directeur de la rédaction jusqu’en 2007 et, depuis lors, il était directeur émérite et collaborateur fréquent à travers des éditoriaux qui ont cessé de paraître il y a quelques mois seulement.

Un incident de santé l’obligea à interrompre cette course.

Nous avions bon espoir, pourtant, de le voir revenir, comme toujours, un peu moins souvent peut-être mais toujours vers 5 heures du matin, pour écrire sur un sujet d’éternité ou d’actualité, c’était selon, et il y a quinze jours à peine, je recevais un SMS annonçant un papier pour la rentrée, réagissant à un texte publié quelques jours plus tôt dans Présent.

Ce texte, nous ne le lirons jamais.

Et ce fut le dernier message que je reçus de Jean Madiran, l’expression de son vœu le plus cher : continuer d’écrire parce qu’il était fait pour cela comme la mère est faite pour cajoler son enfant ou le vigneron pour faire du bon vin.

Oui, il était de Libourne et aimait le bon vin et je lui demandai un jour – il y a bien dix ans – s’il ne rêvait pas de quitter un jour Paris pour couler une retraite heureuse en Provence ou dans quelque autre coin de France – écrasé de soleil et ruisselant de bonheur de vivre.

Il y avait de la nostalgie dans sa voix et dans sa réponse, la nostalgie de ce que l’on sait ne pas pouvoir obtenir et qu’on désire sans le vouloir dans les faits : il travaillerait jusqu’au bout, me dit-il en substance, il ne quitterait pas Paris, parce que c’était son devoir et que ses raisons d’écrire étaient toujours là.

L’aventure de Présent aura été avant tout la sienne, et il nous laisse un état d’esprit. Il avait ses certitudes et ses combats, et il préférait être fidèle à ce qu’il croyait juste et vrai plutôt que de jouer des compromissions et des ambiguïtés qui auraient parfois pu permettre de ne pas froisser tel public, de ne pas déplaire à tel autre. C’est le fait d’un homme d’honneur.

Non, il ne pensait pas que ses combats fussent terminés. Il prévoyait au contraire une époque plus rude, plus dure que la sienne pour ceux qui resteront fidèles et qui, au nom de la foi, diront non au démantèlement de la raison et de la société, non au refus de Dieu et de sa loi.

J’ai eu la chance de côtoyer ce géant, cette intelligence brillante qui ne dédaignait pas d’apprendre à la « petite classe » de Présent comment l’on devient journaliste, et qui respectait si scrupuleusement notre liberté. Changeait-il un mot dans un de nos articles pour y mettre une expression plus juste ou plus adroite ? Il nous demandait toujours : « Maintenez-vous votre signature ? »

J’ai eu la chance de l’entendre confier sa manière de comprendre l’inspiration, celle qui préside aux bons textes (et Dieu sait qu’il en publia beaucoup – plus de trente livres, d’innombrables articles dans Présent et dans Itinéraires), un mystère qui semblait le dépasser : les pensées, disait-il, lui venaient comme d’ailleurs et de plus haut, sans qu’il puisse s’en glorifier comme émanant de lui-même.

Nous gardons et chérirons de lui cette œuvre qui demeurera et qui est assurément indispensable pour comprendre le triste XXe siècle ; avec son Sac de Rome et son Hérésie spécifique, sa Vieillesse du Monde que fut le communisme et son « soi-disant anti-racisme » qui le continua.

Jean Madiran pouvait irriter avec ses argumentations pointues, ses mots choisis avec une précision d’orfèvre, ses déductions implacables et ses conclusions assassines pour telle tromperie ou telle imprécision. Ce microchirurgien du verbe relevait implacablement les erreurs de logique et les faiblesses de pensée comme les fautes de style, mais c’était le bien de sa patrie et de l’Eglise qui le mouvait.

Quel homme sérieux et savant, pourrait-on penser. Mais il n’y avait pas de lourdeur chez Jean Madiran. Il se méfiait de ceux qui ne plaisantent ni ne chantent, il avait cet esprit espiègle que l’on trouve dans les monastères – comme le Barroux – chez des moines de soixante ou quatre-vingts ans, et ses yeux bleus pétillaient toujours de malice… Il n’avait pas envie de mourir.

Il attendait le Ciel, sans doute. Ce Ciel qui inquiète les moins confiants, les moins croyants d’entre nous : « Imaginez tout ce que vous aimez sur cette terre, tout ce qu’il y a de plus chouette – eh bien ! au Ciel, c’est pareil, mais en infiniment mieux ! » Mais il aimait cette terre et cette France, au point de ne plus vouloir, depuis quelques années, la quitter pour être sûr de ne pas mourir loin d’elle. Et il aimait sa femme, Michèle, à qui nous pouvons seulement dire aujourd’hui notre immense peine et notre profonde affection, partagée par tous ceux qui doivent tant à Jean Madiran.

Que Dieu l’accueille en son paradis et que, là-haut, il ne nous oublie pas.

JEANNE SMITS



Extrait du n° 7908 de PRESENT du vendredi 2 août 2013
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Jean Madiran
PostPosted: Fri 2 Aug - 09:52:13 (2013) Reply with quote
Bonne Maman
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L’école Madiran

L’appel de Michèle Madiran hier après-midi. Ces trois mots : « Jean est mort. » C’est fini. Elle ne s’y attendait pas, aucun de nous ne s’y attendait. Après une mauvaise chute, il était entré à l’hôpital debout, lucide, droit comme un I, faisant l’admiration des médecins lorsqu’ils ont constaté qu’il avait 13 côtes fracturées ou fêlées. Il se battait depuis des semaines pour écrire, marcher, lire. Pour se relever. C’était un battant. Aucun de nous ne l’a jamais vu diminué. Il n’aurait pas aimé.

Jusqu’à la fin il a écrit, envoyant des SMS, cette drôle d’écriture qu’il appréciait particulièrement et à laquelle il s’était initié avec des trouvailles phonétiques et abrégées qui faisaient mon bonheur. La dernière chose que je garde de lui, c’est son dernier SMS.

Jusqu’à cette année 2013, il galopait, grimpait les escaliers, allait au cinéma, partageait volontiers, après le journal, un Chablis et des huîtres spéciale n°3 qu’il m’avait fait découvrir. Même ses génuflexions à la messe étaient sportives et énergiques. Ce matin au journal, son bureau est vide. Tout est en place. Sa croix, sa tasse à café « I am the boss » offert par quelques plaisantins de la rédaction, son pull qu’il laissait là pour les petits matins frisquets, le courrier à son nom. Et l’ouvrage de Jean-Paul II dont le titre résonne spécialement : « Entrez dans l’espérance ».

Le plus beau métier du monde

C’est dans un bureau semblable à celui-ci, mais à l’étage du dessus, que le boss m’a reçue il y a 27 ans. Le regard bleu comme un ciel grec, transperçant : « Puisque vous voulez devenir journaliste, je vous propose un stage. Quatre-vingt-dix jours, c’est une bonne distance pour savoir si vous nous convenez et si nous vous convenons. » Je ne suis plus jamais partie. Ce jour-là, Madiran m’a donné la chance de ma vie. Il m’a tout appris du plus beau métier du monde. Il a eu l’idée d’une école sur le tas, d’une école de journalisme, de journalisme quotidien qui ne s’apprend pas sur les bancs d’une école, justement. C’est en forgeant qu’on devient forgeron et en écrivant, encore et encore, en rewritant des tonnes de dépêches, en écoutant les « anciens », en allant sur le terrain, dans les meetings, dans les manifs, dans les conférences de presse, en interrogeant, en interviewant des récalcitrants ou des charmants, en tirant des sonnettes, en se faisant raccrocher au nez que l’on devient journaliste à Présent.

Jean Madiran nous a appris à être des réfractaires en utilisant l’incroyable espace de liberté unique qu’est notre quotidien. Des réfractaires aux idéologies et aux institutions qui viennent dénaturer la nation, la vie intellectuelle, la vie culturelle, la vie religieuse. Des réfractaires aux régimes politiques en place. Il a formé notre esprit critique et rebelle. Il nous a redonné la vertu d’insolence. Il était un témoin à charge contre son temps. Et comme il avait coutume de le dire, « les charges sont graves ».

« Quels anges immatériels croyez-vous être ? »

C’était un passionné de politique, il nous a inoculé le virus :

« Quels anges immatériels croyez-vous être si vous méprisez la politique ? » s’énervait-il en engueulant volontiers ceux qui lui répondaient que la politique et donc l’abonnement à Présent ne les intéressaient pas… « C’est la politique qui décide de la liberté et de la tyrannie, du sang versé, de la vie et de la mort du peuple et même, souvent, du sort des âmes. La grande affaire du siècle est politico-religieuse. Politique et religion marchent forcément ensemble. » Jean Madiran a collé au plus près de la grande affaire du siècle.

Pour tous ceux qui l’ont connu, il était tout le contraire d’un austère. Curieux de tout et des choses les plus inattendues, une chanson, un spectacle, une pièce de théâtre, une nouvelle attraction à Disneyland… Il était particulièrement attaché à ce qui faisait l’âme du journal : le souci que l’on prend les uns des autres, les conversations entre deux portes, les plaisanteries, les réunions de rédaction, les chansons, les déjeuners informels où l’on parle de tout et de rien, de poésie, de littérature ou d’amour, mais où les anciens donnent naturellement ce qu’ils savent et où les plus jeunes apprennent sans en avoir l’air. Et il voulait que l’on continue sans lui. Mais sans lui, ce n’est plus ça.

En pensant à lui, j’ai l’image de cette soirée provençale, cette nuit d’été près de Salon-de-Provence, à l’issue de notre tournée de dîners-rencontre qui lui avaient donné une nouvelle jeunesse. Un pull bleu sur les épaules, son esprit, son humour et son charme agissaient, comme toujours. Je me souviens du regard très ému que Michèle et lui ont échangé en entendant « l’Hymne à l’amour » d’Edith Piaf que l’un d’entre nous avait lancé sur son portable. « Si, un jour, la vie t’arrache à moi… ».

CAROLINE PARMENTIER



Extrait du n° 7908 de PRESENT du vendredi 2 août 2013
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Jean Madiran
PostPosted: Fri 2 Aug - 11:42:01 (2013) Reply with quote
Bonne Maman
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Je l’ai aimé…

Jusqu’à ces derniers mois où son état de santé ne lui permettait plus de venir au journal, j’ai partagé un même bureau de Présent avec Jean Madiran. Des années de compagnonnage, comme il disait. Et même de joyeuse complicité, quand je lui demandais si mes cigarillos ne le gênaient pas et qu’il répondait avec ce sourire qui éclairait ses yeux bleus : « Au contraire, ça me rappelle ma jeunesse quand je fumais pour imiter Simon Templar, vous savez, Le Saint, le héros des romans de Leslie Charteris. Et puis, ces petits cigares noirs, ce sont ceux qui ont sauvé Angelo, le Hussard sur le toit, du choléra… »

Depuis de longues semaines, ce bureau où nous n’avons jamais échangé que des paroles amicales et, pourquoi ne pas le dire, affectueuses, m’a semblé vide. Terriblement vide. Et je sais que, même si la voix, le sourire, le rire de Jean Madiran n’y résonneront plus désormais, il y sera présent à chaque instant. Une présence tutélaire.

D’autres vous diront sans doute mieux que moi la vie et l’œuvre de ce gentilhomme de Guyenne. Ce que j’aimerais dire, moi, c’est sa formidable gaîté. « Un Maurras joyeux », a dit un jour quelqu’un qui ignorait sans doute que Maurras, par-delà son image compassée, n’était pas triste.

D’ailleurs, Jean Madiran n’avait-il pas parfois, aux yeux des ignorants, l’image d’un théoricien, voire d’un théologien, confiné dans sa seule thébaïde, lui qui allait au cinéma deux fois par semaine, qui suivait les séries télé (sa préférée : Chapeau melon et bottes de cuir), qui aimait le bien boire et le bien manger, qui était sensible à la beauté féminine…

Jean Madiran était ferme sur les principes, mais indulgent aux faiblesses humaines. Un vrai catholique. Pas un de ces « dévots » coincés qui ont peur des courants d’air, de la vie, de l’amour et qui, du même coup, font injure à la Création.

Il y avait du Jeune homme vert et du Déjeuner de soleil de Déon chez lui, du Giono de Manosque, du Gaspard des montagnes, un amour de Rome qu’il partageait avec Alexis Curvers. Et l’amour du Bon Dieu. Un amour de petit enfant, ce qu’il n’a jamais cessé d’être.

Il est parti en plein été, ce Latin qui chérissait la Grèce comme on chérit sa mère. Et quoi de plus normal… Il était de ce pays d’oc où l’on est troubadour quand les temps le permettent et guerrier quand le devoir le demande. Il était de cette Provence de Mistral, d’Aubanel et des Daudet (Alphonse et Léon), de cette Provence où l’on dit avec un sourire gourmand : « Lou soleou me faï canta » (« Le soleil me fait chanter »).

Oui, d’autres vous diront sans doute mieux que moi la vie et l’œuvre de ce maître à penser qui disait, en reprenant les mots du Maître de Martigues : « Si vous êtes catholique, soyez-le à fond ». Mais ce que j’aimerais dire, moi, c’est l’homme avec qui nous chantions Parlez-moi de lui de Nicole Croisille (« J’ai l’impression que cette chanson parle de moi… »), mais aussi Trenet, Piaf, Bécaud, Brassens… Ce que j’aimerais dire, moi, c’est qu’aujourd’hui je n’ai pas le cœur à chanter. Sinon ce couplet : « Puisque là-bas vous êtes ses amis/Asseyez-vous et parlez-moi de lui/Il voulait voyager du sud au nord/Et pour qu’il soit heureux, j’étais d’accord ».

Un jour, Jean Madiran m’a dit : « L’honneur de ma vie, c’est d’avoir connu Maurras ». Le bonheur – et sans doute l’honneur – de ma vie, c’est de pouvoir dire : « J’ai connu Madiran. Et je l’ai aimé. »

ALAIN SANDERS


Extrait du n° 7909 de PRESENT du samedi 3 août 2013
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Jean Madiran
PostPosted: Fri 2 Aug - 11:43:24 (2013) Reply with quote
Bonne Maman
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Il était la vie même

Jean Madiran est mort… En ce mercredi soir 31 juillet , Samuel m’apprend la terrible et stupéfiante nouvelle. Stupéfiante, parce que Jean Madiran était la vie même. Un grand vivant parmi les vivants, bouillonnant d’idées, de projets, de passions, d’indignations et de certitudes, brandissant toujours très haut et en tout lieu son idéal chevaleresque de chrétienté et de patriotisme. Malgré les années, il conservait une sorte de jeunesse immarcescible. Trente ans de vie professionnelle, commencée ce premier avril 1982 où j’avais rejoint, à la demande de François Brigneau, l’équipe de Présent et rencontré Jean Madiran pour la première fois, semblent tout à coup s’évanouir autour de moi.

Dans le livre que lui avait consacré Danièle Masson (1), Jean Madiran disait de lui et de son maître Charles Maurras : « Nous n’avons pas empêché notre temps de se dégrader encore et davantage ; mais nous n’aurons pas cessé de porter, devant Dieu et devant les hommes, témoignage contre lui. Pour l’honneur de l’homme et pour l’honneur de Dieu. » De cette vaine tentative de faire barrage aux hérésies du vingtième siècle, « ce siècle d’enfer », demeurera une œuvre magistrale dans laquelle, comme Charles Maurras et Charles Péguy, Jean Madiran aura dénoncé avec précision les catastrophes qu’il prévoyait et annonçait. Prévisions que ses contemporains auront préféré ignorer, laissant à leurs successeurs le soin de puiser dans ces trésors d’intelligence et de clairvoyance et peut-être de s’en servir pour leur plus grand profit.

L’urgence des combats à mener aura conduit Jean Madiran, pour être dans l’immédiateté de l’actualité et du débat, à fonder une revue, Itinéraires et un quotidien, Présent, dont il aura été l’éditorialiste lumineux, mais aussi l’animateur et le guide, donnant à ce journal, tant qu’il en eut la force, son souffle et son aura.

Tant de souvenirs en ce 5, rue d’Amboise ! Surtout des souvenirs de travail matutinal. Jean Madiran, arrivé avant tout le monde, déjà installé à son bureau, en train d’écrire. Ou sa silhouette sportive montant avec une légèreté de jeune homme les escaliers de Présent (l’ascenseur est récent). Et, bien sûr, l’éclat de sa voix sonore lors des conseils de rédaction au cours desquels il dépiautait l’actualité avec acuité mais aussi, souvent, avec humour, suscitant des éclats de rire. Des réunions qu’il conduisait avec l’autorité d’un maître enseignant des disciples, toujours soucieux de transmettre son expérience, de guider, d’enseigner, de convaincre…

Une seule sortie possible

D’autres parleront mieux que moi, et avec plus de titres pour le faire, du grand défenseur de la religion catholique, de ses dogmes, de sa morale et de ses institutions que fut Jean Madiran. De l’inlassable propagandiste de la foi chrétienne qu’il n’a jamais cessé d’être. Personnellement, je garde avant tout de lui l’empreinte d’un maître à écrire, toujours à la recherche du mot juste et de la plus grande clarté d’expression. Et aussi, bien sûr, d’un maître à penser la politique, que ce soit hier dans la lutte contre le communisme ou aujourd’hui contre la présence massive de l’islam sur notre sol « en train d’évoluer en implantation institutionnelle ». Un maître à décrypter les impostures et les mystifications du monde moderne, tirant sans relâche le signal d’alarme devant le déclin de notre civilisation, de plus en plus menacée de déraillement.

« Il faudrait que le clergé d’aujourd’hui apprenne enfin que la politique est le monde clos du mensonge. Elle l’est devenue aux mains de la démocratie moderne, instrument idéologique de la ténébreuse alliance entre le socialisme apatride et la fortune anonyme et vagabonde : ténébreuse alliance qui réduit les peuples chrétiens en servitude, la servitude de l’argent roi. » En m’efforçant de suivre les aléas de la politique française, je m’aperçois chaque jour combien cette analyse est juste. Combien les princes qui nous gouvernent nous ont enfermés dans ce « monde clos du mensonge », dédales aux multiples lacis dans lequel nous nous enfonçons et nous nous égarons. Un labyrinthe en train de devenir la sépulture de notre civilisation. Pour Jean Madiran, une sortie pourtant existait, qu’il n’aura cessé d’indiquer à ses contemporains : « Ni la France, ni rien, ne sera jamais sauvé sans Jésus-Christ. » C’est tout auréolé de cette conviction, qu’il aura défendue avec tant de fougue tout au long de son œuvre et à travers de si nombreuses chroniques, que Jean Madiran, ce 31 juillet 2013, quittant les vanités de toutes les choses humaines, est entré dans la vérité de l’éternité.

Pour caractériser l’auteur de L’Hérésie du XXe siècle (2), son génie et sa complexité, beaucoup de mots viennent à l’esprit. Ce matin, pour ma part, je n’en retiendrai toutefois qu’un seul : celui de fidélité. Fidélité à l’Eglise catholique, à sa patrie, à ceux qui ont fait la France, l’ont glorifiée, honorée ou protégée, fidélité à ses idées, à ses engagements, à l’enseignement qu’il avait reçu et souhaité si ardemment à son tour inculquer… Fidélité à la France, à son histoire et à ses traditions.

(1) Danièle Masson, Jean Madiran, 292 pages, Editions Difralivre.

(2) Jean Madiran, L’Hérésie du XXe siècle, 316 pages, Nouvelles éditions latines.

JEAN COCHET


Extrait du n° 7909 de PRESENT du samedi 3 août 2013
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Jean Madiran
PostPosted: Sat 3 Aug - 20:19:31 (2013) Reply with quote
TanNoni
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l'abbé Aulagnier wrote:

Il nous a quitté pour « la maison du Père », le 31 juillet 2013.

C’était un grand chrétien.

Il a tenu une place importante dans le combat de la foi tout au long du XXème siècle.
Il participa en première ligne à tous les combats.


Aux combats menés d’abord par la Cité Catholique avec Jean Ousset et M de Pentfentaniot, Michel Creuset dans la diffusion de la doctrine sociale de l’Eglise. Il était à tous les Congrès de Lausanne. Toutes les encycliques des papes, de Léon XIII, Pie X, Pie XI, Pie XII étaient diffusées et étudiées.  
C’était un homme savant.

Il anima brillamment avec une imposante équipe de collaborateurs, dès l’âge de 36 ans, je crois, pendant de très nombreuses années, la revue Itinéraires qu’il fonda. Cette collection, de parution mensuelle, de plus de 350 numéros aujourd’hui parus, constitue une véritable Somme qui éclaire les esprits tant sur les sujets philosophiques, politiques que théologiques.  

Je dévorais ses chroniques.

Parmi ses collaborateurs, je veux citer tout particulièrement le professeur Marcel de Corte qui enseignait à l’université de Liège, et M Louis Salleron, Melle Luce Quenette, les théologiens comme le RP Calmel, M l’abbé Dulac, le RP Dom Guillou, M l’abbé Berto. Je ne saurais oublier les fortes personnalités d’Henri et d’André Charlier, avec son Que faut-il dire aux hommes qui faisait la joie et la lumière de mes jeunes années. Que je n’oublie pas non plus Dom Gérard, son ami très intime. Et j’en passe et des meilleurs, comme le professeur Charles de Koninck et ses fameuses études sur le Bien commun...  


Alors que Jean Ousset se mit à « trembler » devant « l’œuvre conciliaire », Jean Madiran, lui, tint bon et sut s’y opposer. L’épiscopat français ne le lui pardonna pas. Avec la revue Nouvelles de Chrétienté que dirigeait Dom Guillou, Itinéraires fut condamnée et un blâme la frappa. Elle fut interdite de lecture, entre autres, au séminaire français. Nous n’avions plus le droit ni de la lire ni de la garder dans nos cellules. Comment allions nous pouvoir rester informés de « l’évolution » du monde ? Avec quelques séminaristes, nous allions la lire au grand parc de la Panphillie à Rome où les séminaristes français et anglais avaient libres accès. Je confesse que je dois à ces lectures l’amour de la foi et de la doctrine catholique. Sans Itinéraires que serais-je devenu ?  


Au cours de cette crise, Jean Madiran ne cessait de fréquenter le cardinal Ottaviani, cette colonne de la foi. Il le visitait encore en 1966 ou 1967. J’étais à cette époque à Rome et à l’issue de cette visite, Madiran nous a fait l’honneur de passer un moment avec nous, séminaristes français. Je me revois avec lui et son épouse (sa deuxième épouse, je crois) et quelques autres, assis sur l’herbe devant le Latran, l’église du pape, l’Eglise « Mater et Magistra ».  


Dès 1968, il se dressa contre l’épiscopat français et écrivit son fameux livre L’hérésie du XXe siècle. Cette hérésie est épiscopale, disait-il et elle consiste en un « éloignement », en un « oubli » de la part de l’épiscopat, d’abord de l’enseignement social de l’Eglise de Rome. Les esprits devenaient de plus en plus étrangers à la doctrine romaine et principalement en matière sociale. Léon XIII, Pie X, Pie XI, Pie XII et leurs encycliques sociales étaient ignorés au profit de Gaudium et Spes… Rome devenait ainsi de plus en plus isolée à l’intérieur de l’Eglise universelle. (L’hérésie du XXe siècle p. 15). « Mais la doctrine sociale de l’Eglise exprimée par ces papes du 19 et 20e siècle se fonde sur la loi naturelle et la loi naturelle fait partie de l’économie de salut ». C’est ce que rappelait Pie XII. Alors une dissidence concernant la loi naturelle inaugure mal de l’avenir…  


Jean Madiran fut le « docteur » de la loi naturelle, de la piété filiale et donc de la nation, de la famille, du mariage, de la nature créée. Il en fut le défenseur.  


Il resta toujours fidèle à ces idées. Dans un de ses derniers livres pour ne pas dire le dernier, Dialogues du Pavillon bleu publié en 2011 chez Via Romana, on peut lire cette analyse des temps modernes – ce sont les toutes dernières phrases du livre – : « ce que Solange pense, c’est que nous vivons quelque chose de beaucoup plus profond qu’une crise politique, intellectuelle ou morale; de plus profond qu’une crise de civilisation. Nous vivons ce que Péguy voyait naître et qu’il nommait une « décréation » . Dans l’évolution actuelle du monde, on aperçoit la domination à demi souterraine, d’une haine atroce et générale, une haine de la nation, une haine de la famille, une haine du mariage, une haine de l’homme racheté, une haine de la nature créée. La signature devient plus lisible que jamais. Il appartient aux autorités temporelles et aux autorités spirituelles de la dénoncer. Leur carence empêche les peuples de la voir ».  


C’est juste ! Et c’est cinglant. C’est ce qu’il n’a cessé de dire et d’écrire durant toute sa vie, d’Itinéraires à Présent. C’est ce qu’il aurait voulu dire aux évêques de France réunis en Conférence épiscopale. Il le dit expressément dans la première page de son Hérésie du XXe siècle : « l’auteur de ce livre a demandé à être personnellement entendu par l’Assemblée plénière de la Conférence épiscopale française. Première demande le 15 octobre 1966. Seconde demande le 12 juin 1967. Troisième demande le 12 janvier 1968. Ces demandes n’ont eu aucune suite ». « Ils » craignaient de le recevoir. Ils préféraient recevoir « M Delors », le socialiste.  


C’est alors que Jean Madiran se leva et écrivit ce fameux livre : L’hérésie du XXe siècle. Il justifiait son intervention en tant que laïc en citant Dom Guéranger : « Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau de se défendre tout d’abord…Régulièrement la doctrine descend des évêques au peuple fidèle et les sujets dans l’ordre de la foi n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels dont tout chrétien par le fait même de son titre de chrétien a la connaissance nécessaire et la garde obligé. Et Don Guéranger ajoutait : « Les vraies fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration de leur ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est point nécessaire et que l’on ne doit point leur donner »  


Ce programme de la défense de la foi sera toute sa vie et fera toutes ses œuvres.


Dès 1969, devant la réforme de la sainte Messe et face à la messe de Paul VI, il prit tout de suite la défense de la messe tridentine, sans hésitation parce qu’elle était une coutume immémoriale de l’Eglise. Il fut un ardent diffuseur du « Bref Examen Critique », le publia de nombreuses fois. C’est un recueil de critiques d’un groupe de théologiens et de pasteurs, de la nouvelle messe. Le cardinal Ottaviani accepta de le présenter au Pape Paul VI.  


C’est alors qu’il soutint tout naturellement l’œuvre de Mgr Lefebvre, son séminaire, parce que là se formaient des prêtres qui, leur vie durant, diraient la messe de saint Pie V.  


Devant la carence de l’épiscopat français dans la diffusion de la vérité, il prit la responsabilité de rééditer et de diffuser en France et de part le monde le catéchisme du Saint Concile de Trente. Il en recommanda l’étude. Que de familles françaises firent l’acquisition de ce catéchisme et l’étudièrent.  


Lorsque Mgr Lefebvre fut attaqué par le Vatican après sa déclaration du 21 novembre 1974, Madiran, prit sa défense, commenta ce texte, l’expliqua et le diffusa lui aussi tel quel, alors que beaucoup voulaient lui le faire modifier. « Avec ce texte, disait-on, il a signé sa propre condamnation ». Ce n’était pas faux ! Mais faut-il taire la vérité quand elle est en danger. Mgr Lefebvre ne le pensa pas. Madiran eut l’honneur de diffuser dans Itinéraires et de commenter des années durant et avec quelle science, tous les documents échangés entre le Vatican et Mgr Lefebvre. Sous ce rapport, Itinéraires reste une mine de documents et de commentaires très heureux qu’il faut lire pour bien comprendre le drame qui se préparait entre Rome et Mgr Lefebvre. Qui voudra préparer une thèse d’histoire sur cette période ne pourra pas ignorer les analyses de Jean Madiran.  


C’est en cette même période, un peu avant, c’est dire son acuité intellectuelle, qu’il diffusa sa Lettre à Paul VI, le 27 octobre 1972. Il l’intitula « Réclamation au Saint Père ». Ce fut aussi l’objet d’un livre qu’il publia un peu plus tard en 1974, aux Nouvelles Editions Latines.  


« Très Saint Père, Redonnez-nous l’Ecriture le catéchisme, et la messe. Nous en sommes de plus en plus privés par une bureaucratie collégiale, despotique et impie qui prétend à tort ou à raison, mais qui prétend sans être démentie, s’imposer au nom de Vatican II et de Paul VI.  


« Rendez nous la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le Missel romain de saint Pie V. Vous laissez dire que vous l’auriez interdite. Mais aucun pontife ne pourrait, sans abus de pouvoir, frapper d’interdiction le rite millénaire de l’Eglise catholique, canonisée par le Concile de Trente. L’obéissance à Dieu et à l’Eglise serait de résister à un tel abus de pouvoir, s’il s’était effectivement produit, et non pas de le subir en silence. Très Saint Père, que ce soit par vous ou sans vous que nous ayons été, chaque jour davantage sous votre pontificat, privés de la messe traditionnelle, il n’importe. L’important est que vous, qui pouvez nous la rendre, nous la rendiez. Nous vous la réclamons ».  


Et au milieu de toutes ces activités nombreuses, il ne cessa de publier un nombre important de livres aussi intéressants les uns que les autres, très formateurs.  


Pour moi, son œuvre majeur est son étude sur la démocratie : Les deux démocraties publiée aux Nouvelles Editions Latines ainsi que les Droits de l’homme sans Dieu. Ces deux livres nous donnent la raison de la « déconfiture occidentale » et nous expliquent le « désastre » de notre temps. Quand vous lisez : « les droits de l’homme eux-mêmes ne sont plus fondés sur rien quand ils ne sont plus fondés sur les droits de Dieu », vous comprenez le drame de la laïcité. C’est un de ses livres : La Laïcité dans l’Eglise… Ou encore quand vous lisez : « Si l’homme n’a "ni Dieu ni maître", il est parfaitement libre de ne plus respecter ni son prochain ni lui-même. Et il le fait bien voir », vous comprenez la sagesse de l’auteur et l’intérêt de le lire. Tous ses livres, il me les dédicaçait gentiment : « avec ma respectueuse affection ».  


Il prit, malheureusement, une certaine distance avec Mgr Lefebvre, lors du grand problème des sacres en 1988. Non point qu’il y fut formellement opposé, mais il n’y était pas favorable non plus. Il restait « neutre ». Il craignait la peine d’excommunication. Il pensait à celle qui frappa Charles Maurras. L’Action Française ne s’en releva pas… N’en serait-il pas de même pour la FSSPX. Mgr Lefebvre ne le comprit pas. Ils s’éloignèrent l’un de l’autre. Car il faut savoir que Jean Madiran visitait régulièrement Mgr Lefebvre à Suresnes… Jean Madiran lui en garda sinon « rancune » du moins une « forte animosité »… Il lui attribua la ruine d’Itinéraires par le nombre de désabonnement qui s’en suivirent. Toutefois les propos qu’il tint sur ce sujet dans le film récent « Mgr Lefebvre », sur les sacres faits par Mgr Lefebvre corrigent tout à fait sa pensée. Les sacres, reconnaît-il, sont la raison de la survie de la FSSPX. Sans ces sacres, l’œuvre de Mgr Lefebvre ne pouvait survivre. Ce fut ma position toujours et même le 30 mai 1988 au Pointet alors que Mgr Lefebvre réunissait tous les responsables des communiqués traditionnalistes.  


Ils ne se revirent plus. Mgr Lefebvre mourait en 1991…

Toutefois Jean Madiran, au milieu de son travail harassant au journal Présent qu’il avait fondé et où chaque jour, il assurait une chronique des plus passionnante, avait la gentillesse de me visiter. Il venait s’informer aussi de la vie de la Tradition du côté de la FSSPX. J’étais bien placé pour lui en parler. Il venait à la source. J’étais flatté et honoré de sa visite. Je me sentais peu digne de cette visite. Pour moi, Jean Madiran est un maître. Et un élève est toujours un peu impressionné quand son maître le visite. C’était le cas. Nos échanges étaient cordiaux et très amicaux et de ma part, très déférents. Quand je fus envoyé en exil au Canada, il eut l’amabilité de me téléphoner pour prendre de mes nouvelles… Il avait seulement oublié le décalage horaire. Au milieu de la nuit, je fus réveillé. Il me demanda : « j’espère que je ne vous dérange pas… – Nullement, cher Monsieur », ai-je été obligé de lui dire. Je n’ai jamais eu un coup de téléphone de mes supérieurs lors de ce séjour. M l’abbé Philippe Laguérie fut le seul à penser qu’il avait encore un ami au Canada… Lorsque je revins du Canada, Jean Madiran m’invita à table au « Freine Camillie », un très bon restaurant sur le haut de Suresnes. C’était là encore très aimable de sa part.  


J’ai lu avec passion les chroniques qu’il a publiées en 2010 : Chronique sous Benoît XVI. Il reprend là les articles qu’il donnait à Présent.  


Mais il n’a pas cessé d’adresser des articles à Présent. J’espère que sa charmante épouse fera publier ses écrits de 2010 à 2013. Car il était un écrivain acharné. Nous ne le lisions plus depuis seulement quelques mois. Il m’arrivait de penser à lui, de prier pour lui, de penser à sa santé. Il avait eu une attaque…Mais il s’en était remis…Il y a des liens profonds et mystérieux entre les personnes. Ma pensée était vers lui le jour qui précéda la nouvelle de son décès.  


Nous sommes tous mortels.
Requiescat in pace.

PA


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« En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin. »
Chamfort (1740-1794)

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C'est Penfentenyo...

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L’hommage de Jean-Marie Le Pen



C’est un Français éminent qui vient de nous quitter. Dans beaucoup de domaines, mais surtout dans ceux de l’esprit et du cœur, il était reconnu comme un maître.

Jusqu’au bout, il aura été un modèle d’espérance, de foi et de charité, mais aussi de cette humilité qui fait pardonner aux plus beaux talents.

Jean Madiran ne s’est jamais mis en retraite du patriotisme ni de la fidélité à son idéal. Sa volonté infrangible s’exprimait dans le titre de son journal, Présent, qui est la réponse des volontaires à l’appel du destin.

J’avais eu, il y a quelques mois, l’honneur et la chance d’être reçu à déjeuner par Jean Madiran et son épouse Michèle. Et j’avais bien l’intention, avec Jany, de les recevoir chez nous. L’Ankou, comme l’on dit en Bretagne, a été plus rapide que moi.

Tous les amis que Jean Madiran comptait au Front national se souviendront, avec fierté, qu’il fut décoré, à titre exceptionnel, il y a déjà de nombreuses années, de la Flamme d’Honneur du Front national.

Que madame Madiran trouve, dans son immense peine, l’appui de nos sentiments fraternels.


Extrait du n° 7908 de PRESENT du vendredi 2 août 2013
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Bruno Gollnisch wrote:
L’esprit français



Ce mercredi soir, rentrant de l’aéroport d’Orly, je trouve sur mon téléphone le message de mon vieil ami Jean-Claude Absil, relayé quelques instants plus tard par un appel de Caroline Parmentier : « Jean Madiran est mort. » Jean Madiran, que j’avais connu par Bernard Antony, dans les temps déjà anciens de la fondation de Présent, souvent revu et toujours suivi, par la lecture de ses articles, de ses éditoriaux, de ses billets…

La nouvelle m’a frappé d’étonnement presqu’autant que de tristesse. Il faisait tellement corps avec la défense de nos convictions que nous avions fini par le croire immortel. « Immortel », surnom dont on affuble les membres de l’Académie Française… Il y aurait bien eu sa place, en effet, si cette institution était restée ouverte aux plus brillants représentants de la tradition nationale, ce qui n’est plus le cas depuis un demi-siècle…

Mais qu’importe ! Ce qui continuera de vivre, ce sont les valeurs que Jean Madiran a défendues toute sa vie, avec une fidélité exemplaire et une héroïque obstination qui forcent l’admiration. C’est son œuvre, considérable, c’est son style, concis, précis, bel exemple de la rigueur et de l’élégance qui sont une part de l’esprit français. Aventure intellectuelle, avant tout, dont les expressions principales se trouvent sans doute dans les milliers de pages d’Itinéraires et de Présent. Mais, au-delà de la rédaction proprement dite, sait-on quelles difficultés surmontées, quel travail harassant, quels talents d’animateur, quels efforts d’organisation, quelles angoisses financières, quelles tracasseries administratives, quelles persécutions judiciaires, forment le lourd tribut dont se paye le maintien si nécessaire de telles tribunes, dans un contexte général d’hostilité ? Jean Madiran fut à la fois philosophe, écrivain, journaliste, conférencier, éditeur, directeur de presse : un publiciste dans le sens le plus complet du terme.

Les commentateurs d’aujourd’hui, dont la fonction consiste bien plus à mettre des étiquettes sur les gens afin de les classer ensuite dans les petites cases de leurs esprits étriqués et conformistes, plutôt que de débattre sans a priori de leurs idées, diront – au mieux ! – que Jean Madiran fut, à notre époque, l’une des personnalités les plus représentatives de l’école de philosophie politique contre-révolutionnaire. Des esprits chagrins ou mal informés en concluront hâtivement que sa pensée était essentiellement critique, voire négative. Conclusion absurde ; dirait-on qu’un médecin est « négatif » parce qu’il se consacre à combattre le cancer ou la tuberculose ? La Révolution que combattait le thomiste et maurrassien Madiran, ce n’était pas je ne sais quel changement brutal ou soudain de régime politique ; c’était la terrible prétention consistant à faire croire que l’Homme est lui-même le créateur des valeurs auxquelles il décide d’obéir, au lieu de reconnaître qu’elles existent en dehors de lui et qu’il n’en est pas le maître. Péché contre l’Esprit, d’où découlent toutes les erreurs contemporaines et qui, de la Terreur robespierriste au goulag, de l’esclavage socialiste à l’esclavage capitaliste, n’ont pas fini de faire des ravages. Jean Madiran en avait parfaitement compris et analysé les formes contemporaines, plus subtiles, mais tout autant perverses, lorsqu’il stigmatisait notamment ce qu’il appelait les « DHSD » : les Droits de l’Homme Sans Dieu.

Le scalpel acéré de ce chirurgien de la pensée n’avait pas son pareil pour disséquer l’erreur ; son ironie mordante pour la ridiculiser ; son insistance pour la mettre en lumière. Il était de ceux dont la plume vaut cent épées. Il fut un beau défenseur de la tradition catholique, de l’identité française et de la Vérité. Nous partageons la peine de son épouse et de sa famille. Et quand nous disons « famille », nous y incluons bien sûr toute l’équipe de Présent. Il a mené le bon combat. Il nous reste à recommander son âme à son Créateur, à nous inspirer de la pensée et du souvenir de ce grand seigneur et à poursuivre son juste effort.



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Communiqué de la FSSPX

Ce 31 juillet 2013, Monsieur Jean Madiran s’est éteint à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Il était l’une des plus grandes figures de la résistance pour la messe de toujours et pour le catéchisme traditionnel. Ses écrits dans Itinéraires ont armé intellectuellement de nombreuses générations, qui ont ainsi pris conscience de la crise qui secouait l’Eglise face aux désordres de l’aggiornamento.

En plus de lui exprimer sa reconnaissance, le District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X souhaite s’associer aux prières de ses proches pour le repos de son âme et invite ses prêtres et ses fidèles à faire l’offrande des leurs.

Tournons-nous particulièrement vers Notre-Dame, notre médiatrice dans le Ciel, pour que les portes soient ouvertes à ce vaillant combattant de la foi.



Extrait du n° 7909 de PRESENT du samedi 3 août 2013
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PostPosted: Sun 4 Aug - 07:46:26 (2013) Reply with quote
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Jean…

Intelligence pointue, philosophe et visionnaire. Il aurait pu mettre son savoir et son talent dans la seule rédaction de doctes et indispensables ouvrages devenus rapidement des livres références. Mais Jean Madiran était surtout, de mon point de vue, un combattant national et catholique. Et pour se donner les moyens de ce combat, il a créé un outil précieux et indispensable : Présent. Un quotidien… Pari insensé si réussi, si nécessaire. Un éditorial en quelques points acérés et cinglants, allant à l’essentiel.

La disparition de Jean Madiran constitue une perte majeure pour la droite nationale, patriotique et catholique.

Bernard, Jeanne, Olivier, Caroline, Alain et tant d’autres doivent se sentir bien orphelins de cet homme respecté qui rejoint d’autres étoiles de l’envergure d’un Maurras, d’un Thibon ou d’un Georges-Paul Wagner.

À Dieu, Jean.

Martial Bild



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l'abbé de Tanoüarn wrote:
Jean Madiran à la dentelle du rempart


Je me pose cette question, qui est celle de la piété filiale, depuis que nous avons appris son départ vers le Royaume de Dieu le 31 juillet dernier : qu'est-ce que je dois à Jean Madiran?

Et je me revois adolescent, 16 ans ou peut-être 17. Je n'avais pas encore mon baccalauréat. Je venais de rencontrer le MJCF, en la personne d'un certain Pascal (il se reconnaîtra peut-être) qui, au collège rueillois de Passy-Buzenval, se baladait, Sacré Coeur chouan à la boutonnière. Au MJCF évidemment, tout de suite j'avais été voir les livres... J'avais besoin de livres. J'avais besoin de comprendre l'éducation catholique que j'avais reçu. Et je suis tombé sur un petit livre, un pamphlet publié par la revue Itinéraires et signé Jean Madiran. Cela s'intitulait La religion du cardinal. François Marty, archevêque de Paris, y passait un sale quart d'heure... Et moi... je jubilais devant ces analyses implacables. Cette logique parfaite était profondément respectueuse de l'adversaire : elle se contentait souvent de le prendre au mot et de lui faire porter sa propre condamnation. Quoi de plus satisfaisant pour l'esprit ? Ce texte me paraissait résumer toute la force d'une intelligence entrée en résistance à une date indéterminée (je ne connaissais pas l'histoire intellectuelle de Jean Madiran en ce temps-là) et qui semblait capable de défier le monde entier avec les seules armes de la vérité bien assénée. Je me souviens encore de la joie que j'éprouvais à lire et à relire ce texte (que je n'ai d'ailleurs pas relu depuis). A Jean Madiran, je dois ma très jeune assurance de résistant intellectuel. Il m'a fait comprendre que l'on peut défier le monde entier du moment que l'on sait raisonner. Il m'a donné aussi le culte de la clarté, le désir de ne jamais compliquer un problème quand cela n'est pas nécessaire, le respect de la suprématie des idées lorsqu'elles ont été bien distinguées et correctement exposées - une sorte de cartésianisme pratique, si vous voulez, dont je comprendrai plus tard que Madiran (qui aurait sans douté récusé cette filiation) la devait malgré lui à un certain Charles Maurras.

Je prends un exemple - La discussion de Madiran avec le Père Yves Marie-Joseph Congar relève de cette profonde confiance en la raison (depuis Benoît XVI on peut dire : de cette foi dans le logos). Le Père Congar était un érudit qui avait à sa disposition mille arguments pour illustrer son propos. Jean Madiran, en face, simple cavalier français et non théologien à bonnet carré, partit d'un si bon pas frappant d'estoc et de taille, que le bon Père dut déclarer forfait dans le duel à la loyale sur le concile Vatican II qui lui fut proposé. Le savant fit long feu face au bretteur, non pas par je ne sais quel extrémisme du bretteur, mais à cause de sa manière de toujours préférer un argument à une convenance. Leur débat a été publié. C'est un témoignage important sur une époque incompréhensible.

J'ai essayé plusieurs fois de dire à Jean Madiran cette dette que je me sentais lui devoir. Je lui parlai de La religion du cardinal, texte auquel il ne sembla pas attacher grande importance. Il prenait ma protestation pour une sorte de politesse, avec une humilité, qui me paraît être l'un des charmes cachés (et trop peu aperçus) du personnage, qui par ailleurs bien sûr ne manquait pas d'orgueil... ou plutôt de fierté.

Outre ce cartésianisme pratique qui fit la grandeur du polémiste, Jean Madiran posséda éminemment une autre qualité : celle de stratège. Il savait exactement ce qui allait se passer (le pire) et ce qu'il pouvait faire. Il l'a su très vite, et très vite a compris qu'il ne pouvait pas grand chose de plus que d'être un témoin. Son obsession ? Montrer que "face au triomphe du Pire et des pires" dont parle Charles Maurras dans sa célèbre Lettre à Pierre Boutang, il reste une arche à bâtir, un combat à mener, un public qu'il faut convaincre d'avoir à le mener, qu'il faut réunir ("pas d'ennemis à droite"). Pour cela, autour de la revue Itinéraires, il a voulu réunir une Ecole de pensée. Et à cette Ecole, faite de tempéraments et d'itinéraires très divers, il a cherché à assigner des objectifs pratiques. C'est lui, avant Mgr Lefebvre, qui a convaincu quelques catholiques de mener le combat contre "la nouvelle messe". C'est lui qui a mis la plume dans la main de Louis Salleron, en publiant son livre sur La nouvelle messe dans la collection Itinéraires. Il a tout fait pour montrer que ce combat, qu'il percevait comme nécessaire à l'Eglise, était possible. Et il a convaincu quelques ecclésiastiques, alors souvent en rupture de ban et démobilisés voire désespérés, de rallier le panache blanc de la revue Itinéraires.

Ces qualités de "stratègos", de chef expliquent sa profonde - et paradoxale - modération, le fait qu'il n'ait jamais voulu suivre un homme jusqu'au bout (ni Mgr Lefebvre en religion ni Jean-Marie Le Pen en politique), qu'il ait toujours laissé leur chance aux institutions plutôt qu'aux hommes, sans confondre le moyen (parti, école, presse) et la fin c'est-à-dire le bien commun, dont on ne comprend l'étrange prégnance qu'à travers ce qu'il appelait "le principe de totalité". Le fait du stratège n'est pas seulement de savoir défendre sa crèmerie (cela, Madiran s'en souciait peu au fond, habitué qu'il était aux apocalypses historiques et aux bouleversements de crèmerie en tous genres) ; c'est plutôt justement de garder toujours un oeil sur le tout. Toujours ouvert, je veux dire l'oeil et aussi le bonhomme, même si cela ne paraissait pas forcément pour qui ne l'avait pas rencontré.

Madiran aimait trop la vie pour s'enfermer dans quoi que ce soit. Il saisissait telle certitude supérieure et s'y tenait, mais cela ne suffisait pas à faire de lui un dogmatique ou un flic de sacristie, car ces certitudes étaient très peu nombreuses. Son dernier livre publié s'intitule Dialogue du Pavillon bleu. C'est le livre d'un homme de 90 ans, sûr des évidences qu'il avait pu saisir au cours de sa longue vie, mais toujours en quête de nouvelles certitudes greffées sur le vieil arbre de ses convictions de jeunesse. C'est ce dialogue continu qui explique son affection pour la jeunesse, sa confiance en elle et aussi sa propre jeunesse d'esprit : étonnante. Son enthousiasme : intact. Sa fidélité : en acier trempé. Qui l'entendait (en conférence ou à la radio) avait l'impression d'un mental. Qui déjeunait avec lui découvrait immédiatement l'émotionnel, avec son immense appétit de vivre... Il était conscient de cette ambivalence de son personnage et il en jouait. Il m'a raconté comment, alors qu'il s'était beaucoup rapproché de Marcel Clément (physique imposant et austère) un cardinal qui les recevait ensemble à Rome, s'était trompé sur l'identité de ses deux interlocuteurs, les prenant sans cesse l'un pour l'autre dans la conversation : l'austère qui enseigne ? Ce ne pouvait être que l'intégriste (Madiran). Le vif argent au regard de feu ? Ca devait être le très ouvert Marcel Clément, spécialiste de l'apostolat des jeunes. "Et c'était exactement le contraire" me dit Madiran, en souriant quarante ans plus tard de ce quiproquo qui était une bonne farce faite au sérieux (ou aux drames) du destin. Comme on fait la nique à une vieille dame emperlousée, quand elle a tendance à se prendre pour quelqu'un.

Jean Madiran éprouvait une véritable passion pour Charles Maurras, qui lui écrivit de fort belles lettres et qui rédigea une superbe préface pour son premier livre (signé Jean-Louis Lagor) sur la politique de saint Thomas d'Aquin. Mais il s'est voulu lucide jusqu'à une sorte de cruauté dans son livre consacré au Maître de Martigues, où il refuse un peu vite d'ailleurs le Politique d'abord. Jean Madiran, qui fut le grand ami de Dom Gérard Calvet fondateur du monastère du Barroux, était essentiellement un spirituel, en cela plus proche de Péguy et de sa patrie charnelle que de Maurras et d'un projet purement politique. L'un de mes amis me disait à propos de Madiran : "J'ai encore déjeuné avec lui il y a quinze jours. Il était encore en excellente forme [hélas à 93 ans tout peut aller très vite], mais, tu te rends compte, il m'a encore parlé de la Révolution nationale". Ce journaliste politique, qui est l'un des meilleurs analyste du PAF, trouvait manifestement qu'il était sans doute temps pour Jean Madiran de remettre sa montre à l'heure. Mais que fut la Révolution nationale, pour ce jeune catholique à l'écriture toujours fougueuse qui signait tantôt Jean Madiran, tantôt Jean-Louis Lagor, tantôt Jean-Baptiste Castétis ? Si l'on passe sur le statut des juifs, évidemment inacceptable, et une ou deux autres choses tout aussi déplorables, imposées par la dureté des temps et la botte du vainqueur, c'était avant tout le projet péguyste visant à rendre son âme à "la République notre beau royaume de France". Madiran était amoureux de cette âme de la France, c'est elle toujours, ce sont ses chances de vie et de rayonnement dans les coeurs qu'il a voulu défendre, en première ligne jusqu'au bout : à la dentelle du rempart.

Dentelle? Sa rhétorique de précision était pour qui savait s'y laisser prendre, une véritable dentelle, arrachant quelques minutes de beauté ou de vérité à nos années de plomb.


http://ab2t.blogspot.fr/2013/08/jean-madiran-la-dentelle-du-rempart.html

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l'abbé Laguérie wrote:
J’avais beau savoir que cela finirait par arriver, je ne parviens pas à me faire à l’idée que « notre » grand Madiran a quitté l’Eglise militante pour la triomphante !

D’autant que je savais, par l’une ou l’autre de ses réflexions, qu’il redoutait fort cet universel héritage d’Adam. Non pas qu’il eût plus à craindre qu’un autre le jugement de Dieu, au contraire. Mais il était tellement attaché à cette vie, à ses joies, à ses combats, à l’avenir de nos patries charnelles qu’il trouvait bien court l’espace de temps que son âge avancé lui ménageait encore. Tout comme David en sorte : « Non mortui laudabunt te, Domine…Ce ne sont pas les morts qui peuvent vous louer, Seigneur ; mais c’est nous, qui vivons, qui Te bénissons ».

Car la vertu dominante de cet homme singulier était la piété, tous azimuts par définition, envers tous ceux, rois, philosophes, artistes, moines et saints qui ont bâti notre France et notre Europe chrétiennes. Je l’entends encore, au séminaire d’Ecône dans les années de ma formation (73-79) nous commenter la IIa IIae (deuxième partie de la Somme Théologique de Saint Thomas, sur les vertus) et s’étonnant avec malice que nous la connaissions si peu quand lui manifestement en déroulait sans note ni papier les ressorts les plus subtils. « Si vous n’y avez pas encore pris goût, il vous faut travailler davantage ! ».

Le respect qu’il avait pour les prêtres était simplement bouleversant, quoiqu’il sût empoigner avec vigueur et terrasser en ses polémiques les freluquets qui se croient intelligents de ce seul fait. Descendant de la gare Montparnasse pour aller déjeuner avec cet immense philosophe, il me prit ma valise sur le quai et la porta lui-même jusqu’au restaurant. J’avais environ 35 ans, c’est donc qu’il en avait 70. Et quand je voulus me ressaisir de mon bagage il le serra plus fort en me disant, avec son regard si puissant mais désarmant de bonté : « Monsieur l’abbé, vous êtes prêtre, n’est-ce pas, et c’est un honneur pour moi ». Inutile de préciser que le bouillant curé de Saint Nicolas n’en menait pas large…

Madiran c’est une pensée, c’est une plume, c’est un cœur à fleur de peau, c’est la Foi à l’état pur, peut être un saint…Je parle volontairement de lui au présent parce que je sais qu’il est et restera parmi nous. Son action intellectuelle et morale, sa lucidité, son goût, sa finesse marquent sans retour ceux qui veulent continuer de penser catholique. En discussion avec lui sur le délire des années 70, le concile cataclysmique et le marxisme presque universel des évêques français de l’époque, je cherche en lui une polémique plus directe pour dénoncer les loups. Mais il lève les bras au ciel et me glisse gentiment : « Passé ce stade, M. l’abbé, il ne reste que la Foi ».

C’est Madiran qui a maintenu intacte la notion, pourtant élémentaire, du droit naturel. Les évêques de l’époque contestaient ouvertement jusqu’à son existence, tel ce Cardinal Marty qui ironisait sur « ce fameux droit naturel ».

C’est Madiran qui a brandi et exigé face aux évêques les trois remparts de la Foi de toujours : « Rendez-nous l’Ecriture, le catéchisme et la messe ». Et non pas seulement la dernière, comme un regard purement médiatique aurait tendance à le réduire. En sa fulgurante lucidité, Madiran a saisi d’instinct que la raréfaction de la Tradition orale authentique exigeait le maintien de l’Ecriture Sainte (La deuxième source de la Révélation) dans sa teneur vigoureuse et que sa falsification bien avancée (Cf. la scandaleuse traduction de l’épître des Rameaux) fermait tout accès à la vraie Foi. Il a saisi également que la désertification des catéchismes catholiques, à l’époque où les évêques ne laissaient aux petits français que le choix entre la peste et le choléra, j’ai nommé « les parcours » et « Pierres vivantes », tous deux notoirement hérétiques (Exemple : l’Ascension du Seigneur n’était plus « qu’une image pour dire que » et n’était plus un fait historique lequel constitue cependant un des trois mystères de la messe et de notre salut) constituait l’enjeu le plus décisif de l’avenir du catholicisme français. A quoi bon maintenir les mystères de la messe pour des petits qui ne sauraient ni l’existence de Dieu ni la divinité de son Fils Jésus ?

Madiran, c’est la juste indignation et la sainte colère, toujours mesurées et respectueuses, face aux affirmations les plus ahurissantes de la hiérarchie catholique. Paul VI à l’ONU en 1965 déclarant avoir plus que quiconque le culte de l’homme. Ou le même pape consacrant son concile comme plus important que celui (Nicée) qui, en 325, définit solennellement la divinité du Christ Jésus. Ce même Madiran a toujours combattu la traduction du consubstantiel par ce « de même nature » fadasse et hérétique si l’on veut bien se donner la peine de comprendre qu’il y a deux natures dans le second (même ressemblantes) tandis qu’il n’y en a qu’une dans le premier…Ce qui est la seule manière d’exprimer rigoureusement, sans polythéisme ni subordinatianisme arien, que le Fils est Dieu tout comme son père quoique justement ils ne soient qu’un seul Dieu.

Madiran maniait plus qu’aucun autre la rigueur d’écriture et la précision du langage, philosophique ou théologique. Il savait éclairer avec facilité et faire comprendre avec simplicité les vérités les plus hautes. Et comme tout bon chrétien aime forcément cette clarté du verbe qui dit ce qui est, ni plus ni moins (Est est, Non non, qui aurait bien pu être sa devise) nous aimons toujours lire et relire, sans fatigue et pour la joie de l’esprit cet éclairage serein et réconfortant.

Dans les années terribles du Concile, quand la voix de Mgr Lefebvre ne s’était pas encore levée, quand les rugissements de l’abbé de Nantes, pour justes qu’ils fussent en grande partie, nous inquiétaient déjà par la mégalomanie irréversible du personnage (Comme nous avions raison de nous méfier !), quand la puissance oratoire de Jean Ousset ou de Gustave Thibon nous enflammait sans que leur discours puisse jamais élucider la moindre question théologique, nous étions presque des brebis sans pasteur. Mais, en toute nouvelle question, mon père avait coutume de dire : « On verra bien ce qu’en dit Madiran » ! Et Itinéraire arrivait enfin par la poste et avec elle la clarté et la paix.

Avec ce zeste de polémique sérieuse et constructive qui ne manquait pas de rythmer notre lecture, nous découvrions avec enchantement cette mélodie unique de la vérité catholique dans l’harmonie irrésistible de sa Tradition.

Madiran est et restera le modèle de la juste mesure intellectuelle. Dans sa quête pourtant immense de vérité il savait s’arrêter, comme saint Thomas, avant d’abîmer le mystère et par curiosité malsaine produire des conclusions hasardeuses. Dans la plus ardente polémique (et quel polémiste dans la plus grande tradition chrétienne des pères de l’Eglise, de saint François de Sales, de Louis Veuillot !) il conservait ce respect non seulement de la personne, qui passait cependant un bien mauvais quart d’heure, mais aussi des rouages de sa pensée qu’il ne trafiquait jamais.

Un dernier mot sur sa persévérance qui est la signature de Dieu sur sa prédestination. Né en 1920 Madiran est le penseur chrétien qui fait la jonction entre les grands écrivains catholiques du début du XXème siècle (Les Péguy, Maritain, Maurras etc.) et notre époque malheureuse d’effroyable disette intellectuelle. C’est le vide de la pensée qui fait les cataclysmes les plus dévastateurs comme, par exemple, le désert intellectuel du XVIIIème siècle où, faute du moindre penseur catholique, des libertins imbéciles s’autoproclament philosophes sans faire rigoler qui que ce soit et nous concoctent la Révolution qu’on sait.

Mais dire la vérité, presque seul, pendant près d’un siècle sans tomber dans l’excès d’aucune sorte, avec sérénité, profondeur et charité ne suppose pas seulement la très brillante intelligence que nous connaissons à Jean Madiran. Cela suppose, avec, une profonde humilité et une piété (au sens que j’ai dit) simplement exceptionnelles.

Il m’arrive de prier Dieu, dans ma naïveté, qu’Il nous envoie dare-dare une autre Jeanne d’Arc. Je sais que Dieu ne se répète jamais, ne repasse pas des plats aussi exceptionnels, qu’Il inventera autre chose et que pas plus qu’une autre Jeanne nous ne retrouverons un autre Madiran.

Nous avons passé sans périr les heures les plus sombres de l’histoire de l’Eglise grâce à sa sereine lucidité : Merci.

Notre grand Madiran repose. Au travail !



http://blog.institutdubonpasteur.org/spip.php?article253

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PostPosted: Sun 4 Aug - 07:58:12 (2013) Reply with quote
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Philippe Maxence wrote:
Fondateur de la revue Itinéraires et du quotidien Présent, écrivain et journaliste, Jean Madiran, oblat de saint Benoît, est retourné à la Maison du Père en ce mercredi 31 juillet 2013. Comme Louis Veuillot en son temps, il reste un exemple de combattant inlassable au service de l’Église et parfois contre le personnel de celle-ci qui en notre temps n’est pas toujours à la hauteur de Celui qu’il doit servir. Jean Madiran était un disciple de Charles Maurras, mais aussi, et peut-être surtout, d’André et d’Henri Charlier dont il a contribué plus que quiconque à faire connaître et répandre l’œuvre et ce souci péguiste de la réforme intellectuelle et morale. Le Père Bruckberger a écrit de lui qu’il continuait de porter en notre temps la voix exigeante de Charles Péguy et cet hommage était juste, venant d’un homme et d’un prêtre qui se disait pour sa part le disciple de Georges Bernanos.



À l’heure qu’il est, alors que la nouvelle vient de tomber, le moment est à la prière et à la reconnaissance. À toute une génération, dont je fais partie, Jean Madiran a appris et transmis les exigences de la vertu naturelle de piété, vertu si contraire à la modernité et dont on voit aujourd’hui, plus que jamais, qu’elle est nécessaire, alors que le spirituel et le temporel semblent s’enfoncer d’un même pas, ou d’un même mouvement, vers la reddition absolue au grand n’importe quoi.

Il est trop tôt pour dire tout ce que nous devons à Jean Madiran. Je n’étais pas un de ses proches et je n’ai pas partagé tous ses combats. Mais il a fait partie de ces hommes qui ont marqué ma jeunesse et ses écrits furent de ceux qui ont eu une influence décisive sur le jeune garçon que j’étais, quand le souci de la primauté du bien commun de l’Église et de la France m’ont suffisamment étreint pour qu’il décide d’une grande part de mon existence. Il a affermi en moi l’attachement à la messe catholique romaine, attachement non pas seulement sentimental, mais raisonné et doctrinal. Il m’a encouragé, par son exemple, à me greffer de manière décisive au grand rameau bénédictin. Il m’a appris à penser et à réfléchir en catholique, même dans les questions du combat temporel. Il était le dernier de la grande cohorte des écrivains et penseurs catholiques de l’après-guerre et sa voix va manquer alors que le ciel s’assombrit.

C’est sous le signe et dans la perspective de la piété que je garde le souvenir de ce défenseur de la foi et je le confie bien sûr à la douce miséricorde de Dieu car il a combattu le bon combat, qu’il nous faut continuer aujourd’hui, à notre manière et selon nos faibles moyens, pour l’honneur de l’Église et le salut de notre patrie.

D’autres diront mieux que moi l’hommage que Jean Madiran mérite aujourd’hui. Mais je voulais ce soir témoigner que bien au-delà du cercle de ses proches son influence aura été importante, comme j’ai pu lui dire un jour de vive voix. A Dieu, Jean Madiran.

Fidélium Deus, ómnium Cónditor et Redémptor : animábus famulórum, famularúmque tuárum remissiónem cunctórum tríbue peccatórum ; ut indulgéntiam quam semper optavérunt, piis supplicatiónibus consequántur



http://caelumetterra.hautetfort.com/archive/2013/07/31/sous-le-signe-de-la-…

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