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La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Sun 19 Jan - 02:28:43 (2020) Reply with quote
TVR
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Je vous ai souvent fait souffrir avec des posts divers et variés en matière historique.

Pour cette fois, nous serons deux : le sujet que je vais vous poster a été écrit à deux mains, en liant les connaissances et la plume de deux forumeurs qui ne se connaissaient pas et se sont croisés au hasard de l'internet.

De ce fait vous ne saurez pas ce qui est écrit par moi ou par cette plume adjointe à mes propos.


J'espère de tout cœur que le résultat va vous intéresser ou mieux, vous passionner !


Voici donc, élaboré à deux, un sujet historique consacré à la bataille de Charleroi qui, du 21 au 25 août 1914, crucifia l'infanterie française.


Mais reprenons par le début :

Charleroi : introduction au massacre


Il est parfois de bon ton de décrire l'éclatement de la première guerre mondiale comme une catastrophe imprévue, prenant tout le monde de cours, et déclenchée par l'addition de combinaisons diplomatiques évidemment stupides aboutissant à la stupeur générale au grand désastre.


C'est très impressionnant, c'est très romantique pour ne pas dire dramatique au sens du théâtre grec antique, et c'est très faux même si nous croiserons parfois des acteurs essentiels visiblement dépassés par l'événement.


Le « jeu » des alliances


Les alliances internationales que nous allons rapidement évoquer ont souvent été comparées à un baril de poudre hautement volatile. C'est oublier qu'entre 1815 et 1914 les diplomaties européennes ne cessèrent pas de chercher des points de stabilité entre des états tiraillés entre l'avènement du principe des nationalités d'une part, et lancés pour beaucoup dans un développement colonial à l'échelle de la planète d'autre part.


Dans les années 1910, cette recherche d'équilibre reste en perpétuel mouvement : n'imaginons pas les puissances de 1914 corsetées dans un réseau d'accords hautement contraignant. Il est d'usage de les adapter, voire de les dénoncer puis de les réécrire selon la situation, d'où une pléthore de conférences internationales entre 1877 et 1913.


Les alliances de 1913 sont donc de circonstances, et résultent pour l'essentiel de la gestion de deux points « chauds » : les balkans et la « guerre froide » à laquelle se livrent la république française et l'empire allemand depuis 1905 et la crise marocaine.


A cela vient s'ajouter la position particulière de l'empire britannique. Si en 1878 Disraëli avait déclaré à un Bismarck éberlué « vous avez tort de penser que l'Angleterre est une puissance européenne : nous sommes une puissance asiatique », il n'en reste pas moins que la politique britannique reste fidèle depuis le début du XIXème siècle à trois fondamentaux :


  • sa suprématie navale ne saurait être remise en question
  • la zone Belgique/Hollande doit à tout prix échapper aux ambitions continentales afin de préserver le trafic commercial (un pistolet braqué sur le cœur de Londres, disait Bismarck)
  • enfin l'équilibre européen passe par la neutralisation symétrique des appétits français ou allemands selon les circonstances : l'Angleterre a appris les dangers de l'émergence d'une seule grande puissance dans l'ouest européen avec Louis XIV puis Napoléon


La tension permanente entre Paris et Berlin fait donc d'un certain point de vue bien les affaires de Londres, avant que la course aux armements qui en résulte à partir des années 1885 amène rapidement les anglais à constater avec un réel malaise que les adversaires de 1870, en se mettant mutuellement la pression, rattrapent à toute vitesse la primauté de la Navy en construisant avec frénésie, qui des torpilleurs et des sous-marins (les français), qui des croiseurs de bataille (les allemands) pour n'évoquer que les axes principaux suivis par les deux marines.


Quand on parle de tension franco-allemande, on pense tout de suite à l'Alsace et une partie de la Lorraine, saisies par le jeune empire allemand lors du traité de Paris qui avait suivi la guerre de 70.


Pourtant, dans les années 1900, on sent bien que le gouvernement français, quoi qu'il en dise à son opinion publique, a peu ou prou fait le deuil des « provinces perdues ».


Last edited by TVR on Sun 19 Jan - 03:47:49 (2020); edited 9 times in total

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PostPosted: Sun 19 Jan - 02:28:43 (2020)
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La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Sun 19 Jan - 02:33:38 (2020) Reply with quote
TVR
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Il n'en reste pas moins que les deux puissances se toisent en chiens de faïence, avec des deux côtés des état-majors bien trop présents dans l'arène politique, et convaincus de l'inéluctabilité d'un prochain conflit : c'est le mélange des opinions publiques, d'une dangereuse romantisation de l'histoire proche (guerre de libération de 1813 contre année terrible 1870/71), et des pressions conjuguées de ce que l'on appelle pas encore les complexes militaro-industriels qui créent ainsi une tension permanente relayée à tous les niveaux, depuis les politiciens nationalistes braillards jusqu'aux instituteurs de village.


Le pacifisme est considéré avec condescendance voire mépris quand il n'est pas carrément soupçonné d'accointance avec l'ennemi soi-disant héréditaire, et le malheureux Jean Jaurès en sera la victime après avoir pourtant écrit naguère des articles enflammés célébrant « notre » canon de 75 …
Les pacifistes pour la plupart ne sont pas moins patriotes que les autres, mais on ne les écoute pas.


En fait à partir des années 1890, la véritable zone de frictions n'est pas la ligne bleue des Vosges, mais le vaste périmètre balkanique dans lequel la lente désintégration de l'empire ottoman met à jours de jeunes états qui découvrent avec délice et tour à tour le nationalisme et la mitrailleuse, et vont parfois de manière complètement irresponsable jouer de leurs soutiens internationaux.


Deux grandes puissances projettent en effet leur ombre sur ces petits royaumes très instables.


L'Autriche-Hongrie poursuit avec constance une politique de glacis sur son flanc sud, ce qui l'amène à s'emparer de la Bosnie-Herzégovine en 1893. Malgré une politique des nationalités très avancée, et à la limite d'un modèle de type fédéral, malgré aussi une armée dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est plus du tout au niveau des ses consoeurs françaises et allemandes, la monarchie habsbourgeoise oscille entre un paternalisme de moins en moins écouté et des crises d'autorité qui, telles les quintes de toux d'un vieil oncle valétudinaire, inquiètent tout le monde mais finissent par passer pour des caprices de vieillard qu'une bonne tisane apaisera. Mouais …


La Russie impériale, pour sa part, a longtemps gardé en travers de la gorge l'épisode de la guerre de Crimée au cours duquel Napoléon III a réussi avec maestria à mettre par terre les alliances de 1815. L'appui britannique de 1854 aux français s'inscrivait logiquement dans une montée incessante de russophobie liée à la crainte que le développement russe en Asie centrale vienne inéluctablement mettre en péril les Indes, perle de l'empire.

En revanche, les alliés prussiens et autrichiens de 1815 ont laissé tomber les russes comme des vieilles chaussettes, et Saint Petersbourg n'est pas prêt de l'oublier.

La Russie de 1913 est une grande puissance convalescente et elle-même frappée d'instabilité interne. Le désastre de la guerre russo-japonaise de 1905, la révolution avortée qui a suivi, le phénomène anarchiste qui a décimé par centaines les fonctionnaires impériaux et causé la mort d'un Tsar : les fastes du Jubilée des Romanov en 1913 ne leurrent que ceux qui ne veulent pas voir que l'immense empire commence à bouger sur ses bases.



Or, cet empire branlant a laissé se développer l'idée de Panslavisme, lancée au milieu du XIXème siècle par le philosophe Danilewski et hautement dangereuse puisqu'elle promet un soutien sans faille aux ambitions des « frères slaves » (serbes, bulgares, slovaques, monténégrins, etc …).


Les « nains » balkaniques n'hésitent pas alors à être franchement désagréables avec leurs voisins turcs et austro-hongrois, puisque derrière le grand frère russe serait prêt à mettre une baffe pour aider.


Les dissensions internes entre ces jeunes états vont les amener en 1912 et 1913 à un peu s'entretuer et, pour les observateurs pas trop aveugles, à démontrer deux choses : la mitrailleuse, ça fait mal, et le grand frère russe est complètement à la rue quand il s'agit d'aller au-delà de notes diplomatiques claironnantes et finalement … non suivies d'effets.



Au final deux blocs se sont constitués par à-coups successifs, regroupant des alliés de circonstance souvent remplis d'arrière-pensées malsaines.



En 1879, ce bon vieux Bismarck a conclu avec l'Autriche une alliance (nommée alors « duplice ») qui n'avait pourtant rien d'évidente : après tout, les prussiens avaient plumé l'aigle autrichien à Sadowa en 1866 et, en éjectant comme des malpropres les autrichiens de la scène germanique, amené Vienne à développer sa fatale politique vers les zones balkaniques pour se rattraper.

La duplice est devenue « Triplice » quand le jeune royaume d'Italie s'y est joint en 1883 par un traité remanié en 1887.



En France, on l'a mauvaise, c'est le moins que l'on puisse dire, mais le quai d'Orsay va réussir un coup de maître. La conclusion d'une alliance (évidemment défensive) franco-russe en 1892 est un coup de tonnerre pour Berlin et une nouvelle bien amère pour Vienne.

A ces deux associés peu communs – la république française s'allie avec enthousiasme au modèle de l'autocratie rétrograde – va venir se joindre l'Angleterre, d'abord par une « entente cordiale » avec la France en 1904 (oublions Fachoda svp) puis en 1907 par l'intégration de la Russie (les Indes, c'est beau mais c'est loin, alors que la marine allemande est vraiment très proche) : à la « triple entente » vient répondre la « triple alliance ».



Autour de ces deux énormes blocs viennent satelliser les camarades balkaniques, alors que le royaume de Belgique, que personne n'avait penser à vraiment associer au débat, commence à se sentir un peu seul dans l'univers, et franchement pas très bien placé sur la carte.



La Belgique, tiraillée par la géographie et les alliances matrimoniales de la famille royale, décide alors de faire la gueule à tout le monde : na !

Elle s'était déclarée neutre en cas de conflit dès 1839, même si ces derniers temps ses usines sidérurgiques passent un contrat avec les français pour construire un canon belge qui ressemble vraiment beaucoup au 75.

Evidemment personne n'y croît sauf les malheureux intéressés, mais la neutralité belge va avoir des conséquences irréparables : les français, un peu tenus par les anglais qui s'étaient portés garants de la déclaration de neutralité de 1839, décident de la respecter autant que possible alors qu'en Allemagne on se dit que le plus simple serait de passer purement et simplement sur la petite armée belge en cas de guerre générale : nous verrons plus loin les détails de ce plan politiquement délictueux et militairement brillant.







Last edited by TVR on Wed 22 Jan - 01:10:37 (2020); edited 2 times in total

La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Sun 19 Jan - 02:35:57 (2020) Reply with quote
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Sarajevo : quel est le con qui a fait sauter le pont ?


Le 28 juin 1914, l'Archiduc François-Ferdinand, héritier de la monarchie austro-hongroise, et son épouse morganatique la Duchesse de Hohenberg sont abattus dans leur voiture au cours d'un attentat dont le porte-flingue immédiatement arrêté est un étudiant bosniaque (Gavrilo Prinzip) mais dont on comprend rapidement ici et là que l'idée géniale est sortie d'une officine assez fumeuse : la Main Noire.


Cette « main noire » est le résultat de la prise de pouvoir en Serbie du roi Pierre Ier, mais surtout de la personnalité inquiétante du colonel Dimitrijevic dit « Apis », en charge du renseignement militaire serbe et qui a réuni autour de lui avec un étrange charisme toute une génération de jeunes officiers et d'intellectuels faciles à survolter.


Apis est littéralement un boute-feu, de surcroît incontrôlable. Il sera d'ailleurs fusillé sur ordre de son roi en 1917, mais ce sera bien trop tard.


L'attentat du 28 juin ne fait pas dans un premier temps réagir grand monde. C'est une information, ce n'est pas la nouvelle du siècle, et elle fait couler moins d'encre dans les journaux que le naufrage du Titanic deux ans plus tôt.


Les chancelleries sont de surcroît prudentes dans cette affaire, qui porte un coup sournois à la monarchie des Habsbourg mais ne semble pas de nature à déclencher autre chose qu'un procès, les notes habituelles, et au final un arbitrage classique.



Quoique …


Deux personnages vont se mettre à balancer de l'huile sur un feu qui n'existait presque pas.



A Vienne le général von Hotzendorf, chef d'état-major, est franchement belliciste, ce qui d'ailleurs lui a compliqué sa carrière car l'empereur François-Joseph appréciait assez peu ses propositions incendiaires.

François-Ferdinand d'ailleurs l'appréciait tout aussi peu, et sa mort dégage la route au commandant en chef : sans le savoir (à moins que les commanditaires aient été assez vicieux pour le savoir, précisément) l'équipe dont Prinzip faisait partie a tué un prince pacifique et acquis aux bienfaits de la négociation.



A Saint Petersbourg, l'ambassadeur de France, Son Excellence Maurice Paléologue, se précipite sans que personne à Paris lui ait rien demandé, et assure pêle-mêle l'état-major russe et l'entourage du Tsar que la France est là et qu'elle soutiendra sans faiblir la Russie si elle décide de venir au secours de ses petits frères serbes que personne ne menace encore.



A Berlin, le chancelier Bethmann-Hollweg assure Vienne de tout son soutien dans l'épreuve, et ce qui n'est jamais finalement que la réaction normale d'un allié beaucoup plus puissant (et qui a beaucoup plus à perdre) fait croire à l'état-major austro-hongrois qu'il peut mettre la gomme et profiter de l'événement pour assurer définitivement la position de la double monarchie chez les slaves du sud en mettant une bonne grosse claque à la petite armée serbe.



Saint Petersbourg : le chef d'état-major russe assure d'un air martial l'ambassadeur de France que l'armée impériale est gonflée à bloc et prête à agir : Paléologue en informe Paris et la légende du « rouleau compresseur russe » commence à brouiller le jugement du gouvernement français.



Les anglais ne comprennent rien à ce qui se passe et s'en foutent totalement : encore une connerie balkanique de plus, laissons ces gens s'arranger entre eux et tout ira bien pour tout le monde …



De fin juin à fin juillet, la crise localisée en Bosnie-Herzégovine et dont tout le monde pensait qu'elle se terminerait soit par une humiliation de la Serbie (ce qu'elle proposera d'ailleurs à des interlocuteurs autrichiens devenus carrément autistes) soit par une petite campagne militaire locale sans conséquence, prend des proportions de plus en plus graves.


A Berlin, l'empereur Guillaume II qui n'a rien vu venir lance (comme d'habitude) des déclarations enflammées que (comme d'habitude) il n'a pas un instant l'intention de mettre à exécution : il pense qu'en montrant les dents il va faire peur à tout le monde.



A Saint Petersbourg, Nicolas II comprend mal ce qui se passe, mais se laisse persuader par le Grand-Duc Nicolas, son oncle commandant en chef de l'armée, qu'une occasion se présente de régler une bonne fois quelques comptes pendant avec la double monarchie.

En France, rien dans un premier temps: l'état-major suit avec attention les événements par prudence, mais tout le monde pense dans l'entourage du général Joffre que ce sera un coup pour rien (encore un, soupirent certains).



Ce sont finalement les maillons faibles qui vont déclencher le désastre et entraîner avec eux les plus importantes puissances des deux alliances.




Quand le 28 juillet l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à une Serbie qui n'en peut mais, la Russie réagit pour une fois (manque de bol) et à son tour déclare la guerre aux autrichiens : le rôle de boute-feu de l'ambassadeur de France ne saurait être minoré dans cette décision gravissime, il s'en vantera d'ailleurs plus tard dans ses mémoires.



C'est alors que s'enchaîne le fatal mécanisme des alliances, puisque l'empire allemand déclare alors la guerre à la Russie, puis pour que l'affaire devienne grandiose à la France, etc … Du 28 juillet au 3 novembre 1914 (date décalée de la déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre à l'empire ottoman), tout le monde se retrouve en guerre avec tout le monde.


A Berlin, le chef d'état-major, général Von Moltke, se précipite chez le chancelier Bethmann-Hollweg : c'est deux ans trop tôt par rapport au programme militaire en cours ! Le chancelier lui dit alors (c'est terrible) : « je ne sais pas, je ne comprends pas ce qui s'est passé ... »



Les belges, qui neutralité oblige ne sont en guerre avec personne et qui aimeraient bien qu'on les oublie, vont mobiliser rapidement à leur tour parce qu'être belge ne signifie pas être con : avec deux armées monstrueuses en cours de regroupement aux abords de la frontière du royaume, ce sera un coup de pot phénoménal si on passe au travers sans casse. Hélas, ils seront les premiers à payer pour les autres, alors qu'ils n'y étaient pour rien.



Pour le sujet qui retient plus particulièrement notre attention, le lien s'est rompu le 3 août par la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, suivie le lendemain de celle de l'Angleterre à l'Allemagne à la sidération de Guillaume II qui s'était convaincu que son cousin Georges V ferait passer les réunions de famille avant les grands enjeux internationaux.



Le pas est franchi, il faut mobiliser.

La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Sun 19 Jan - 09:29:29 (2020) Reply with quote
possum
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Localisation: Dans le Sud, bien sûr !




Chouette de "remettre ça" ! Merci !



Le style est alerte. On comprend presque tout.



Du coup, je vais plonger dans ma bibliothèque, rechercher "La comédie de Charleroi".

_________________
La rue appartient à celui qui y descend...

La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Sun 19 Jan - 10:22:06 (2020) Reply with quote
caporal_épinglé
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*
_ Très bien cela, connaissant très mal les débuts de cette Grande guerre, je vais suivre cela de près.

   3 août 2014, j'étais présent à Charleroi pour commémorer le départ du Deuxième Régiment de Chasseurs à pied belges qui rejoignait Liège.
  

_________________
En avant toujours, repos ailleurs !



_ Quand j'entends le mot culture, je charge mon revolver !
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La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Tue 21 Jan - 23:40:07 (2020) Reply with quote
Bonne Maman
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Les loges avaient décidé la fin des empires centraux. Ceux qui ont téléguidé Princip devaient porter un tablier en peau de cochon !

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"Si je meurs demain, je me regretterai, parce que je m'entends assez bien avec moi-même"

La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Wed 22 Jan - 00:46:58 (2020) Reply with quote
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Les mobilisations


C'est un effort humain et matériel gigantesque qui va alors se déployer. Oubliant le bazar balkanique ou l'armée austro-hongroise va honteusement se planter, nous allons nous intéresser plus particulièrement aux quatre armées qui vont avoir leur mot à dire en août 1914 à l'ouest : les armées française, allemande, britannique et belge.


L'armée française a considérablement évolué depuis le désastre de 1870, et plusieurs générations d'officiers n'ont pas cessé de réfléchir aux raisons de la catastrophe et aux moyens d'y parer la prochaine fois.


La question des effectifs a été tout de suite considérée comme primordiale : l'armée de Napoléon III était entrée en campagne avec 330 000 hommes face à une (des) armées allemandes regroupant 1 200 000 hommes en mobilisant toutes ses réserves d'un coup.


De surcroît la gestion absconse des mobilisables avait été tellement criante que dès 1867 le maréchal Leboeuf avait demandé, proposé, supplié (rayez la mention inutile) que la France mette en place un service militaire digne de ce nom.


Depuis les grandes lois militaires de 1875 la France a décidé de se doter d'une armée aussi géante que celle de l'ennemi, et s'en est donnée les moyens. Le service militaire de trois ans, (puis deux puis à nouveau trois au hasard des engueulades parlementaires, mais enfin on est revenu au service de trois ans en 1913) déjà envisagé à la fin du second empire, a été mis en vigueur et permet, classe d'âge après classe d'âge, de former plusieurs générations d'hommes mobilisables.

Pour encadrer cette masse humaine, l'armée de métier doit évoluer rapidement aussi, et concentrer une partie notable de son effort sur la formation des futurs réservistes: elle se scinde alors en deux, entre les unités coloniales, professionnelles, et les unités dites « d'active », la véritable armature de l'armée qui sert d'école aux appelés et constitue les cadres d'une future armée opérationnelle.


Le résultat de cet effort monumental donne toute son efficacité dès le 4 août 1914.


Dans les campagnes on commence à rentrer les foins quand dans le lointain se met à sonner le tocsin : toutes les églises de France rameutent la population. Dans le centre des villages, des bourgs, des petites villes, la proclamation de l'état-major est lue : c'est la mobilisation générale.


Dans les grandes villes les affichages effectués au matin du 4, les journaux du matin et les déclarations en mairie à la population effectuent le même appel aux armes.



Voilà, nous y sommes …




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La bataille de Charleroi : août 1914
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Mais en fait comme les allemands, les français n'ont pas attendu la déclaration de guerre pour lancer les premières concentrations de grandes unités : dès le 24 juillet ça bouge, et de plus en plus vite, en Lorraine et au sud de Sedan : des formations d'active, en situation de pré-guerre, commencent à marquer les futures positions des cinq grandes armées en cours de constitution.


Un premier échelon humain de plus de 350 000 hommes se déploie ainsi, en attendant l'arrivée des rappelés.


Joffre était polytechnicien dans sa jeunesse ; cet ingénieur de cœur s'est depuis longtemps particulièrement intéressé à la question vitale des transports ferroviaires : déplacer près de trois millions d'hommes en moins de deux semaines demande en effet un effort magistral, et il a mis sur les dents depuis plusieurs années une bonne partie de son état-major pour gérer ce qui va être essentiel, vital : transporter depuis les points de regroupement des régiments de réserve les hommes, les 600 000 chevaux (quand même!) et tout le matériel vers les lignes de départ prévues par le plan XVII.



Les compagnies de chemin de fer sont ainsi les premiers éléments civils mis à contribution ; placés sous le contrôle de l'armée dès la déclaration de guerre, ce sont des centaines de trains qui sont alors stoppés, re concentrés, et organisés selon un plan qui s'avérera magistral et se déroulera comme une mécanique parfaitement huilée malgré quelques accrocs inévitables. C'est un bordel géant pour les passagers civils à partir du 8/9 août, qui essayent désespérément de prendre des trains tous ou presque mobilisés, et l'écrivain Colette, voulant revenir de Saint Malo vers Paris, sera assez peu patriote quand elle dira ce qu'elle en pense à un officier régulateur en gare de Rennes. Baste, ça roule, c'est fluide, et des centaines de milliers d'hommes sont dirigés vers les gares régulatrices pour ensuite être réunis au sein des corps d'armée.


La réussite de la mobilisation française est une première victoire qui n'avait rien d'évident si on pense que le déplacement d'une brigade nécessite 8 trains remplis comme des TER un jour de grève ; ce sont au total 450 trains complets qui sont ainsi regroupés, remplis et relancés selon des plans hyper minutés, et se succèdent à grande cadence depuis les régions de l'intérieur vers l'est et le nord de Paris.


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La bataille de Charleroi : août 1914
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A plus d'un titre, la mobilisation allemande (disons plutôt « les mobilisations » car ce que nous appelons l'armée allemande est constituée en 1914 de trois composantes majeures : l'armée impériale proprement dite, et les armées royales bavaroise et saxonne) est très comparable à l'effort français.


C'est d'ailleurs l'attention soutenue du haut état-major impérial en matière de transports ferroviaires depuis plusieurs années qui sert de sonnette d'alarme au 2ème bureau de l'armée française, son service de renseignement.


Les constructions accélérées de lignes de chemin de fer vers Thionville, mais aussi (mais surtout) vers la frontière belge ne sont pas passées inaperçues et ont fortement joué sur les modifications du plan français que nous allons décrire plus loin.


Les allemands avaient au départ un coup d'avance sur les français : en 1870, Helmut Von Moltke (l'ancien) avait déjà organisé une noria ferroviaire afin d'amener au plus près du front l'ensemble de ses corps d'armée, s'inspirant d'ailleurs des français eux-même, car on oublie que le premier grand transport d'unités par chemin de fer fut effectué par l'armée de Napoléon III en 1859 : en dix jours, à la stupéfaction des autrichiens, trois corps d'armée et la Garde avaient déboulé de Paris pour venir se mettre en ligne au pied des Alpes.


Autre point essentiel : Moltke avait alors déployé près de 1 200 000 hommes face aux 330 000 français, en mettant en ligne tout le monde et tout de suite, unités professionnelles et troupes de réserve.

On ne change pas une équipe qui gagne, et les plans Moltke puis Schlieffen sont toujours partis de ce préalable : on mobilisera tout de suite le plus de monde possible afin d'écraser rapidement l'adversaire, non seulement par un matériel de qualité, mais aussi sinon surtout par une véritable marée humaine.


Hélas, là encore la grande ombre de Napoléon était présente, mais au milieu du XIXème siècle seuls les prussiens semblaient avoir tiré les leçons de la règle numéro un de la tactique napoléonienne : attaquer en sur nombre là ou la décision doit être obtenue.


Les dimensions humaines et géographiques de l'exercice sont démultipliées, mais l'idée de base ne change pas.


Suivant au plus près les directives de Schlieffen en y apportant quelques aménagements, le général Von Moltke (le jeune, neveu de l'autre, grand patron à son tour de l'armée impériale en 1914) met à son tour en marche une mobilisation géante : près de 1 000 trains envoient vers l'ouest les divisions qui vont, qui doivent, écraser la France en deux mois selon un timing serré, puisqu'on sait que les russes vont être de la partie.

Cependant, l'état-major allemand est persuadé que les russes mettront au bas mot deux mois pour être prêts : ça laisse le temps de faire leur affaire aux français, et si besoin de se retourner alors vers l'est.


Pour cette raison, seule la petite VIIIème armée est postée à l'est de Berlin, ce qui va occasionner au Kaiser une belle peur, alors que toutes les autres sont regroupées face à la France … et à la Belgique sur laquelle on va passer sans souci a priori.


Plus encore que les français, et avant eux, les allemands commencent dès le 23 juillet à regrouper leurs premières divisions vers les points de concentration. Bon, d'accord, la mobilisation n'est pas la guerre (air connu), sauf qu'avec 350 000 français d'un côté et plus de 540 000 allemands de l'autre, ça commence à sentir la fumée …


L'effort de mobilisation allemand, tout aussi huilé que le français, amène en renfort de ce premier échelon environ 950 000 hommes en dix jours.



La bataille de Charleroi : août 1914
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Les belges, quoique neutres, ne sont pas aveugles, nous l'avons déjà souligné. Ils avaient d'ailleurs transformé la position de Liège en un point fortifié extrêmement puissant, des fois que …


Voyant les grandes puissances commencer, avant même leurs mobilisations, des mouvements ressemblant d'assez loin à des balades touristiques, le roi Albert Ier décide de mettre en alerte le 26 juillet ses unités de métier, et lance à son tour l'ordre de mobilisation le 4 août. Cinq divisions, un peu de cavalerie, des unités cyclistes : 100 000 belges sont mis sous les armes, ce qui semble dérisoire en comparaison des masses en cours de regroupement. Pour mémoire, au même moment, la Suisse, elle aussi neutre (oui je sais, tout le monde est au courant!) mobilisent pour leur part 250 000 hommes répartis assez équitablement entre les frontières françaises et bavaroises.


100 000 hommes : grotesque !


Mouais, sauf que l'effort anglais, dans un premier temps, est du même ordre.


L'essentiel de l'armée de terre de l'empire britannique est déployée dans les colonies, et surtout aux Indes ou est postée une force considérable de plus de 380 000 hommes (même si à l'échelle du sous-continent c'est finalement assez léger ; d'ailleurs 90% de ces forces sont concentrées à la frontière nord-ouest, vers l'Afghanistan).


En Angleterre, les unités, professionnelles, sont formées des 1er bataillons des régiments dont les second bataillons sont dit « extérieurs », c'est-à-dire dans les colonies et les dominions.


Détail essentiel en effet : l'armée anglaise ne connaît pas, n'a jamais connu cette stupide invention jacobine de la conscription et se compose exclusivement d'engagements volontaires.

Mais les temps changent … et Lord Kitchener, commandant en chef, ne va pas tarder à indiquer au ministère qu'il serait temps d'arrêter de rêver.


Pour le moment en tous cas, la mobilisation anglaise est « à l'ancienne » : les régiments sont mis en alerte, et on lance un appel au volontariat, qui remplit bientôt les bureaux de recrutement.


Même en Irlande de plus en plus tiraillée par une idée d'indépendance, les volontaires se pressent par milliers, et on manque de navires pour tous les transporter : il faudra organiser des transferts échelonnés vers la grande île.


Cette question des volontaires, d'ailleurs, n'est pas l'apanage du Royaume-Uni : en Allemagne et en France, les volontaires se pressent et demandent eux aussi à partir.


Leur nombre est tel qu'il prend de cours les mécaniques bien huilées des deux armées. En Allemagne, les volontaires sont dans un premier temps regroupés au sein de divisions dites « de réserve d'assaut », terme sympa pour ne pas les décevoir : effectivement, en octobre/novembre, ils ne seront pas déçus mais nous n 'en sommes pas là.


En France, la légion est mise à contribution, entre autres par l'arrivée dans les bureaux de recrutement de près de 3 000 alsaciens et lorrains, qu'on engage dans la légion pour leur donner la nationalité française, avant dans la foulée de les répartir dans les régiments d'active.


Certains volontaires sont renvoyés chez eux, mais virés par la porte reviennent par la fenêtre et viennent compléter les unités auxiliaires, dont les unités d'ambulanciers, dont personne ne pense alors à quel point elles seront rapidement si nécessaires …

Mi-août, l'état des forces françaises et allemandes en présence est alors le suivant :


  • en France, du 3 au 18 août, 2 900 000 hommes ont rejoint les dépôts (plus 71 000 volontaires) et viennent renforcer les 680 000 hommes de l'armée d'active ; l'armée passe de 686 à 1 636 bataillons d'infanterie, de 365 à 600 escadrons de cavalerie, de 855 à 1 227 batteries d'artillerie, et de 191 à 528 unités du génie ; l'effet de mobilisation est tel que les cinq armées françaises n'arrivent pas à «étaler » un tel effectif : 1 400 000 hommes sont déployés en première ligne, dont 380 000 d'active

[*] en Allemagne, dans le même temps, 1 600 000 hommes sont regroupés en première ligne entre les sept armées de l'ouest ; là encore une partie des troupes de réserve est gardée en arrière : près de 2 000 000 d'hommes qui ne participeront pas à la "fête", enfin, pas tout de suite …


Si on ajoute aux français les troupes anglaises et belges, c'est l'équilibre parfait. Enfin, en théorie.

La bataille de Charleroi : août 1914
PostPosted: Wed 22 Jan - 01:30:58 (2020) Reply with quote
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Pour quels plans de campagne ?


Une des raisons qui ont poussé les militaires allemands à activer la mobilisation et à précipiter les événements, en faisant entendre à Guillaume II la nécessité de bouger les premiers, repose sur leur plan de campagne, basé sur la rapidité.


Les Français, de leur côté, entendent bien ne pas rester inertes, et si la mobilisation y est moins rapide et moins minutieusement préparée qu’en Allemagne, ils vont cependant chercher à attaquer au plus tôt. D’autre part ils feront tout, auprès de leur allié russe, pour que l’immense empire engage les opérations au plus tôt. Y compris en y finançant des voies ferrées en direction de la frontière prussienne, ce qui donnera les fameux emprunts russes, souscrits par les épargnants français.
En contrepartie, les Français se sont engagés à attaquer également dès la déclaration de guerre, avec les troupes de couverture, sans attendre la fin de la mobilisation.


Le plan Schlieffen : l'aile droite, à tout prix !


Les Allemands ont un problème : ils doivent faire la guerre sur deux fronts. Or il ne s’agit pas de se mettre sur la défensive des deux côtés, mais de gagner la guerre. Dès que l’Allemagne constata l’alliance entre Russes et Français, son chef d’état-major de l’époque, le général Von Schlieffen, conçut un plan audacieux : engager la quasi-totalité des moyens à l’ouest, face à la France, pour la vaincre dans un délai très court - six semaines, toutes les phases sont quasiment minutées – ce qui correspond, dans ses prévisions, au temps nécessaire avant que les premières divisions russes apparaissent à l’est. Une faible armée de couverture est prévue en Prusse Orientale pour y faire face.


Son idée de manœuvre est la suivante : opérer un coup de faux en fixant les armées françaises en Lorraine, et en les débordant à l’ouest, à travers la Belgique, avec des forces considérables. Les Français vont s’enferrer au centre comme dans un sac et se laisser envelopper sur leur gauche par deux armées : ce plan vise l’encerclement et la destruction des armées françaises. « Il faut, disait-il, que le dernier homme de droite frotte la Manche du bras. » Il mourra en 1906 en disant : « N’oubliez pas : renforcez l’aile droite au maximum.



C’est son successeur, Von Moltke, qui sera chargé de mettre ce plan en application. Ce Von Moltke est le neveu de Moltke l’ancien, qui a écrasé les Français en 1870.


Le général allemand commandant l’aile droite, Von Kluck, disposera des 32 divisions de la Ière armée. Il est à la fois le mieux loti, de très loin, et celui qui a le plus de chemin à faire, puisqu’il doit traverser toute la Belgique.
A sa gauche, la IIème armée de Von Bülow est bien dotée aussi, parce qu’elle devra fixer frontalement l’armée française la plus à l’ouest, la première à envelopper. La IIIème armée (Von Hausen) fera le lien avec la partie centrale. L'ensemble est placé sous le commandement principal de Von Bulow. Les autres armées allemandes, échelonnées jusqu’à la frontière suisse, sont plus faibles. Dans l’esprit de Schlieffen elles sont supposées tenir leurs positions, voire même reculer, pour laisser les Français « s’enfoncer dans le sac ». A noter que deux généraux d’armées sont des altesses, le prince impérial lui-même (le Kronprinz, fils de Guillaume II commande l'excellente Vème armée, celle qui lancera l'assaut sur Verdun) et le Kronprinz de Bavière, Ruprecht (VIème armée). Leur ordonner de reculer ? Nous verrons cela… N’ayez jamais à commander des altesses royales !


Un « détail » : tout ce plan suppose de violer la neutralité belge, garantie à perpétuité par les cinq grandes puissances européennes (dont l’Allemagne elle-même) ce qui ne manquera pas de provoquer l’intervention des Anglais. Mais on a estimé, à Berlin, que la faible armée belge n’était pas un obstacle, et d’ailleurs que les Belges, face à une telle masse, ne se battraient pas, et d’autre part que la France serait vaincue avant que l’Angleterre ait eu le temps de s’engager. L’Allemagne  joue tout sur une campagne rapide.




Ce « détail » a été bien repéré par les Français, dont le gouvernement a donné l’ordre de reculer les troupes de couverture à 10 km de la frontière belge, et l’a fait savoir, notamment à Londres. Il doit être établi clairement que ce sont les Allemands qui agressent la Belgique.



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La bataille de Charleroi : août 1914
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Le plan XVII, 17ème du nom ...


En face les Français comptent également sur une victoire rapide. Le plan français est la 17ème version – d’où son nom - depuis que l’alliance avec la Russie a permis d’envisager l’offensive. C’est d’ailleurs dans l’esprit du temps, chez les Français, échaudés par leur manque d’initiatives en 1870 : « l’armée française ne connaît d’autre loi que l’offensive », ou encore : « La victoire appartient au dernier qui refuse de se considérer comme battu. » C’est ce qu’on enseigne aux officiers français : le sommet de l’art tactique est la charge à la baïonnette. Il faut imposer sa volonté à l’ennemi.


Lorsque le colonel Pétain, enseignant à l’Ecole de Guerre, prévenait que « le feu tue », parce qu’il a entrevu la puissance de feu nouvelle des armées, on lui donnait volontiers raison, après quoi les officiers supérieurs retournaient à leur vision idéalisée. Le pays qui a donné naissance à Napoléon semble avoir oublié l’art de la manoeuvre et ne plus connaître que l’attaque frontale.


Le général Lanrezac, à la peau et au cœur bronzé – c’est un métis antillais, dont chacun connaît le courage, et que Joffre considère comme son meilleur chef d’armée – a trouvé la formule pour décrire cet état d’esprit : « Attaquons, attaquons… comme la lune ! » Mais Lanrezac est un esprit libre, voire un original. Hors c’est Lanrezac qui commandera l’armée française la plus forte, la 5ème armée… celle de gauche, qui doit attaquer dans l’Ardenne belge, dès que les Allemands seront entrés en Belgique.

Le plan XVII est donc offensif. Mais quelle est l’idée de manœuvre que Joffre a adopté en prenant le poste de généralissime et ce plan déjà élaboré, qu’il a amendé en 1913 ?


Pour la comprendre, il faut d’abord se rappeler que l’Alsace-Moselle est allemande. Plus important, les militaires allemands ont obtenu de Bismarck, en 1871, d’intégrer la région de Metz, qui n’est pas germanophone, parce que la place forte de Metz, avec sa couronne de forteresses, est imprenable. « Un revolver braqué sur la France » disait Bismarck.


L’offensive française va donc se développer à l’ouest de Metz, sur le plateau lorrain, en direction de Thionville puis Sarrebruck ; Ce sont la 1ère, la 2ème et la 3ème armée qui la mèneront, la 4ème est gardée en réserve, soit pour appuyer, soit pour répondre à un mouvement allemand à partir de la place-forte de Metz. A leur gauche agira la 5ème armée, celle de Lanrezac, en direction de l’Ardenne belge, on l’a vu. Ce mouvement général vise dans la distance une avance le long de la Moselle en direction d’Aix la Chapelle, Coblence puis Cologne, en Rhénanie. Il s’agit de frapper l’Allemagne au cœur.


Mais cette direction de progression devra sans doute évoluer en fonction des mouvements allemands. En particulier, Joffre pense à encercler, en partant du centre, les unités allemandes aventurées en Belgique sur sa gauche. Piège et contre-piège, lequel va encercler l’autre ?


Au cours de sa progression, on verra Lanrezac, inquiet du volume de forces allemandes qu’il trouve devant lui (c’est la IIème armée de Von Bülow) et de celles qu’il voit et surtout devine à sa gauche (C’est la partie visible, au contact immédiat, de l’immense Ière armée de Von Kluck) signaler le danger qu’il aperçoit à Joffre, dans son QG de Chantilly. Réponse : « Tant mieux ! Plus il entrera d’Allemands en Belgique, plus nous en encerclerons. » En attendant l’attaque dans les Ardennes, il doit continuer à progresser... Notons au passage que si l’axe d’attaque en direction de la Rhénanie est cohérent, en revanche, les Ardennes ne sont pas le terrain idéal pour une offensive foudroyante. Ce serait même plutôt le terrain idéal pour la défensive allemande.




En plus de cette offensive vers le cœur de l’Allemagne, le plan XVII prévoit une offensive annexe depuis Belfort vers l’Alsace, avec des moyens plus limités : une fraction de la 1ère armée. Elle vise d’abord la libération de Mulhouse, puis de Colmar, voire Strasbourg, si possible. Il s’agit à la fois d’entrer dans la province perdue, objectif politique essentiel, et d’inquiéter les Allemands pour les amener à se renforcer dans ce secteur, fixant ainsi des moyens sur leur aile gauche, ce qui devrait faciliter l’offensive principale de Joffre au centre.




Le plan XVII, on le comprend, associe donc un objectif très ambitieux à des possibilités de manœuvre qui dépendront des mouvements allemands : s’ils s’engagent trop en Belgique, on ira les y encercler sur leurs arrières, sinon on les enfoncera sur l’axe principal. Napoléon disait : « Une bataille ? On s’engage et puis on voit. » Joffre compte bien exploiter ce qu’il verra, autrement dit les opportunités que les Allemands lui offriront, mais il estime que son attaque centrale est la meilleure possible pour aller porter la guerre en Allemagne. On a déjà compris qu’il n’y renoncera pas pour des broutilles.






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La neutralité belge


La Belgique, pays neutre, dispose d’une petite armée, cinq divisions professionnelles, ainsi que des régiments chargés des forteresses, mais surtout elle compte sur les pays garants de sa neutralité pour la faire respecter. Si les Allemands entrent en Belgique, on appellera le secours de l’armée française, pour se défendre en s’associant avec elle.


Les forteresses, justement, apparaissent comme la pièce maîtresse pour arrêter, ou tout au moins retarder, la progression allemande. La place-forte de Liège, avec sa couronne de six forts, est en plein sur l’axe de progression de l’armée Von Kluck, et on estime qu’elle peut tenir six mois. Quand bien même elle pourrait être débordée, elle n’en restera pas moins une gêne considérable, surtout si on mesure le nombre de divisions que les Allemands comptent faire avancer dans ce secteur.


Les Allemands ont bien vu l’obstacle possible au plan Schlieffen. (Six mois ? Ils ont six semaines pour vaincre la France !) Leur arme secrète a été commandée aux usines Krupp, dans la Ruhr, et Skoda, à Prague, qui appartient à l’empire autrichien. Il s’agit de deux mortiers de 480, un calibre colossal. Le poids des pièces est tel qu’on doit transporter sur remorques l’affût et le canon séparément, chacun étant tracté par une locomotive routière ! Il leur faudra plusieurs jours pour les amener et les mettre en batterie, mais elles vont écraser en trois jours les forts de Liège, tandis que les unités de Von Kluck s’infiltrent déjà dans la place. La porte de la Belgique est grande ouverte.


A Bruxelles, le roi Albert 1er comprend que l’invasion est inévitable. Alors que la Belgique est une monarchie constitutionnelle, il met en avant, devant le parlement, son titre de chef nominal des armées et annonce qu’il commandera et que la Belgique se défendra. Elle a en effet reçu un ultimatum allemand demandant le passage, au motif que les Français sont entrés en Belgique avant eux. Les allemands prétendent défendre la Belgique, pour un temps limité. Rejet de l’ultimatum et acclamations au parlement. La Belgique découvre que son monarque a l’âme bien trempée et la volonté de défendre le pays. (Commandant l’armée belge pendant toute la guerre, Albert 1er deviendra « le roi soldat » pour le monde entier.)

A Liège, le temps n’est plus aux acclamations : les régiments de Von Kluck vont traverser la ville pendant trois jours, devant les habitants consternés. Un défilé, interminable et comme invincible, de cavaliers, d’infanterie et de pièces d’artillerie hippomobiles, à quoi s’ajoutent les « trains d’équipages » qui portent vivres et munitions.



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Le renfort prudent des britanniques


Les Anglais ne disposent que d’une petite armée professionnelle de 6 divisions d’infanterie, plus une de cavalerie.
Cette petite armée n'est que la partie visible aux yeux des européens de la véritable armée britannique : aux Indes, l'empire dispose de plus de 380 000 hommes répartis entre l'armée des Indes (britannique ) et la toute nouvelle armée indienne (indian army) formée des régiments locaux ; elle représente bien peu pour intervenir sur les champs de bataille français.


Bismarck, toujours lui, lorsqu'on lui avait demandé naguère sa réaction en cas de débarquement anglais en Europe du Nord avait répondu « j'enverrai un agent de police pour les raccompagner ... »


Et puis le nouveau ministre de la guerre, Lord Kitchener (of Karthum – sa victoire en Egypte) prestigieux et très écouté, a jeté un froid devant le gouvernement au complet en disant : « Nous devons nous préparer a construire une armée de deux millions d’hommes » ce qui supposait que la guerre allait être longue. Intuition ou compétence, il a vu juste.


Mais dans cette optique il a donné au général French, commandant cette armée, l’ordre d’aider les Français dans la mesure du possible, mais en ne se mettant jamais dans une position où sa petite armée pourrait être écrasée et détruite : ce sont les futurs cadres de l’immense armée qu’il entend construire.


Malheureusement French va suivre ces ordres de prudence avec un zèle… très excessif. Dans l’immédiat, il devra, sitôt débarqué, aller se placer à la gauche de Lanrezac, puisqu’il s’agit maintenant de défendre la Belgique.


Encore l’engagement anglais ne fut-il pas automatique.


Alors que Paris vient de recevoir la déclaration de guerre allemande, le colonel Huguet, attaché militaire à Londres, fait savoir que les Britanniques ne se sentent liés par aucun engagement signé - c’est exact – et attendent pour voir. Sueurs froides à Paris : et si Londres restait inerte ? Il faudra l’entrée des Allemands en Belgique, et l’appel à l’aide de celle-ci, pour que le corps expéditionnaire soit envoyé en France.


Le premier ministre, Sir Edward Grey, a fait voter l’entrée en guerre par le Parlement. Rentrant à Downing Street dans la nuit chaude de début août, il confie à un député : « Les lumières vont s’éteindre dans toute l’Europe, et notre génération ne les verra pas se rallumer. »

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PostPosted: Wed 22 Jan - 01:38:24 (2020) Reply with quote
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Et la Russie ?


L’immense empire russe va mobilier des effectifs énormes – il fait face à l’Allemagne et à l’Autriche Hongrie - mais cette mobilisation, jusqu’aux confins de l’empire, va demander trois mois. Toutefois, pour répondre à la demande française, deux armées d’active, donc déjà prêtes, vont attaquer la Prusse Orientale, de part et d’autre des lacs mazures.


Elles y arrivent fin août, et les Allemands qui craignent pour la belle province royale, vont prélever deux corps d’armée à l’ouest. Cet affaiblissement du Plan Schlieffen sera décidé après la bataille des frontières, donc ne nous intéresse pas pour ce récit, mais il aura un effet important sur la Bataille de La Marne. Pire, ou mieux, ce renfort ne servira à rien dans un premier temps, car le temps que ces divisions arrivent, Hindenburg et Ludendorff auront, à la tête de la petite VIIIème armée (75 000 hommes) écrabouiller la 2ème armée russe de Samsonov. Le grand massacre de l'armée russe vient de commencer ...


En avant ! Vorwärts !


Les acteurs sont en place, les armées occidentales ont toutes entamé leur mouvement, elles vont bientôt se rencontrer. Le plan Schlieffen, qui met pratiquement tous les moyens allemands face à la France, va-t-il réussir ?



La bataille de Charleroi : août 1914
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