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Histoire Maritime - Des batailles plus ou moins navales ...
PostPosted: Thu 19 Mar - 20:24:10 (2020) Reply with quote
possum
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J'ai commis quelques petites choses pour un groupe consacré à la chose maritime, sur FB.

Là, on a le temps, moi de les publier ici, vous de les lire, éventuellement. 

Et si on commençait par le commencement de la Grande Guerre ?


Qui ne dit mot consent...


J'ai beau chercher dans mes souvenirs et les bouquins, je ne trouve pas de bataille navale au canon significative, dans laquelle nos grosses bailles de cuirassés français aient tiré massivement.


Il m'est revenu que la dernière fois où nos gros bateaux (et pas qu'eux) avaient canonné d'importance, c'était, sauf erreur, aux Dardanelles, pendant la Grande Guerre.


Alors, je vous inflige cette « campagne héroïque » !


DARDANELLES 1 - POURQUOI « LES DARDANELLES » ? OU COMMENT TOUT A COMMENCE ...


Il faut rappeler rapidement le contexte.


Dès la déclaration de guerre, l'amiral allemand Souchon, coincé en Méditerranée, avec ses deux navires, le croiseur de bataille Goeben (23000 tonnes, 10 x 280mm, 12 x 150mm, 12 x 88mm) et le croiseur léger Breslau (5500 tonnes, 12 x 105) était en mesure de flanquer une sérieuse panique dans les transports français et anglais.


Plein d'audace, Souchon avait bombardé Bône et Philippeville dans la nuit du 4 Août 1914, les premiers obus de la guerre !
Puis il avait échappé aux escadres française et anglaise, lancées à sa poursuite.
Après une escale à Messine, pour charbonner acrobatiquement auprès de cargos allemands, il avait décidé de faire route sur Constatinople, en forçant les détroits.
Avec un culot monstre, il avait obtenu un destroyer turc pour le guider dans la traversée des Dardanelles, et mouiller finalement à Constantinople.


Au passage, en Méditerranée, il y avait eu une escarmouche entre Breslau et Gloucester (4800 t, 2 x150, 10 x 100) et le croiseur allemand avait reçu un mauvais coup. Le Goeben venant à la rescousse, il ne restait plus au Gloucester qu'à filer « à l'anglaise », pour éviter de se faire démonter par les 280 allemands.


Les anglais avaient protesté contre la présence de ces bateaux allemands dans le port d'un non-belligérant, mais s'étaient vus répondre benoîtement qu'il ne se trouvait là que le cuirassé turc Sultan Yavouz Selim, et le croiseur turc Midilli, régulièrement achetés à l'Allemagne.


C'était quelque part « la réponse du berger à la bergère »... les anglais avaient peu de temps avant, réquisitionné pour la Royal Navy, deux cuirassés en achèvement dans la Clyde, sur commande turque.
Il s'agissait de deux « belles bêtes », de 30000 tonnes, armés pour l'un de 14 x 305, pour l'autre de 10 x 343 !


Les anglais envoient la flotte de l'amiral Milne à l'ouvert des Dardanelles, elle est renforcée par les cuirassés français Suffren et Vérité.


Grand charivari dans les chancelleries alliées... faut-il forcer les Dardanelles ? Faut-il aller couler les deux bateaux dans leur port ?


A supposer que la chose eût été possible, on ne s'y décide pas, faute d'unanimité.


Personne ne s'était rappelé le mot de Napoléon... « Constantinople est une clé précieuse. Elle vaut à elle seule un empire. »


On finira par se résoudre, plus tard (et notamment à la supplique des russes) à tenter l'aventure, mais entretemps les turcs et les allemands auront eu le temps de « muscler » les défenses des détroits !


A suivre...


En photos, Goeben, Breslau, Gloucester, Suffren, Vérité...








































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PostPosted: Thu 19 Mar - 20:24:10 (2020)
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Histoire Maritime - Des batailles plus ou moins navales ...
PostPosted: Fri 20 Mar - 09:47:57 (2020) Reply with quote
Granada
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Merci Possum ! Ça commence bien Okay

Histoire Maritime - Des batailles plus ou moins navales ...
PostPosted: Fri 20 Mar - 09:56:15 (2020) Reply with quote
possum
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Il y en a au moins une qui suit ! 


DARDANELLES 2


Janvier 1915...


Le conflit s'est enlisé, à l'ouest, en « guerre de positions ».


Au Proche-Orient, les armées ottomanes avancent vers le Canal de Suez.


Le Goeben et le Breslau sont bien au chaud à Constantinople.


Et voilà que le Tsar lance un appel désespéré aux alliés français et britanniques. Il veut qu'on soulage la pression des turcs sur le Caucase, par une attaque sur le territoire ottoman.


C'était, depuis le début, l'idée de Churchill ! Il va peser sur les décisions du Cabinet de Guerre britannique, et finira par obtenir satisfaction, malgré la vive opposition de l'amiral Fisher.


On finit par convenir d'une opération purement navale, consistant à forcer les détroits, en écrabouillant les forts sous les coups des gros canons des irrésistibles cuirassés ! ...et on irait à Constantinople couler Goeben et Breslau !
Au passage, on demanderait à ces braves français de fournir aussi une escadre... sous commandement britannique, bien sûr !
Churchill est d'autant plus sûr de lui maintenant, que pendant toutes les études, les Turcs ont été défaits en Egypte.


Désolé, mais je ne peux pas résister, j'imagine assez bien Churchill, parlant du Sultan, Calife de l'Islam, en personnage d'Audiard... « "Mais y connaît pas Raoul ce mec ! Y va avoir un réveil pénible... J'ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter qu'le sang coule... Mais maintenant c'est fini... je vais le travailler en férocité... le faire marcher à coups de latte... A ma pogne je veux le voir... Et je vous promets qu'il demandera pardon !... Et au garde-à-vous !"


On déminera les barrages avec des dragueurs, sous la protection des mastodontes cuirassés... et on oublie allègrement le fort courant qui descend de la Mer Noire. Il aura son importance, on le verra.


On a aussi oublié que les dernières études (de 1913) sur les fortifications turques des détroits ne sont plus d'actualité, tant s'en faut !
Les allemands sont intervenus, ont fourni de l'artillerie, et des conseils de retranchement.
Les forts sont maintenant de très durs morceaux, hérissés de gros canons !


C'est décidé, les français ont donné leur accord et fourniront des bateaux, on y va !


En photos, carte des Dardanelles, dragage des mines, fort turc avec pièce allemande de 240...















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PostPosted: Fri 20 Mar - 10:01:33 (2020) Reply with quote
possum
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On a le temps, on est confinés... alors, le n° 3 ! 


DARDANELLES 3


On discute toujours beaucoup à Londres, de l'opportunité de débarquements, à Gallipoli notamment.


Churchill balaie tous les arguments d'un revers de main... « La Marine fera tout ! »
Mais Kitchener débarquera quand même, pour une « promenade militaire ».


Effectivement, dès le 19 Février, 3 cuirassés anglais, accompagnés du Suffren, bombardent les forts à 10000 mètres, pendant un quart d'heure.
Et tiens ? Quelque chose a changé, depuis Novembre, quand on avait tâté les forts ?
Oh ! Que oui ! Les turcs ripostent et encadrent le Triumph ! Auraient-ils appris à tirer ?


Aucune importance !


Pour pouvoir agir confortablement, il faut une base sûre, où abriter les bateaux, dont les dragueurs.
On choisit l'île de Lemnos, et notamment la baie de Moudros.


Arrive là Queen Elizabeth, le plus récent « dreanought », avec ses 381. S'y ajoutent un croiseur de bataille et 10 cuirassés anciens, libérés de leur service lointain par la victoire des Malouines (Falkland)
Et arrivent aussi, pour se mettre aux ordres de l'amiral Camden, les Suffren, Bouvet, Charlemagne, Gaulois, tous anciens, presque à bout de souffle, et commandés par le contre-amiral Guépratte.


Côté français, on se rappelle qu'on a perdu, le 15 Janvier, le sous-marin Saphir (LV Henri Fournier) qui essayait de forcer « en douce » les détroits.


C'est que l'endroit est devenu redoutable... 9 barrages de mines dans l'étranglement Tchanak-Nagara, 5 dans le « vestibule » des Dardanelles, et des filets anti-sous-marins !
Une multitude de batteries légères (très bien défilées) attendent les dragueurs, pendant que les grosses pièces, bien protégées, sont prêtes à « assaisonner » les « lourds »
Ce sont 74 canons, et 85 obusiers de gros calibre, 32 de calibre moyen, et 50 pièces légères, qu'auront à affronter les bateaux.


Enfin, des projecteurs et des tubes lance-torpilles ont été disposés tout au long des détroits !


Ajoutons que les ingénieurs allemands ont prévu nombre de faux emplacements de batteries, destinés à attirer gratuitement le feu ennemi !


Enver Pacha (un « Jeune Turc ») et Liman von Sanders ont bien travaillé.


Tout le monde sait la différence entre un obus qui crève un bateau, et celui qui touche une batterie terrestre... la batterie terrestre ne coule pas !


Et le 25 Février, on franchit les 22 km entre la base et l'entrée, où on attaque de nouveau les forts.
L'Agamemnon est mis à mal, et c'est le Gaulois (8 morts et de nombreux blessés) qui doit le dégager. Le Suffren est félicité par les anglais pour la qualité de ses tirs.
Seddul Bahr flambe, et les dragueurs britanniques sont à l'oeuvre. Pas une seule mine !


La Vengeance (amiral de Robeck) donne dans le détroit et fait débarquer un commando, qui va faire sauter « le peu de pièces encore actives » à Seddul Bahr... Surprise ! 2 pièces sur trois sont intactes, malgré le volume et la précision des tirs.
On verra quelques jours plus tard, à Koum-Kaleh, que les gros obus ont peu d'effets sur les pièces, bien protégées.


Et tous les jours, on retourne « au charbon », matraquant les forts, en s'efforçant d'éviter leurs ripostes, en louvoyant pour éviter les mines dérivantes qui descendent en suivant le fort courant.


On pense avoir muselé un ouvrage ? En revenant le lendemain, il vous accueille chaudement !


Les avions de reconnaissance ramènent tous les jours de mauvaises nouvelles. Le nombre d'emplacements augmente sans cesse !
Prudemment, les anglais font tirer la Queen Elizabeth, au 381 (900kgs l'obus !) par-dessus la presqu'ile de Gallipoli. Son tir est réglé par un cuirassé ancien, en poste à l'entrée. On ne risque pas un dreadnought dans un pareil nid de frelons !


Heureusement les turcs tirent encore mal, sinon pas un bateau n'en réchapperait.
Ca ne durera pas, on va le voir.


En photos HMS Triumph, Queen Elizabeth, Charlemagne, Guépratte, Enver Pacha, von Sanders...




























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PostPosted: Fri 20 Mar - 11:11:01 (2020) Reply with quote
caporal_épinglé
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*
_    




  Épisode plutôt méconnu de la Grande Guerre, voilà l'occasion d'augmenter son capital culture sur ces moments tragiques...

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En avant toujours, repos ailleurs !



_ Quand j'entends le mot culture, je charge mon revolver !
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PostPosted: Sat 21 Mar - 12:16:57 (2020) Reply with quote
possum
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Devant l'enthousiasme général de l'assistance biblique...


DARDANELLES 4


Les jours se suivent et se ressemblent.


La flotte ne parvient pas à passer seule, il faudra une intervention terrestre.
Pour organiser un débarquement en force, il faut réduire les forts, comme pour forcer les détroits.
Pour réduire les forts, il faut les canonner de près.
Pour les canonner de près, il faut draguer les mines au ras des rives.


Le dragage de jour s'est révélé très risqué, on va y aller de nuit !


Nuit après nuit, les dragueurs (et aussi des chalutiers, et des remorqueurs) vont « au charbon ».
Pas vraiment une sinécure !
Les allemands ont fourni des canons de campagne en quantité, et ils ne se démasquent qu'à la nuit tombée.
Les projecteurs sont là aussi, en grand nombre, et les turcs ont appris à s'en servir.
Les dragueurs, français notamment, vont hardiment à la tâche. Et ce n'est pas facile, éblouis par les projecteurs, les gerbes des arrivées, la réplique de leurs destroyers d'escorte, ils ont du mal à voir les mines.
Et ce, d'autant plus que le courant ralentit les bateaux à l'aller, et les accélère au retour.
Heureusement, les turcs tirent comme des pieds, et aucun bateau n'est coulé !
Ils sortent de cet enfer criblés d'éclats, et c'est miracle qu'il n'y ait pas de morts, seulement des blessés légers.


A Londres, Churchill bouillonne d'idées... mobiliser les grecs, les bulgares... mais ça ne marche pas !
Qu'à cela ne tienne ! On passera !
Churchill donne ses ordres : « Vous pouvez tout risquer, les navires coulés seront remplacés. L'importance du résultat justifie toutes les pertes »


Immédiatement, l'amiral Camden est saisi d'une grave maladie diplomatique, et « rend son tablier » !
Churchill lui donne comme successeur John Michael de Robeck.


Pendant ce temps, les turcs ont encore renforcé toutes leurs garnisons des détroits.
Forts, tranchées, villages, tous les abris débordent de troupes, qui, au matin du 18 Mars, voient arriver l'énorme nuage de fumée de la flotte alliée.


L'amiral de Robeck a donné ses ordres.
Ses 4 meilleurs navires, Queen Elizabeth, Inflexible, Lord Nelson, et Agamemnon se positionneront au large, et tireront de 14500 m, puis approcheront à 11000 pour traiter les grands forts d'arrêt.
Pendant ce temps, les cuirassés anciens (consommables) dont les français, entreront pour commencer à tirer de 7000 m, et plus près si nécessaire, après avoir stoppé !


« Et pourquoi ne pas jeter l'ancre, sous le nez des 240, pendant qu'on y était ? » ajouteront certains commentateurs. Robeck y avait pensé, puis y avait renoncé devant les alarmes de ses officiers.


...et les 4 français se voient faire « le coup de l'invité ». Ils formeront l'avant-garde (précisons tout de même que Guépratte avait revendiqué ce redoutable et douteux « honneur »)
Robeck lui ajoutera quand même le Swiftsure, et le Prince George.


Les français seront amatelotés deux à deux, Suffren et Bouvet à droite (Asie) Gaulois et Charlemagne à gauche (Europe)
Le premier navire stoppera en travers du courant et canonnera jusqu'à ce que le courant l'ait emporté, et il sera remplacé par son matelot.
La comédie devra se poursuivre pendant quatre heures, après quoi six vieux anglais prendront la relève.


Quand les forts seront réduits par le déluge de gros obus, Robeck enverra les dragueurs déminer tranquillement le passage.


Encore un plan magnifique de logique, et voué au succès !


Vous tordez le nez ? Vous avez bien raison, et on le verra au prochain numéro !


En photos, Lord Nelson, Swiftsure, Bouvet, Robeck.


























Last edited by possum on Sat 21 Mar - 12:26:36 (2020); edited 1 time in total

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PostPosted: Sat 21 Mar - 12:25:23 (2020) Reply with quote
possum
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DARDANELLES 5


Les plans de Churchill, puis Robeck, prêtaient jusqu'ici à sourire. Leur exécution provoquera bien des deuils !


Revenons devant les détroits, où la tragédie se met en place.


Les grands dreadnoughts ont pris position à l'ouvert du détroit, précédant les vieux cuirassés français, sur lesquels on a joué « la Marseillaise », puis le « Chant du départ », avant que la première salve de la Queen Elizabeth vienne couvrir « La Marche des Cols Bleus ».


Les modernes anglais pilonnent les grands forts, qui ne répliquent pas. Seules quelques batteries de calibre moyen ont ouvert le feu, depuis les deux rives.


Robeck envoie le signal aux français qui montent jusqu'au filet anti-sous-marins, et à 450m du premier champ de mines où Suffren (à droite) et Gaulois (à gauche) stoppent dans le courant, et commencent à battre les forts.
On peut douter de leur efficacité, leurs tourelles limitent l'élévation des canons et ils ne peuvent tirer au-delà de 10 km.
Pour tout arranger, les pilonnages précédents ont brouillé les repères pour les télémètres, dans lesquels on n'aperçoit que des monticules informes et grisâtres.


Pendant ce temps, tous les forts d'arrêt ont ouvert le feu, tant sur les gros anglais, que sur les vieux français. Le détroit bouillonne d'explosions !
Et dans ce capharnaüm, les cuirassés français tirent bien. Ils musellent deux forts, un sur chaque rive.
Tout a l'air de se passer comme prévu, sauf...


Sauf que le Bouvet encaisse deux gros obus, qui pulvérisent deux tourelles de 138. Plus grave, le « Marbec » (écouvillon à l'air comprimé) de la tourelle de 305 avant tombe en panne, et bientôt les gaz asphyxient le personnel. Heureusement, le cuirassé a été dépalé par le courant, et cesse le feu.


Le Suffren remplace le Bouvet, le Charlemagne le Gaulois. Et le tir reprend.
Le Suffren encaisse 14 gros obus (à la poudre noire ! Ouf!) qui ne pénètrent pas les blindages. L'amiral et le personnel de passerelle réchappent par miracle à un obus de 150, qui traverse la chambre des cartes sans éclater.
Et un premier gros accroc...


Un 240 tombe sur une casemate de 164, et les gargousses en flammes retombent dans la soute à munitions (6 tonnes de poudres) On doit la noyer ! Il faut dire que le bateau est sauvé par l'action d'un matelot, qui, au lieu de rendre compte et attendre l'ordre d'exécution, a pris sur lui d'ouvrir les robinets.
Le Suffren se laisse culer., non sans qu'un autre gros obus vienne éclater contre sa coque, en créant une petite voie d'eau, sans gravité.
Le coin est devenu très « chaud » !


Robeck envoie le signal de retrait aux français, qui renâclent un peu, ils ont trouvé les bons réglages, et leur tir paraît efficace.


Ils se décident enfin à lâcher le morceau, et le Bouvet se dirige vers la sortie.


Et là, c'est le drame !
Une énorme déflagration de mine dérivante, sous la tourelle de 274.
Le bateau est propulsé sur la gauche, il s'incline fortement sur babord, se redresse, et repart vers tribord.
50, puis 70° de gîte !
Le Bouvet se couche enfin sur le flanc, avant de poursuivre sa rotation, et se retourner avant de couler.
Le tout n'a duré que 55 secondes !
47 survivants (dont 5 officiers) surnagent au milieu des débris.
Le commandant a disparu avec 23 officiers, et 619 gradés et marins.


Et ce n'est pas fini... quand le destroyer Mosquito, qui a recueilli les survivants, s'approche du Gaulois pour les transborder, il se fait dire « Ne nous accostez pas, nous coulons ! »
En effet, le Gaulois, qui n'avait jamais cessé de tirer, avait une voie d'eau énorme, provoquée par deux obus consécutifs sous la flottaison.
L'obus meurtrier a explosé à l'extérieur, sous la ceinture blindée !
Impossible d'aller reconnaître la brèche, tous les fonds sont envahis par l'eau. Le bateau est perdu !


Le CV Biard, une belle « bête de guerre », fait montre d'un calme olympien. Pour le moment, les cloisons internes tiennent encore.
On peut sauver rapidement le bateau, mais en l'échouant sous Eren-Keui, côte d'Asie turque.
Hors de question de livrer le bateau à l'ennemi !


« Faites route pour sortir du détroit ! » ordonne Biard.
Le bateau se traine lamentablement, l'étrave très enfoncée, les pompes étalent à peine les entrées d'eau.
Les charpentiers étaient les cloisons qui « font ventre », avec tous les madriers disponibles, mais les points d'appui cèdent en permanence.


On demande à la passerelle de réduire encore la vitesse.
Le croiseur anglais Dublin propose une remorque, mais Biard refuse poliment.
On commence à transborder les personnels non indispensables sur des torpilleurs.


A l'inverse, on annonce que la vedette de Guépratte approche du bord. L'amiral vient là où il pense être son devoir. Il est reçu comme si le bateau se trouvait confortablement au port, avec tous les honneurs et sonneries dûs à son rang.
Il y a des gestes qui forcent l'admiration !


Les hélices sont maintenant émergées jusqu'au moyeu, et le bateau va devenir ingouvernable.
Au risque de tout faire éclater, le commandant fait forcer le régime des machines, et, enfin à l'ouvert du détroit, il peut aller s'échouer sur le petit îlôt de Drepano, en sûreté !


« Terminé pour les machines ! » ordonne encore Biard, toujours flegmatique.
Il était temps, les chauffeurs avaient de l'eau à la ceinture !


Et ce n'est pas terminé, on le verra au prochain numéro !


En photos, le Bouvet chavire, HMS Dublin, CV Biard, Gaulois endommagé...












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PostPosted: Thu 26 Mar - 15:47:02 (2020) Reply with quote
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Merci Possum !

Il paraît que deux de mes ancêtres ont combattu aux Dardanelles, c'est donc un double intérêt de vous lire !

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PostPosted: Thu 26 Mar - 19:11:10 (2020) Reply with quote
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Oups ! La suite !


DARDANELLES 6

Pendant qu'on déplore la perte du Bouvet, et les malheurs du Gaulois, les anglais vont payer leur tribut aux détroits...


Le HMS Irresistible, touché lui aussi, successivement par une mine et un gros obus, prend très vite de la bande, et chavire, mais on ne le comprendra que plus tard.


Encore plus important peut-être, devant les quatre grands anglais, dragueurs et chaloupes draguent les mines, et les font exploser, jusqu'au moment où l'Inflexible, le plus beau navire anglais après la Queen Mary, est touché, et il accuse une brèche de 10x5m sous la flottaison.
Il s'enfonce et s'incline, mais la faiblesse de constitution des cuirassés anglais le sauve !
La rupture des cloisons internes étale l'eau dans tous les fonds, et il se redresse.
Mais deux des machines sont noyées, et le bateau ne gouverne plus, dérivant vers les forts turcs, qui l'assaisonnent d'importance. C'est un vrai massacre dans les hauts !


On réussit à transférer l'équipage inutile sur l'Ocean, qui s'approche pour passer une remorque. Mais le bateau est trop près de la côte turque, et on décide, finalement, d'attendre la nuit pour le récupérer.


Il sera finalement sauvé, puis remorqué à Malte, où on procèdera à quelques réparations sommaires. Il faudra ensuite le remorquer jusque dans la Clyde, pour remise en état. Il participera à la bataille du Jutland.


L'Ocean lui même est successivement frappé par une mine et un 210, qui n'arrange rien.
Il flotte encore, et machines arrêtées, il est porté à l'abri par le courant. Lui aussi devra attendre la nuit pour être récupéré.


Robeck arrête là le massacre du jour.


A la nuit, on envoie les recherches, mais aucune trace des deux navires abandonnés. Irresistible et Ocean ne reviendront plus jamais !


Le bilan de la journée est effroyable.


Sur 18 cuirassés, 3 ont coulé, et 4 sont hors de combat (Suffren, Gaulois, Inflexible, Agamemnon)


Du côté turc, malgré le bombardement massif, sur 176 bouches visées, 8 seulement ont été atteintes, dont 4 réparables.


On a beaucoup discuté sur la décision de Robeck de ne pas tenter les passage le lendemain, arguant que les garnisons turques étaient maintenant décimées et sans munitions.
D'autres spécialistes disent que les turcs auraient pu tirer encore une journée.


Et le drame du jour va en entrainer un pire encore...


La tentative d'assaut massif à Gallipoli.


Mais c'est une autre histoire.


En guise de conclusion, on dira que Churchill avait oublié le fameux mot de Nelson...


« Tout marin qui s'attaque à un fort est un fol ! »


En photos Inflexible, Irresistible abandonné, Ocean...




























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PostPosted: Thu 26 Mar - 19:18:26 (2020) Reply with quote
possum
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DARDANELLES – PETITE SUITE ET FIN...


On avait abandonné nos bateaux en bien mauvais état après la grande tentative de forcement des détroits.


Les bateaux alliés n'essaient plus de se frotter directement aux forts turcs, mais il serait difficile de ne pas soutenir un débarquement aussi mal engagé que celui de Gallipoli.


Alors, on pilonne les « points durs » turcs, qui donnent trop de fil à retordre aux trouffions alliés.


Les cuirassés ne parviennent toujours pas à réduire les batteries turques, et ils restent vulnérables, comme vont le montrer les déboires à venir.


Le 12 Mai, le Murvanet, un torpilleur turc commandé par l'officier allemand Firle, s'offre à la faveur de l'obscurité, un tir magnifique sur le cuirassé Goliath.
Trois torpilles font but, et le cuirassé file par le fond. 183 survivants sur 750 !


Le 25 Mai, le cuirassé Triumph se croit à l'abri pour avoir mis en place ses filets anti-torpilles. Erreur fatale !
L'U-21 du déjà fameux Hersing le torpille, et il coule !
Le Triumph mettra 30 minutes à sombrer, mais il avait chaviré, quille en l'air, et on ne sauvera que 56 marins.
Les anglais salueront le « fair play » des turcs, qui s'étaient abstenus de bombarder les sauveteurs !


Hersing avait dû faire un difficile périple d'un mois, depuis Willelmshaven, mais il n'avait pas « fait le voyage pour rien »...
Deux jours plus tard, il réussit un lancer sur le Majestic, mouillé au large du Cap Hellès !
Un nouveau cuirassé par le fond !


C'est beaucoup pour les anglais, et ils ordonnent aux cuirassés restants de se retirer à Moudros.
L'amiral Fisher n'avait pas attendu pour faire éclater son désaccord avec Churchill. Il avait déjà obtenu le retrait de la Queen Mary, puis démissionné avec fracas !


Sa lettre est d'une violence rarement vue dans les mémoires britanniques...

« Je trouve de plus en plus difficile de m'adapter à vos exigences pour les Dardanelles. Vous êtes résolu à les forcer. Rien ne vous en détournera. Je vous connais si bien. Vous restez, donc je m'en vais. Cela vaut mieux ainsi »


Le scandale est énorme ! Le Premier Ministre doit sacrifier Churchill, et Kitchener sauve de justesse son portefeuille de la Guerre !


Côté français, c'est le général d'Amade qui a résilié son commandement, devant le sacrifice inutile de ses hommes, alors qu'il avait dénoncé, préalablement, l'inanité de cette opération.


On rappelle Guépratte, chaud partisan de l'attaque à outrance, et on le remplace par le vice-amiral Nicol.


La question se reposait avec acuité... faut-il renoncer ?
Déjà 6 cuirassés par le fond, et 20000 morts, le prix payé était-il justifié ?


On s'entête pourtant, et on pilonne les forts avec les canons des petites unités, sans aucun effet.
Seuls les plus gros calibres sont efficaces.


Alors, on envoie encore des renforts terrestres, on tente des assauts contre la rive asiatique, tout échoue misérablement !


Puis Kitchener vient enfin en inspection, et sa conclusion est sans appel... on rembarque !


La Marine protège parfaitement l'opération, et on évacue tous les hommes (145000) les chevaux (15000) et tous les canons ! Rien ne tombera aux mains des turcs !


Le Goeben et le Breslau pourront aller tranquillement semer la dévastation en Mer Noire !


En conclusion, un jugement britannique sur les opérations des Dardanelles.


De l'amiral Wemyas, qui commandait alors la base de Moudros, et deviendra « amiral de la Flotte »...
« Le nom de Churchill passera à la postérité comme celui d'un homme qui a entrepris une opération dont il ignorait complètement les nécessités »


Et qu'advint-il de Churchill ?
Viré de la Marine, il revendiqua de reprendre du service dans l'armée, et fut affecté, en France, avec le grade de major, dans l'armée de French, dont on dit qu'il s'en serait bien passé !


En photos Goliath, Majestic, Triumph, Fisher, Amade...















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